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Après le retrait des Etats-Unis, Audrey Azoulay peut-elle sauver l’Unesco?

logo de Challenges Challenges 12/10/2017 Paul Loubière

L’organisation onusienne vote pour élire son futur directeur général. Le candidat qatari et la candidate française étaient ex-aequo lors du dernier scrutin. Les Etats-Unis viennent d’annoncer leur décision de se retirer de l’organisation en laissant une ardoise de 542 millions de dollars.

Manifestation du 12 octobre 2017 devant l'Unesco © Fournis par www.challenges.fr Manifestation du 12 octobre 2017 devant l'Unesco

La guerre fait rage au sein de l’Unesco. Les 58 membres du conseil exécutif votent pour élire à bulletin secret le futur directeur général. Lors du troisième scrutin dont les résultats ont été connus le soir du 11 octobre, Audrey Azoulay, ancienne ministre de la culture de François Hollande est arrivée ex-aequo avec le Qatari Hamad bin Abdulaziz Al-Kawari. Les deux candidats ont obtenu 18 voix chacun, devant l’Egyptienne Moushira Khattab (13 voix), le Chinois Qian Tang (5 voix) et la Libanaise Vera El-Khoury Lacoeuilhe (4 voix). Le scrutin s’annonce serré : lors du second tour, le Qatari devançait la Française de six voix. Bien que le vote soit secret, il est probable que la candidature française ait été soutenue par plusieurs Etats européens, les Etats-Unis et le Japon. En interne, certains soulignent que les forces sont disproportionnées : la France aurait un budget de 70.000 euros pour toute sa campagne alors que le Qatar dépenserait 150.000 euros... par jour!

La vénérable institution, vieille de 71 ans est en crise. La crise est d’abord financière. Les Etats-Unis viennent de se retirer de l’organisation à qui ils reprochent d’être hostile à Israël. En outre, l’administration Trump souhaite aussi éviter d’avoir à payer un arriéré de 542 millions de dollars de cotisation impayées. L’annonce officielle pourrait être faite au début de la semaine prochaine. Ce n’est pas la première fois que les Etats-Unis prennent une telle décision. Ronald Reagan avait déjà quitté l’organisation dans les années 80 et les Etats-Unis n’étaient revenus que deux décennies plus tard sous l’administration Bush.

En 2011, Barak Obama avait de nouveau coupé les fonds, après que l’Unesco a accueilli la Palestine comme Etat-membre. Le Japon a également refusé de payer sa cotisation en 2016 après l’inscription du massacre de Nankin au Registre de la mémoire du monde si bien qu’il est débiteur de 31 millions d’euros. L’Arabie Saoudite, de son côté, a une dette de 1,933 million, l’Iran de 2,34 millions, les Emirats Arabes Unis de 14,5 millions, autant que le Royaume Uni, moins toutefois que le Brésil (23 millions).

Vives critiques dans le monde arabe

La crise est également politique. Israël et les Etats-Unis reprochent notamment à l’organisation d’avoir reconnu la ville d’Hébron comme patrimoine mondial palestinien alors que la ville est occupée par Israël. Dans ce contexte, le monde arabo-musulman avait au départ quatre candidats : un Qatari, une Egyptienne, une Libanaise et un Irakien qui a finalement abandonné. Il estimait qu’au nom de la règle tacite de l’alternance c’était son tour d’occuper la présidence.

L’annonce de la candidature d’Audrey Azoulay a suscité de vives critiques dans le monde arabe. Une pétition a même été remise à Jean-Yves Le Drian lors de sa visite au Caire en juillet dernier pour « appeler le président Macron à reconsidérer cette candidature ». Officieusement, il est reproché à la France d’avoir enfreint une règle tacite selon laquelle le pays qui héberge l’institution ne doit pas avoir de candidat, ce qui n’a pas empêché le français René Maheu de diriger l’Unesco de 1961 à 1974. La pétition souligne qu’il faut éviter de « créer une rivalité totalement inutile entre l’Occident et l’Orient et d’aggraver le phénomène de polarisation dont souffre notre monde à tous les niveaux. » Une critique étonnante vis-à-vis d’Audrey Azouley, de confession juive, et dont le père, André Azoulay, était conseiller du roi du Maroc.

Une manifestation s’est déroulée aujourd’hui, au siège de l’Unesco, place de Fontenoy à Paris pour dénoncer la candidature du Qatar. La manifestation était en particulier soutenu par les Irakiens qui font campagne pour la candidate française.

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