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Votre Diesel est-il concerné par la réforme du contrôle technique de janvier 2019 ?

logo de Challenges Challenges 07/11/2018 Eric Bergerolle
Centre de contrôle technique pour véhicules de tourisme Dekra (2018) © Image © Dekra Automotive Centre de contrôle technique pour véhicules de tourisme Dekra (2018)

Une mesure plus précise de l'opacité des fumées d'échappement s'appliquera à compter de janvier 2019. De quoi rendre un peu plus ardu le contrôle technique des véhicules Diesel homologués à compter du 1er janvier 2005. Explications.

Les gestionnaires de centres de contrôle technique vont-ils assister cet automne à un afflux de clients d'ampleur égale à celui qui a marqué le début de l'année 2018 ? Le phénomène n'aurait rien de surprenant, tant l'automobiliste — pas toujours bien informé — est prompt à se laisser gagner par l'affolement. Voyons donc s'il y a lieu d'anticiper l'échéance du contrôle technique avant le 1er janvier 2019, date retenue pour l'entrée en vigueur d'une énième réforme des conditions de cet examen périodique. 

Pour commencer, il convient de noter que si la réforme du 20 mai 2018 (fruit de la transposition d'une directive européenne) concernait tous les véhicules, celle qui entre en vigueur le 1er janvier 2019 relève d'une initiative franco-française et ne vise que les véhicules à motorisation Diesel. Et encore, pas tous. Seuls les véhicules Diesel dont le moteur Diesel répond aux normes européennes d'émissions Euro 4, Euro 5 et Euro 6 sont concernés. Par conséquent, le nouveau tour de vis opéré en janvier 2019 ne vise que les véhicules Diesel homologués à compter du 1er janvier 2005 (pour les nouveaux types) et à compter de janvier 2006 (pour toute voiture neuve).

Seuls 60 % du parc roulant sont concernés par la réforme de janvier 2019

Nébuleux ? Pour savoir à quoi s'en tenir, l'automobiliste doit se référer à sa carte grise et à la mention renseignée à la ligne V.9 ("Indication de la classe environnementale de réception CE"). Il saura alors sous l'empire de quelle norme Euro son véhicule a été homologué, nonobstant la date de sa première immatriculation.

Née d'une ambition exprimée dans la loi de transition énergétique pour la croissante verte votée en août 2015, la réforme du contrôle technique de janvier 2019 consiste à renforcer sérieusement les exigences du contrôle de l'opacité des fumées d'échappement qui n'embêtait jusque-là pas grand-monde. Ainsi que le rappelle Bernard Bourrier, Président du métier contrôle technique au CNPA, le contrôle de l'opacité n'a rien de nouveau. Depuis le 1er janvier 1996 déjà, les émissions de particules à l'échappement sont contrôlées sur les véhicules Diesel d'avant 1980 (et d'avant 1972 pour l'essence). La réforme du 1er janvier 2019 ne fait que durcir les exigences de ce test d'opacité.

"A partir de 2019 et pour la première fois, le rapport d'examen du contrôle technique mesurera précisément la transparence du nuage de fumées", précise Jérémy Van Weymeersch, Directeur technique et qualité chez le réseau de centres de contrôle technique Autosur. "La méthode actuelle de contrôle a été rendue obsolète par la sophistication des systèmes de dépollution des moteurs. Pour vérifier la conformité avec les limites d'opacité qui seront abaissées au 1er janvier 2019, il faut des opacimètres plus performants."

Les centres de CT doivent moderniser leurs opacimètres

Les gestionnaires de centres de contrôle technique ont tout intérêt à ne pas tarder à moderniser leur équipement car à compter du 1er janvier 2019, le système informatique refusera d'éditer le moindre procès-verbal si l'opacité des fumées est mesurée avec un appareil non conforme à la norme NFR 10-025, version 2016. Impossible par conséquent de remettre au client son rapport d'examen. "Les centres de contrôle ont le choix : soit modifier les réglages d'un appareil récent pour le mettre aux normes, pour un coût de 1.000 euros ; soit acquérir un opacimètre neuf, pour un montant de l'ordre de 6.000 euros à 7.000 euros", précise Xavier Diry, Directeur général Contrôle technique Dekra Automotive.

Pour effectuer un relevé valable, le technicien devra élever progressivement le régime de rotation du moteur Diesel jusqu'à l'intervention du limiteur électronique. Ce seuil dit de régulation n'intervient pas au même régime sur tous les moteurs, certains constructeurs préférant épargner à la mécanique tout emballement à vide au-delà de 3.500 tr/min. Toutefois même à ce régime somme toute modeste, la mesure devrait pouvoir être prise et validée.

