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"J'ai craqué pour notre thérapeute"

logo de ELLE ELLE 18/06/2017 La Rédaction,La Rédaction

Lorsqu'il a ouvert la porte, j'ai cru que c'était un assistant ou un confrère, mais sûrement pas le Dr M. Dans mon esprit, je l'imaginais en Woody Allen avec une couronne de cheveux grisonnants.

"J'ai craqué pour notre thérapeute" © Getty "J'ai craqué pour notre thérapeute"

Au lieu de ça, j'avais le sosie de devant les yeux. Mais un Ryan tourmenté, délicieusement cerné, avec une barbe de trois jours et une voix de fumeur de gitanes. Á mesure qu'on avançait dans le long couloir qui menait à son bureau, je sentais mon cœur s'accélérer. Même de dos, il était beau. Sa démarche n'avait rien de particulier et, pourtant, elle me plaisait. Peut-être ces larges épaules, ce cou massif et franc, cette jolie nuque qui donnait envie d'y passer la main. Je devais me ressaisir. Déjà que j'appréhendais cette thérapie à deux... si, en plus, je louchais sur la personne censée nous aider, j'étais foutue. Je n'avais pas encore ouvert la bouche que j'étais déjà morte de trouille, le bide noué et les mains moites. Un peu comme à un premier rencard. Sauf que, là, mon mari était juste à côté. Mais pourquoi mon amie Steph ne m'avait-elle pas avertie quant au profil ravageur de ce thérapeute ? C'est elle qui me l'avait conseillée. « Tu vas voir, il fait des miracles. » Ah oui ? Si le miracle était de réveiller tous mes sens jusqu'ici complètement apathiques, c'était réussi. J'avais la sensation d'être une bête sauvage à l'affût. Á l'affût de quoi ? Je ne sais pas. Sûrement de cette bouffée d'excitation qui rappelle qu'on est encore en vie.

Depuis des mois, ma relation avec Alex était devenue très tendue. En fait, il n'y en avait plus de relation. Plus de dialogue, plus de tendresse, plus de sexe. Le soir, après avoir couché les petits, nous étions comme deux étrangers qui dînaient l'un en face de l'autre, les yeux dans le vague. La télé parlait à notre place. Aucun des deux n'osait plus aborder l'autre de peur que la conversation ne finisse en une énième dispute. Nous avions eu deux enfants à quinze mois d'intervalle. Depuis trois ans, notre quotidien, c'était couches, petits pots, bronchiolites, gastro, nounou, « Petit Loup », pas dodo. Un pur bonheur... En plus de notre journée de boulot, c'était trop pour nous. Épuises, nous n'étions plus d'accord sur rien. Lorsque, un samedi de shopping, on s'est presque battus sur le choix d'un pyjama Petit Bateau, on s'est dit qu'il fallait agir. Nous en venions à nous détester alors qu'on avait tout pour s'aimer.

Le beau docteur Ryan

« Il est pas mal, ce , non ? » conclut mon mari après la première séance. « Irrésistible », ai-je pensé tout en acquiesçant de la tête. Pour une fois, nous étions en phase. J'étais contente qu'Alex apprécie l'exercice, lui que j'avais dû traîner pour venir. Je nous ai même sentis plus légers en sortant. Sans doute pas exactement pour les mêmes raisons, mais c'était un début prometteur, me forçais-je à admettre. Je n'allais pas passer toutes les séances à me liquéfier sur un fauteuil club ! Sûr que cette subite attraction allait s'envoler très vite. Mais mon thérapeute n'a pas quitté mes pensées de la semaine. J'imaginais son quotidien et des scénarios improbables où il plaquait tout pour entrer dans ma vie. Je savais que c'était une folie, mais je me plaisais dans ce nouveau jardin secret. Je rajeunissais. Le jour de notre rendez-vous, je m'étais faite jolie (pas trop pour ne pas éveiller les soupçons de mon mari), impatiente et effrayée de le voir. Mais, ce jour-là, mon enthousiasme fut vite douché. Notre psy voulait parler « ». « Comment qualifieriez-vous votre vie intime ? » nous demanda-t-il soudain. Alex s'exprima le premier me décrivant comme une calculatrice dénuée d'appétence charnelle. Sympa. J'aurais dû l'écouter jusqu'au bout, mais, devant Ryan, c'était impossible. La honte. « Désolée, je ne suis pas ce genre de femme, lançais-je énervée. » Et me tournant vers le psy : « J'aime faire l'amour. J'ai d'ailleurs un imaginaire érotique très développé... » m'entendis-je ajouter. « Pourtant, à chaque fois qu'on le fait, poursuivit Alex, j'ai l'impression que tu m'accordes une récompense ! Tu ne fais jamais ça gratuitement ! » « Gratuitement. » Ce mot. Pour qui me faisait-il passer ? J'étais plus préoccupée par l'image que je renvoyais au beau Ryan qu'aux propos de mon mari. Le ton est monté, de plus en plus fort, et j'ai hurlé : « Je n'y peux rien si tu t'y prends comme un pied ! » Ambiance...

