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Obsolescence programmée : l’étiquette “durée de vie” des produits peut-elle être efficace ?

logo de Capital Capital 13/02/2018 Sophie LEVY

Le gouvernement envisage de lancer une nouvelle étiquette indiquant un “indice de durée de vie” des produits. Mais cette mesure soulève quelques questions.

Obsolescence programmée : l’étiquette “durée de vie” des produits peut-elle être efficace ?t © Hero Images/GettyImages Obsolescence programmée : l’étiquette “durée de vie” des produits peut-elle être efficace ?t

Vous avez forcément déjà pesté contre l’un de vos appareils électroménagers tombés mystérieusement en panne, bien plus tôt que vous ne l’attendiez… Pour lutter contre l’obsolescence programmée, le gouvernement souhaiterait mettre en place une étiquette indiquant pour chaque produit un “indice de durée de vie”. L’idée serait d’attribuer une note sur 10 selon plusieurs critères, comme la robustesse ou la possibilité de le réparer. Micro-onde, téléviseur, machine à laver… Les appareils électroménagers et high-tech pourraient être concernés par cette mesure, d’ici 2020.

Ce nouvel étiquetage se ferait d’abord sur la base du volontariat. “Mais à terme, le but est de le rendre obligatoire”, a indiqué Brune Poirson, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Écologie. Un agenda que regrette l’association Halte à l’obsolescence programmée (HOP) qui aurait souhaité que l’affiche soit dès le départ obligatoire. En réalité, cette étiquette soulève d’autres questions. Comme pour son modèle, l’étiquette énergie, on imagine que des tests seront menés en laboratoire par les fabricants. Or, leur fiabilité est mise en cause : une ONG européenne, le Bureau européen de l’environnement, avait dénoncé en juin dernier une consommation réelle plus importante des appareils électroménagers par rapport à celle indiquée sur les étiquettes.

“Comme pour les tests réalisés sur les voitures, où le modèle d’essai est spécialement conçu pour consommer le moins possible, les fabricants optimisent leurs appareils avant de les passer au banc d’essai”, expliquait alors au Parisien Benoît Hartmann, directeur général du CLER, une association faisant partie de l’ONG européenne. Surtout, les contrôles sont quasi-inexistants. “La DGCCRF (la répression des fraudes, NDLR) fait des contrôles en magasin pour vérifier si l’étiquette énergie est bien visible sur l’appareil, mais, faute de moyens, il n’y a pas de vérification du niveau de performance énergétique du produit”, affirmait déjà au quotidien l’UFC-Que Choisir.

“Il vaut mieux le faire que ne pas le faire”

Alors, pourquoi en serait-il différemment avec l’étiquette indiquant l’indice de durée de vie d’un produit ? “Cet affichage est plutôt une bonne nouvelle, mais nous restons prudents”, affirme Guilhem Fenieys, chargé des relations institutionnelles à l’UFC. L’association aurait préféré qu’une “obligation de résultat” pèse sur les fabricants. “Il vaut mieux le faire que ne pas le faire”, abonde, optimiste, Émile Meunier, avocat spécialisé dans les questions de transition écologique, qui a accompagné l’association HOP. “Il faudra d’abord construire des outils objectifs d’évaluation de la durabilité, c’est du travail. Et une fois mise en place, il faudra évidemment se donner les moyens d’appliquer la mesure”.

L’avocat plaide notamment pour un renforcement du budget de la DGCCRF, mais aussi des sanctions. “Il suffit, pour une infraction, que l’on sanctionne très fortement. Les fabricants ne vont alors pas prendre le risque” de frauder sur l’évaluation de l’indice de leurs produits, estime-t-il. Emile Meunier souligne aussi qu’il existe déjà une loi obligeant à indiquer la disponibilité des pièces détachées aux consommateurs avant l’achat de l’appareil. “Cette obligation n’est pas respectée par la moitié des fabricants et vendeurs, et à ma connaissance, il n’y a pas eu de sanction”, affirme-t-il, fustigeant un décret d'application mal rédigé.

L’étiquette n’est pour l’instant qu’une piste de réflexion. Le gouvernement a aussi indiqué réfléchir à utiliser des leviers fiscaux pour soutenir le développement d’une filière de réparation des produits. Une feuille de route sur l’économie circulaire doit être présentée en mars prochain. La secrétaire d’État a déploré que “dans 60% des pannes, le consommateur n’essaye pas de faire réparer son produit, et il ne fait jamais réparer si le coût est supérieur à 30% du prix du neuf”.

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