"Le protocole prévoit de procéder au minimum à deux mesures", précise Rémi Courant, Directeur Qualité et Technique chez Dekra Automotive. "Si l'opacimètre rend une valeur proche du seuil légal, le technicien peut procéder à des mesures complémentaires, jusqu'à un maximum de sept, pour affiner et confirmer le résultat."

Sur votre Diesel, une étiquette précise le taux d'opacité toléré

Les valeurs d’opacité utilisées jusqu'au 31 décembre 2018 sont déterminées par la directive européenne en fonction de l’année de mise en circulation du véhicule. Ces valeurs sont lâches. A compter de janvier 2019 en revanche, le technicien prendra comme référence une valeur propre à chaque véhicule, telle qu'inscrite sur son titre d'homologation. "Cette valeur est inscrite sur tous les véhicules produits à partir de 2010, soit sur une étiquette à part, soit sur la plaque constructeur", précise R. Courant. C'est là une obligation légale. "Cette valeur est majorée par l'application d'un coefficient mathématique correcteur, afin de tenir compte de l’effet inévitable du vieillissement et de l’usure."

Les trois chiffres imprimés sur cette étiquette expriment le taux de lumière transmise et le coefficient de diffraction du spectre lumineux, tels que mesurés par l'opacimètre. Placé en sortie de pot d'échappement, ce petit boîtier électronique combine un émetteur et un récepteur de lumière : plus le spectre du faisceau lumineux émis est éparpillé, plus grande est la quantité de particules en suspension.

"A l'heure actuelle, la réglementation autorise un coefficient de diffraction de 2,5 m-1 sur un moteur Diesel atmosphérique et de 3 m-1 sur un Diesel suralimenté", précise Jérémy Van Weymeersch. "Au 1er janvier 2019 cependant, ces valeurs seront grandement resserrées. Le technicien fera du cas par cas, moteur par moteur, modèle par modèle. Or, il faut savoir qu'au-delà d'un taux de diffraction de 0,7 m-1, il est permis de suspecter un défapage."

Les opportunistes vont anticiper le contrôle technique

"Avant de risquer s'entendre dire que sa voiture est recalée au contrôle technique, l'automobiliste fera bien de guetter les signes avant-coureurs et de tenter un entretien préventif", recommande Sébastien Le Pollès, Président de FlexFuel Energy Development."Une hausse progressive de la consommation, une chute de performances et une difficulté à démarrer trahissent un encrassement du système de dépollution. Donc la formation de particules en quantité excessive." FlexFuel Energy Developement a tout intérêt à inciter les automobilistes à investir dans un décrassage de leur Diesel avant l'échéance du contrôle technique : cette entreprise française a perfectionné le procédé de décalaminage par hydrogène. "Le nettoyage à l'hydrogène par injection dans l'admission d'air n'a rien de nouveau", souligne S. Le Pollès. "Ce que nous avons breveté, c'est le pilotage de la vanne EGR qui s'ouvre et se ferme durant le traitement afin d'être bien nettoyée." Attention toutefois, le décalaminage par injection d'hydrogène n'accomplit pas de miracle. "Parfois, la vanne EGR est tellement encombrée de carbone qu'on ne peut y glisser le petit doigt : le moteur électrique qui l'ouvre et la ferme est grillé ; il n'y a pas d'autre issue que de remplacer l'ensemble pour un coût moyen de 350 euros".

La vanne EGR n'est pas le seul organe à souffrir d'une utilisation répétée en ville. Quand bien même le filtre à particules ne connaîtrait que des conditions de fonctionnement optimales (longs trajets à vitesse stabilisée), il verra irrémédiablement son efficacité diminuer avec les années et les kilomètres. "Au début des années 2000, les filtres de première génération affichaient une espérance de vie de l'ordre de 100.000 km à 120.000 km", rappelle Louis-Pascal Soracchi, Directeur commercial de l'équipementier Tenneco France. "Dorénavant, cet équipement tient la vie du véhicule, soit au moins 200.000 à 250.000 kilomètres." Mais à ce kilométrage-là, il serait vain d'espérer égaler les performances en sortie d'usine, lorsque près de 99 % des particules en volume sont retenues.

Le filtre à particules et la vanne EGR réclament des égards

Fort heureusement, un filtre à particules colmaté peut être "régénéré" chez le garagiste contre une centaine d'euros. Le procédé consiste à reproduire à l'arrêt la procédure de pyrolyse qui se déroule d'ordinaire en roulant : le moteur est maintenu au bon régime durant une période déterminée, afin de brûler l'excédent de suies. Un beau gâchis de carburant.

A terme toutefois, le filtre peut finir par refuser tout service. De sorte que de plus en plus d'automobilistes ont recours au "défapage" de manière préventive, histoire de s'épargner une facture de plusieurs milliers d'euros. "Avant d'en arriver à des pareilles extrémités, on peut employer des produits, des additifs qui aident à limiter l'encrassement du filtre à particules. Malheureusement trop peu d'automobilistes connaissent leur utilité", déplore Louis-Pascal Soracchi. D'où l'intérêt de l'entretien préventif.