Étonnamment, ce soir-là, nous avons fait l'amour. Á croire que s'engueuler devant une tierce personne nous avait fait du bien. C'était doux et passionné. Je ne pourrais dire si c'était mon attirance envers le doc que je transposais avec ferveur sur mon mari ou si j'avais une réelle envie (« gratuite ») de lui. En attendant, cette confusion exaltait ma libido. Plus les séances s'enchaînaient, plus nous retrouvions un dialogue corporel. Parfois, j'imaginais que cette bouche assoiffée sur mon ventre ou que ces mains brûlantes pétrissant mes seins étaient celles du Dr Ryan. J'y repensais en consultation et je rougissais dans mon coin. Au bout de six séances, Alex souhaita arrêter. Ryan était d'accord. « Je crois que vous avez bien cerné les schémas psychiques de chacun pour les faire circuler au mieux. » Mais non ! « On a encore plein de problèmes, essayais-je de les convaincre. » Je savais que, au fond, ce foutu dialogue était revenu. Mais je ne pouvais me résoudre à quitter le bon Dr M.

Transfert et fantasmes

J'aimais sa présence, son état d'esprit... On se marrait tous les deux, enfin, tous les trois. Sa tempérance m'apaisait, l'odeur boisée de son cabinet me rassurait. « Et si je commençais une thérapie en solo avec vous ? » lui demandais-je discrètement. « Je ne m'occupe que des couples, m'a-t-il répondu, mais je peux vous recommander une consœur.

Je devais reconnaître que le travail effectué avec Alex portait ses fruits. Mais, l'admettre, c'était poser une croix définitive sur mon Ryan de la psychanalyse. Alors, je cherchais la petite bête pour susciter des tensions afin qu'Alex change d'avis. J'avais même gâché notre premier dîner en tête à tête, dans un 3-étoiles. C'était notre « devoir thérapeutique » mensuel sans les enfants. Ça avait été facile, j'avais parlé de sa mère. Devant des serveurs gênés, on gobait les plats à toute vitesse dans une agressivité contenue, moi, la larme à l’œil. Malgré mes efforts, Alex ne voulait plus entendre parler de thérapie. « On s'aime, on va se retrouver. »

Moi, je ne savais plus. Le doc me manquait. Quelques jours plus tard, je le croisai (presque) par hasard dans un café près de son cabinet. Au départ, chaleureux, il m'a coupé brusquement la parole lorsque je me mis à lui expliquer ma détresse amoureuse : « Écoutez, Agathe, c'est normal de faire un transfert sur son psy pendant une thérapie, mais, en aucun cas, je ne suis l'objet de votre flamme. » Et il m'a plantée au comptoir devant mon thé vert. J'étais séchée par son arrogance et aussi par son immonde pull vert. Où était mon Ryan ?

Les jours de rendez-vous, je me faisais jolie, impatiente et excitée de voir notre psy.

Sa phrase a résonné en moi pendant tout le trajet du retour. Avais-je fait un transfert sur ce type ? J'avais surtout fantasmé sur lui parce qu'il était sur ma route à un moment d'ennui profond. Parce que j'avais besoin de plaire, de me sentir à nouveau femme. Bon, et aussi parce qu'il était très beau. Mais, si j'étais honnête avec moi-même, je me suis avoué que cela aurait pu être un autre. Ça avait été un coup de cœur « pansement » sans que j'aie jamais voulu me séparer d'Alex.

D'un coup, j'ai eu hâte de le retrouver, regrettant ma stratégie de sabotage. Quelle buse ! Je réalisais la chance que j'avais d'être avec un homme si sûr de nous. Mais, le soir même, il m'a lancé : « Agathe, j'ai bien réfléchi depuis notre dîner raté. Tu as raison, je nous trouve fragiles. Rappelons le Dr M. »

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Cet article a été publié dans le magazine ELLE du vendredi 26 mai. Pour vous abonner, cliquez   .

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