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Sous-marins australiens: le contrat du siècle, vraiment?

logo de Challenges Challenges 11/02/2019 Vincent Lamigeon
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L’accord confirmé cette nuit entre Naval Group et l’Australie conforte la commande de douze sous-marins pour 50 milliards de dollars. Si la part française est plus modeste (8 milliards d’euros), le contrat reste une transaction historique.

Le contrat des sous-marins australiens prend enfin forme. Après dix-huit mois de négociations, la ministre des Armées Florence Parly, son homologue australien Christopher Pyne et le patron de Naval Group Hervé Guillou ont acté cette nuit une avancée essentielle dans le contrat géant pour douze sous-marins annoncé en avril 2016. Les trois parties ont signé à Canberra un contrat-cadre, baptisé Strategic Partnership Agreement (SPA), qui fixe les règles du jeu de la collaboration franco-australienne pour les 50 ans de la vie du programme. L’accord encadre notamment les transferts de technologie, les questions de propriété intellectuelle et d’implantation locale, tout en définissant le calendrier et les pénalités.

Avec cet accord, qui a fait l’objet de coups de fil hebdomadaires entre Florence Parly et Christopher Pyne ces derniers mois, le contrat passe un jalon majeur, qui rend probablement la commande irréversible. La prochaine étape sera la signature, prévue ces prochains mois, d’un contrat de design de l’ordre de 1,5 milliard d’euros, destiné à définir les spécifications définitives des douze sous-marins de la future classe "Attack", des dérivés à propulsion diesel-électrique des sous-marins nucléaires d’attaque Barracuda de la Marine nationale. Le contrat sera ensuite décliné en une série de contrats de production. Le début de la fabrication des sous-marins est prévu à l’horizon 2023, pour une première livraison vers 2030, au rythme d’un submersible tous les deux ans. "L’Australie acquiert une capacité de classe mondiale, indéniablement la meilleure du monde, qui va donner à votre marine un outil de souveraineté incroyable", a assuré Florence Parly.

Plus gros contrat de défense européen

Combien ce contrat géant va-t-il rapporter à Naval Group? Le montant officiel programme, est de 50 milliards de dollars australiens, soit 31 milliards d’euros aux parités actuelles. "C’est le plus gros contrat de défense jamais signé par un pays européen", souligne Jean-Michel Billig, patron du programme australien chez Naval Group. Le chiffre est cependant à nuancer: il intègre, en plus de la part dévolue à Naval Group, la construction du chantier naval d’Adélaïde, mais aussi le système de combat des sous-marins (armement, sonars…), qui fait l’objet d’un contrat distinct, attribué à la filiale australienne de l’américain Lockheed Martin. La part française, estimait-on au ministère de la Défense au moment du choix de Naval Group en 2016, serait donc plutôt de l’ordre de 8 milliards d’euros. Le chiffre est plus modeste que les 31 milliards annoncés, mais il s’agit déjà une transaction record. La somme est à peu près équivalente au contrat pour 36 Rafale signé par l’Inde en septembre 2016 (7,89 milliards d’euros).

D’autre part, de grosses compétitions sont encore en cours pour certains équipements des futurs sous-marins, qui pourraient encore gonfler le carnet de commandes des groupes français. Thales espère ainsi placer ses sonars, un contrat estimé à un milliard de dollars pour lequel deux filiales du groupe (Thales France et Thales UK) sont en compétition. Le choix sera effectué conjointement par Lockheed Martin et le gouvernement australien. Les mâts optroniques, équipements de détection essentiels qui remplacent les périscopes sur les sous-marins modernes, intéressent aussi vivement le camp français: la compétition oppose la filiale britannique de Thales à Safran Electronics & Defense (ex-Sagem).

Duel Naval Group-TKMS

Le contrat des sous-marins australiens mérite donc bien son surnom de contrat du siècle. Pour l’emporter, Naval Group avait dû affronter un consortium japonais composé de Mitsubishi et Kawasaki, longtemps favori de la compétition, mais aussi son meilleur ennemi, l’allemand TKMS. Les coups avaient volé bas: une fuite aussi massive qu’opportune d’informations de Naval Group  sur le sous-marin Scorpène vendu à l’Inde avait beaucoup inquiété Canberra. Jean-Yves Le Drian, alors ministre de la Défense, avait dénoncé "une attention malveillante contre la France", soulignant que les fuites ne concernaient pas des informations classifiées.

L’ex-DCNS a convaincu l’Australie en lui proposant, non pas son sous-marin Scorpène, un submersible de la classe 2.000 tonnes dédié à l’export, mais le Shortfin Barracuda, une variante diesel-électrique du futur sous-marin nucléaire d’attaque Barracuda de la marine française. L’engin (4.500 tonnes) a fait la différence par ses capacités océaniques (missions en haute mer), l’allemand TKMS étant spécialisé dans les sous-marins côtiers de plus petite taille. Quant au consortium japonais, il a été pénalisé par son inexpérience à l’export, et des problèmes techniques sur la double coque de ses sous-marins.

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