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La fuite d'un mémo interne embarrasse Facebook

logo de Le Figaro Le Figaro 01/04/2018 Pauline Verge

En 2016, un cadre dirigeant de Facebook écrivait que le réseau social était déterminé à croître coûte que coûte, même aux dépens des risques pour ses utilisateurs. Le PDG du réseau Mark Zuckerberg a été contraint de prendre ses distances.

figarofr: D'après les déclarations d'Aleksander Kogan au Financial Times, très peu d'applications prêtaient attention aux règles de confidentialité de Facebook en 2014, y compris Facebook lui-même. © Dado Ruvic/REUTERS D'après les déclarations d'Aleksander Kogan au Financial Times, très peu d'applications prêtaient attention aux règles de confidentialité de Facebook en 2014, y compris Facebook lui-même.

Déjà empêtré dans l'affaire Cambridge Analytica, Facebook a vu s'ouvrir un nouveau front de critiques après la fuite de deux mémos. Ces deux documents, datant de 2016 et 2014, respectivement révélés par BuzzFeed et le Financial Times suggèrent que Facebook avait toutes les clés en mains pour éviter ce qu'il appelle aujourd'hui «des erreurs». L'équipe de Mark Zuckerberg était même assez clairvoyante sur les conséquences potentiellement néfastes de sa création.

Le premier est un mémo interne rédigé en 2016 par l'un des bras droits de Mark Zuckerberg, Andrew Bosworth. Intitulé «la laideur» («The Ugly» en anglais), le document que s'est procuré BuzzFeed, évoque les effets néfastes du réseau social sur la société, avant de balayer ces inquiétudes au motif que la croissance est primordiale.

Bosworth y explique que le succès de Facebook, qui est aussi sa raison d'être, est dû à sa faculté à créer des ponts entre les individus. Le réseau social peut ainsi avoir des effets très positifs en permettant aux gens de se rencontrer, de trouver l'amour, ou encore de sauver la vie de quelqu'un au bord du suicide. «Mais cela peut aussi être mauvais si les gens en font quelque chose de négatif. Il est possible que cela coûte des vies en exposant les personnes au harcèlement. Quelqu'un pourrait mourir dans une attaque terroriste organisée grâce à nos outils», écrit Bosworth avec une clairvoyance déconcertante. «La triste réalité est que nous croyons tellement au rapprochement des individus que tout ce qui peut nous permettre de connecter plus de gens entre eux et le plus souvent possible nous semble de facto bon. C'est notre impératif. Car c'est ce que nous faisons. Nous connectons les gens», poursuit le mémo.

«Je ne suis pas d'accord aujourd'hui avec ce texte»

Interrogé sur ce document, le PDG de Facebook Mark Zuckerberg a présenté Andrew Bosworth comme un dirigeant talentueux mais tenant des propos parfois provocateurs: «C'est l'un de ceux avec lesquels le plus de gens chez Facebook, y compris moi, sont le plus en désaccord». Et d'ajouter: «Nous n'avons jamais pensé que la fin justifie les moyens. Nous reconnaissons que connecter les gens n'est pas en soi suffisant. Nous avons aussi besoin d'oeuvrer pour rendre les gens plus proches les uns des autres».

Sommé de s'expliquer, l'auteur du mémo est revenu sur le contexte et sur ses écrits: «L'objet de cette note, comme de beaucoup d'autres que j'ai rédigées en interne, était de faire remonter des sujets qui méritaient, à mon avis, plus de discussions de façon plus large au sein de l'entreprise». Dans un communiqué, il précise même: «Je ne suis pas d'accord aujourd'hui avec ce texte et ne l'étais même pas lorsque je l'ai écrit».

Pour certains, ce document montre que, contrairement aux déclarations faites ces derniers mois, les dirigeants de Facebook étaient déjà conscients depuis plusieurs années des risques liés au fait de se connecter au réseau social et d'y partager des opinions et des données personnelles.

Par ailleurs, d'autres documents jettent un doute sur la sincérité de Facebook en plein scandale Cambridge Analytica. Le réseau social a toujours expliqué avoir été trompé par le psychologue de Cambridge, Aleksandr Kogan, qui aurait permis à la société britannique cambridge Analytica de récupérer illégalement les données personnelles de 50 millions d'utilisateurs du réseau social. 

Selon les documents auxquels a eu accès le Financial Times, Aleksander Kogan avait pourtant envoyé en 2014 un document à Facebook dans lequel il esquissait les conditions d'utilisation de son application. Il y était précisé que l'entreprise aurait le droit d'éditer, publier, de transférer, vendre, ou encore archiver les données et publications des gens.

D'après les déclarations d'Aleksander Kogan au Financial Times, très peu d'applications prêtaient attention aux règles de confidentialité de Facebook en 2014, y compris Facebook lui-même. «Si cela leur importe vraiment, pourquoi n'ont-ils rien fait à ce propos?» interroge-t-il. Plus tard dans l'année, Facebook a instauré une réglementation plus stricte pour les nouvelles applications, mais laissait un an aux applications déjà existantes pour se mettre à jour.

Facebook doit maintenant s'expliquer devant la justice. Le procureur de l'État de New York Eric Schneiderman a indiqué jeudi que la société lui avait déjà transmis des documents et avait fait part de son désir de collaborer pleinement à l'enquête.

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