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Pourquoi les grands patrons adorent Macron

logo de Challenges Challenges 11/07/2018 Thierry Fabre
Alors que sa cote de popularité chute, les élites adorent Emmanuel Macron © Fournis par www.challenges.fr Alors que sa cote de popularité chute, les élites adorent Emmanuel Macron

Alors qu’il décroche dans les sondages, le chef de l’Etat a été adulé par les grands patrons et économistes, réunis aux rencontres «Économiques d’Aix-en-Provence», du 6 au 8 juillet, le Davos français.

Le contraste est saisissant. D’un côté, les sondages révèlent un décrochage de la popularité d’Emmanuel Macron, qui atteint son point bas depuis son arrivée à l’Élysée, avec seulement un tiers des Français qui lui font confiance. Et selon Odoxa, 71% des Français jugent sa politique «injuste» et 65% «inefficace». Mais de l’autre, nos élites économiques affichent un soutien sans faille, inconditionnel, en ayant visiblement trouvé le président de leurs rêves. C’est le sentiment que s’est dégagé des "Rencontres économiques d’Aix", le «Davos français», qui a eu lieu du 6 au 8 juillet, où se sont réunis grands patrons et économistes.

Après les doutes exprimés l’an dernier –le monde économique avait fait pression pour une baisse immédiate de l’ISF et de l’imposition du capital–, les dirigeants et experts se félicitent de la salve de réformes libérales de l’An I du quinquennat. «Dans sa politique, il y a une vraie cohérence que ses prédécesseurs avaient du mal à trouver», résume Laurence Boone, nouvelle économiste en chef de l’OCDE.

"Sans précédent"

Les adeptes du Davos provençal sont impressionnés par le rythme des réformes. «En un an, l’image de la France s’est profondément transformée à l’international, résume Olivier Blanchard, l’ex-économiste en chef du FMI. Le pays est vu comme dynamique, alors qu’on le considérait comme immobile jusqu’alors.» Un diagnostic confirmé par John Chambers, ancien patron de Cisco, rappelant que 85% des patrons d’entreprises américaines en France ont désormais une opinion positive sur le pays. «Vous vous rendez compte de tout ce qui a été fait sur le marché du travail, la fiscalité ou le transport avec la SNCF, c’est sans précédent», lance l’économiste Philippe Aghion, qui a toutefois appelé récemment le chef de l’État à muscler ses réformes sociales, notamment l’assurance chômage. «La réforme de l’apprentissage est fondamentale, s’enflamme Ross McInnes, président du conseil de Safran. On a fait entrer les branches et les entreprises dans la conception et la gestion du système. Le nombre d’apprentis va augmenter significativement.»

Certains jugent d’ailleurs que ça va trop vite. «Même s’ils sont tous derrière Macron, beaucoup de dirigeants et d’experts considèrent qu’il doit calmer le jeu et ne pas se disperser, estime Jean-Hervé Lorenzi, le grand organisateur des Rencontres d’Aix, en citant la limitation de la vitesse à 80 km/h comme révélateur du trop-plein de réformes. Il doit se concentrer sur les chantiers essentiels.» Mais sous le soleil d’Aix, les dirigeants d’entreprises n’ont guère relayé les critiques du «patronat ronchon», dixit l’un d’eux, sur les complications du prélèvement à la source ou la réécriture de l’objet social de l’entreprise. Ils ont plutôt célébré les mesures pro-business comme la loi Pacte, portée par Bruno Le Maire, qui supprime le seuil social à 20 salariés et aménage celui de 50. «L’effet va être très rapide sur la croissance des PME», s’enthousiasme un industriel.

La nouvelle Silicon Valley

L’Américain John Chambers va encore plus loin. Ce nouvel idolâtre d’Emmanuel Macron voit la France comme «la nouvelle Silicon Valley de l’Europe. Sur la transformation numérique, le président a une vision et une stratégie. Et le nombre de start-up est en train d’augmenter de façon impressionnante. La France va devenir la nouvelle "Start-up Nation"». Un optimisme lié aussi à ses nouvelles fonctions d’ambassadeur de la French Tech à l’international.

Même les flottements de certains gros chantiers n’émeuvent guère nos élites. À la terrasse d’un café, sous les platanes aixois, Ross McInnes, à la tête du comité d’experts «CAP 22», défend bec et ongles le projet du gouvernement, même si son rapport, jugé trop radical, est gardé secret. «Nous travaillons avec les ministres pour contribuer à la mise en œuvre des réformes très importantes de leurs politiques publiques, lâche-t-il. Je reste très confiant.» Et dans cette enceinte, les ambitions européennes du chef de l’État suscitent l’enthousiasme. «C’est une conviction sincère, souligne Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères. Il a déjà fait avancer plusieurs dossiers, notamment avec les Allemands sur le budget de la zone euro. Les résultats seront sans doute limités. Mais c’est le seul à agir.»

Pas facile donc de recueillir des jugements critiques dans ce rendez-vous très chic. Certes, d’aucuns déplorent une communication tonitruante –la vidéo sur le «pognon de dingue» des aides sociales a choqué. D’autres, comme Patrick Artus, relèvent une mauvaise hiérarchisation des baisses d’impôts: «Il fallait réduire ceux qui pénalisent le plus l’emploi, comme les impôts sur la production et pas la taxe d’habitation ni même l’impôt sur les sociétés», regrette le chef économiste de Natixis. Pas de quoi écorner le soutien des leaders économiques au jeune président. Un capital de confiance précieux pour accélérer l’investissement et la croissance. Mais encore largement insuffisant pour inverser la courbe de la défiance envers Emmanuel Macron, manifesté par une majorité de Français.

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