Hausse modérée attendue du taux de contre-visite

En octobre, le porte-parole de l'association Diéséliste de France, Christophe Combes se voulait rassurant : "Les propriétaires de véhicules correctement et régulièrement entretenus ne risquent pas d'échouer au contrôle. L'arrivée de ce nouveau test de l'opacité en janvier 2019 va permettre de repérer les véhicules défapés, de la même manière qu'il y a vingt ans, le test pollution au contrôle technique permettait de détecter les véhicules décatalysés." A l'entendre, seuls les automobilistes scélérats et mauvais citoyens qui suppriment le filtre à particules au mépris de l'intérêt commun, ou qui bloquent en position ouverte la vanne EGR de recirculation des gaz pour éviter d'avoir à la remplacer doivent redouter la réforme du contrôle technique.

Même son de cloche ce 6 novembre en provenance de Dekra Automotive (centres Dekra, Norisko et AutoControl) : "Les nouveaux appareils de mesure rendus obligatoires à compter du 1er janvier 2019 sont en tests dans nos centres depuis plusieurs mois", révèle Rémi Courant, Directeur Qualité et Technique chez Dekra Automotive. "En fonction du nombre de véhicules Diesel qui auraient dû être placés en contre-visite pour défaillance liée à la pollution (si le contrôle de l'opacité était déjà en vigueur), nous pouvons estimer à 6 % ou 7 % le taux de contre-visite des Diesel Euro 4 et 5 à compter de janvier." Cet optimisme trouve écho chez les constructeurs automobiles : "Leurs réparateurs se disent confiants : ils n'entrevoient pas d'épidémie d'échecs au contrôle de l'opacité des fumées", assure R. Courant.

A ceci, les incrédules rétorquent que si l'explosion attendue de taux de contre-visite n'a pas eu lieu au moment de la réforme du mois de mai 2018 (selon Dekra Automotive, le taux de contre-visite est passé d'un peu moins de 20 % en 2017 à 22,5 % en septembre), c'est parce que la plupart des véhicules souffreteux ont devancé l'appel et se sont présentés au contrôle technique avant son renforcement. Peut-être assisterons-nous d'ici au 1er janvier 2019 au même phénomène d'anticipation.

Un autre réparateur se veut moins optimiste que les constructeurs : "Le taux de véhicules Diesel en contre visite passera de 0,87 % aujourd'hui à minimum 16 %", estime pour sa part Xavier Chocraux, directeur du réseau Norauto. "Selon les experts, nous passerons de 100.000 à 2 millions de véhicules Diesel en contre visite avec cette nouvelle réglementation". Sans doute ce jugement est-il influencé par l'état des véhicules qui se présentent dans les centres Norauto : ils sont en moyenne plus âgés et plus kilométrés que les modèles plus récents encore entretenus dans les réseaux des constructeurs. C'est là une question de pouvoir d'achat des automobilistes autant que de vétusté des véhicules.

Un contrôle technique plus cher de quelques euros

Le contrôle technique coûtera-t-il plus cher à compter de janvier 2019 ? A en croire les responsables des réseaux Autosur et Dekra Automotive, une petite hausse de prix est à prévoir. "Le contrôle de l'opacité des fumées ne rallonge pas sensiblement la durée de l'examen", précise Karine Bonnet, Présidente du réseau et Directrice Générale Adjointe Marketing et Ventes chez Dekra Automotive. "Par ailleurs, le coût d'acquisition d'un opacimètre aux normes reste raisonnable. De la sorte, si la réforme de mai 2018 nous a conduits à constater une augmentation de 15 % en moyenne du prix de l'examen, la hausse en janvier 2019 devrait être de l'ordre de quelques euros." Rappelons par ailleurs que les véhicules Diesel Euro 3 (d'avant janvier 2005, donc) ne sont pas concernés par le renforcement du contrôle d'opacité.

En cas d'échec au contrôle de l'opacité des fumées, le réparateur professionnel devra contrôler le bon fonctionnement du système d'injection de carburant, puis du système de suralimentation en air, ainsi que des systèmes de dépollution. En fonction de son diagnostic, le réparateur pourra recommander le remplacement d'un injecteur de gazole (de 400 euros à 600 euros, pose comprise), du turbocompresseur d'air (de 1.000 euros à 3.500 euros), de la vanne EGR de recirculation des gaz d'échappement (de 400 euros à 1.300 euros), ou bien du filtre à particules (FAP) pour un coût allant de 800 euros à 4.000 euros. Certains automobilistes rechigneront devant la dépense et préféreront devancer l'heure de la mise au rebut de leur vieux Diesel. De quoi offrir un regain d'intérêt à la prime à la conversion financée par l'État.

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