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Ce que cache la dégradation du déficit commercial français en 2016

logo de Challenges Challenges 08/02/2017 Adrien Schwyter

En 2016, le déficit commercial a progressé de plus de trois milliards d'euros pour dépasser les 48 milliards d'euros. Sébastien Jean, directeur du CEPII analyse les répercussions de ces mauvais chiffres.

Le déficit extérieur a augmenté de 3 milliards en 2016 à 48 milliards d’euros, le nombre d’entreprises qui exportent diminuent, le tableau est-il si noir pour la France?

Globalement ce n’est pas très encourageant. Je crois qu’il faut prendre en compte dans notre analyse quelques éléments exceptionnels. La très mauvaise récolte de céréales a plombé l’excédent agricole. De plus il y a eu de fortes importations dans l’aéronautique du fait de la fabrication combinée entre les pays européens pour Airbus. Ces éléments peuvent influencer à court terme la balance commerciale.

L’impact négatif du terrorisme sur le tourisme a par ailleurs considérablement dégradé le solde de notre commerce de services, faisant quasiment disparaître son excédent.

Après quand on regarde l’évolution générale, pour moi on est dans une certaine stabilité de nos fondamentaux, ce qui n’est pas satisfaisant puisqu’un redressement est nécessaire. S’il y avait plutôt un sujet d’optimisme, ce serait le relatif dynamisme des exportations dans la filière automobile. Elle était emblématique de la perte de compétitivité française des années 2000. Et aujourd’hui les exportations ont l’air de se redresser dans ce secteur avec également des importations qui augmentent très rapidement.

La situation globale est un tassement de l’activité avec quelques éléments négatifs. Le plus inquiétant pour moi est la baisse des ventes de produits métallurgiques et chimiques, symptomatique de difficultés dans l’industrie lourde et les produits intermédiaires. Voilà plusieurs années que l’on a des coûts contenus par rapport à l’Allemagne avec une politique qui vise à renforcer la compétitivité, mais les résultats tardent à se manifester. Il est compréhensible que ces politiques mettent du temps à produire tous leurs effets, les années à venir diront si elles sont efficaces.

La France enregistre de mauvais chiffres en dépit de la faiblesse de l’euro face au dollar et du niveau contenu du cours du brut. Que se passera-t-il si le pétrole et l’euro remontent?

Ce que cache la dégradation du déficit commercial français en 2016 © Fournis par www.challenges.fr Ce que cache la dégradation du déficit commercial français en 2016

C’est vrai que sur la facture énergétique en 2016, la France a économisé 9 milliards par rapport à 2015, principalement grâce à la baisse du pétrole. Et elle avait déjà bénéficié en 2015 d’une baisse du pétrole par rapport à 2014. L’autre questionnement qu’il faut mentionner, qui est le plus fondamental pour moi, concerne ce qui va se passer si par bonheur notre croissance s’accélère. Nous aurons presque automatiquement plus d’importations. Mais si les exportations ne suivent pas, alors le problème latent de compétitivité pourrait se concrétiser. Pour le dire simplement, ce n’est pas le niveau actuel du déficit commercial qui est problématique, c’est son évolution possible si les conditions devenaient moins favorables à l’équilibre externe, qu’il s’agisse du cours du pétrole, du taux de change de l’euro ou de la conjoncture. Une aggravation nette du déficit commercial serait à craindre. Le rééquilibrage des coûts par rapport à l’Allemagne est en cours, mais il est trop lent.

Le made in France monte comme thème dans la campagne présidentielle mais la part des exportations françaises de biens et services dans celles de la zone euro a légèrement reculé en 2016, s'établissant à 13,4%, après 13,6% en 2015. Le made in France a-t-il un sens économiquement parlant?

Ce chiffre veut simplement dire que la France est moins dynamique que le reste de l’Europe. L’évolution n’est pas très forte non plus. Cependant un pays comme l’Espagne est nettement plus dynamique commercialement que nous actuellement. Le principal défi en termes de politique économique est le rééquilibrage de la zone euro. Dans son ensemble, elle est très excédentaire. La question est comment fait-on pour rééquilibrer les relations de la zone euro? La dynamique commerciale reste forte en ce moment en Allemagne malgré une hausse des coûts.

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