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Guerre commerciale : la Chine aurait plus à y perdre que les Etats-Unis !

logo de Capital Capital 11/07/2018 Nicolas GALLANT
Guerre commerciale : la Chine aurait plus à y perdre que les Etats-Unis !t © Pixabay Guerre commerciale : la Chine aurait plus à y perdre que les Etats-Unis !t

Le bras de fer commercial sino-américain s’intensifie. Une mauvaise nouvelle pour les États-Unis, et surtout pour la Chine, selon Léon Cornelissen, économiste en chef de la société de gestion néerlandaise Robeco.

Le torchon brûle entre Pékin et Washington sur le front du commerce extérieur, alimentant les craintes d’une guerre commerciale ouverte. Le pays de l’oncle Sam vient de publier une liste portant sur 200 milliards de dollars (170 milliards d'euros) de produits chinois supplémentaires - tabac, charbon, produits chimiques, composants électroniques… -, qui seront assujettis à des droits de douane, faute d'avoir trouvé un accord avec la Chine. Face à l’offensive américaine, les autorités chinoises ne comptent toutefois pas capituler sans combattre.

"La Chine ne cédera ni à la menace, ni au chantage", a déjà assuré devant la presse le porte-parole du ministère chinois du Commerce, Gao Feng. "Les États-Unis sont à l'origine de cette guerre commerciale, nous ne la souhaitons pas, mais nous n'avons pas d'autre choix que de nous battre au nom des intérêts du pays et du peuple", a-t-il ajouté. À l'heure où une guerre commerciale s’engage véritablement, la Chine “sera toutefois plus affectée par les droits de douane que les États-Unis”, juge Léon Cornelissen, économiste en chef de la société de gestion néerlandaise Robeco. Voici pourquoi.

Le 6 juillet dernier, le président américain Donald Trump a annoncé l'application de droits de douane à hauteur de 25% sur 34 milliards de dollars d'importations chinoises, allant des machines aux composants électroniques. La Chine a riposté dans une même mesure, ciblant les produits agricoles, tels que le soja, pour porter atteinte aux États où Donald Trump compte de nombreux sympathisants. Et, ce, dans l'objectif d'influencer les élections de mi-mandat au Congrès, prévues en novembre, explique Robeco.

“Ces tarifs douaniers sont insignifiants sur le plan macroéconomique, qui ne représentent que 0,1% du PIB, pour les deux pays”, relève Léon Cornelissen. Le problème, c’est que les États-Unis ont déjà annoncé qu'en cas de représailles de la Chine, “ils riposteraient à leur tour, risquant ainsi de déclencher une guerre commerciale à l'échelle mondiale. Donald Trump a menacé d'étendre les droits de douane à quasiment l'ensemble du commerce chinois avec les États-Unis, ce qui représente actuellement environ 500 milliards de dollars”, souligne-t-il.

“La Chine n'est, pour sa part, pas en mesure de fournir une riposte de la même ampleur, les importations provenant des États-Unis étant beaucoup plus faibles en termes absolus. La réponse chinoise consistera alors probablement à aggraver les tensions en faisant la vie dure aux entreprises américaines en Chine”, juge Robeco. Anticipant une intensification de la guerre commerciale, l’empire du Milieu a autorisé une dépréciation du yuan de plus de 3%, la monnaie du pays (ce qui rend mécaniquement les produits chinois moins onéreux à l’export, NDLR), rapporte la société de gestion.

Le fait que les autorités chinoises pensent pouvoir facilement compenser les tarifs douaniers de 25% par la dépréciation du yuan constitue un avertissement aux yeux de Léon Cornelissen. “Nous ne prévoyons pas de nouvelle dépréciation, car cela ne serait pas dans l'intérêt économique de la Chine. Les sorties de capitaux pourraient aisément s’intensifier si la nervosité quant à l’évolution du taux de change devait s’accroître, ce qui pourrait contraindre les autorités à un durcissement monétaire (avec des taux d'intérêt plus élevés à la clé, NDLR) et à des contrôles des capitaux plus stricts”, souligne-t-il. Or, cela irait à l’encontre de la volonté de Pékin, qui souhaite notamment internationaliser le yuan. “De nouvelles pressions exercées dans ce domaine constitueraient donc un pas en arrière”, relève l’expert.

Par ailleurs, alors que l'économie chinoise est déjà affaiblie par des mesures de resserrement sur les marchés du crédit, “toute hausse des taux d'intérêt visant à un durcissement des conditions monétaires serait contre-productive. L'économie chinoise a davantage besoin d'un assouplissement monétaire”, juge Léon Cornelissen. D’autant que, sur fond de craintes d'un recul de la croissance économique, l’indice actions de Shanghai a déjà perdu plus de 20% depuis son sommet de janvier dernier. Ceci est le signe de l’entrée dans un marché baissier, selon les normes des intervenants.

“Pour le moment, il semble donc que la Chine soit le principal perdant dans ce conflit, alors que les chiffres pour juillet ont montré que l'économie américaine s'était renforcée, comme en témoigne la hausse enregistrée tant pour les chiffres de l'indice ISM (indice des directeurs d’achats) manufacturier que non manufacturier. Entre-temps, le marché actions américain a à peine réagi à la rhétorique de guerre commerciale, étant donné son impact très limité sur les États-Unis”, souligne l’économiste.

Une guerre commerciale pourrait également faire partie d'un plan plus vaste visant à limiter la puissance de la Chine sur la scène internationale. “Certaines personnes au sein de l'administration américaine craignent la position de plus en plus dominante de la Chine en matière de technologies, et elles veulent contrer l'ambition du plan Made in China 2025, dont l'objectif est d'assurer d'ici cette date une domination mondiale du pays dans les secteurs technologiques clés”, explique l’expert. Il estime que ces personnes souhaitent par tous les moyens ralentir la montée en puissance de la Chine. “Il y a d'autres façons d'y parvenir en dehors des droits de douane. Par exemple, en empêchant les investissements chinois dans certains secteurs de l'économie américaine considérés comme stratégiques, en limitant les visas pour les étudiants chinois…”, égrène-t-il.

Pour autant, si le pays de l’oncle Sam serait moins affecté - en comparaison - par un conflit commercial d’envergure, il n’en sortirait pas indemne. “Si les effets directs des droits de douane imposés par la Chine sont limités sur les marchandises américaines, il pourrait toutefois y avoir des effets indirects plus difficiles à mesurer, dont une inflation un peu plus élevée, une croissance plus faible et le risque d'entamer la confiance des producteurs. Certaines entreprises ont déjà indiqué à la Fed (banque centrale des États-Unis, NDLR) qu'elles reportaient leurs décisions d'investissement. De plus, ces droits de douane peuvent nuire aux chaînes d’approvisionnement mondiales d'une façon difficilement prévisible, ce qui pourrait se retourner contre les États-Unis”, avertit Léon Cornelissen. Dans ce scénario, Donald Trump aurait moins de chances d’obtenir un second mandat...


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