Vous utilisez une ancienne version de votre navigateur. Veuillez utiliser une version prise en charge pour bénéficier d’une meilleure expérience MSN.

Comment surmonter sa peur de l’avion ?

logo de Le Figaro Le Figaro 13/09/2018 Sarah Terrien

PSYCHO - Environ un tiers de la population est angoissé à l’idée de voyager dans les airs. Mais pas de panique, des solutions existent pour remédier à cette phobie.

sante: L’une des astuces pour diminuer l’anxiété consiste à garder en tête l’objectif du voyage. © 188687232/Ilya - stock.adobe.com L’une des astuces pour diminuer l’anxiété consiste à garder en tête l’objectif du voyage.

«La première fois que j’ai pris l’avion, j’avais 18 ans. J’allais à Mayotte, j’étais toute seule et j’ai pleuré tout le long du trajet. J’étais terrorisée», se souvient Anne, 60 ans. Et ce n’est pas un cas isolé. «Il y a peu d’études sur le sujet, mais on estime qu’une personne sur trois a peur de l’avion», indique Philippe Goeury, psychologue au centre antistress d’Air France. Désormais, la sexagénaire prend l’avion uniquement si elle y est obligée, par exemple lorsqu’elle fait un voyage lointain. Son dernier vol en date? Le Mexique. Même si cela a été une épreuve pour elle, les choses se sont mieux déroulées que par le passé. «Grâce à des mots fléchés, je me suis occupée l’esprit. Et lorsque j’ai regardé un film avec un masque 3D, j’ai réussi à oublier que j’étais dans un avion», raconte-t-elle. Sans le savoir, Anne a appliqué un des conseils prodigués par Philippe Goeury: focaliser son attention sur autre chose que son angoisse.

Un stage pour ne plus avoir peur

Depuis 11 ans, cet ancien chef de cabine intervient dans le cadre de stages permettant de lutter contre la peur de prendre l’avion. Ces formations d’une journée se déroulent dans les deux principaux aéroports franciliens. Au menu: un entretien personnalisé avec un psychologue, une rencontre avec l’équipage pour connaître l’envers du décor, deux heures dans un simulateur de vol et un suivi personnalisé. «Le but est de banaliser au maximum cet environnement mystérieux pour se l’approprier et avoir moins peur», explique Philippe Goeury. Pour Christophe Bagot, psychiatre spécialiste des troubles anxieux, ces formations ont un gros défaut: «Je suis assez critique par rapport aux stages organisés en simulateur car les gens savent qu’ils ne sont pas vraiment dans un avion. C’est pour cela que je conseille à mes patients des stages où ils vont effectuer un vol réel». Au contraire, Philippe Goeury pense que faire un vol immédiatement après la formation est trop brutal: «Le simulateur est une marche intermédiaire qui est déjà très haute pour certains».

Velina Negovanska, psychologue spécialiste de la gestion du stress et coauteure du livre Je n’ai plus peur de l’avion! anime des stages au centre de traitement de la peur de l’avion, une entreprise présente dans plusieurs villes françaises et européennes. Pour elle, le secret d’un voyage serein dans les airs est la cohérence cardiaque, un exercice de respiration qui permet de contrôler son rythme cardiaque, et ainsi de réguler son stress de façon autonome. «Pour moi, c’est la partie la plus importante du stage car, grâce à cette technique, les personnes ne sont plus démunies», précise la psychologue. Mais ces formations sont loin d’être accessibles à tous car leur coût s’élève à plusieurs centaines d’euros.

Éviter les situations stressantes et assumer sa peur 

Mais il existe des astuces beaucoup moins onéreuses qu’un stage. «Bien dormir les jours précédant le voyage, essayer d’avoir un trajet agréable avant le vol en évitant les environnements stressants comme le RER, rappelle Christophe Bagot. On peut également aller se promener dans l’aéroport quelques jours avant pour se confronter au lieu. Et surtout, il est important de jouer carte sur table en prévenant le personnel de bord de sa peur. Faire une sorte de «coming out» de sa phobie. Car la peur de voler est très généralement accompagnée de honte et de la crainte de paraître fou aux yeux des autres en cas d’attaque de panique.»

Et contrairement aux idées reçues, les personnes phobiques de l’avion n’ont pas toutes peur du crash. Comme l’explique Velina Negovanska, il existe quatre types de profils: «ceux qui ont peur d’un accident, ceux qui sont claustrophobes et supportent mal d’être enfermés dans un espace clos, ceux qui ont peur de faire des attaques de panique et ceux qui ont besoin de garder le contrôle de la situation». Et d’un cas à l’autre, le niveau d’anxiété n’est pas le même.

Mieux connaître le monde aéronautique

Pour les angoissés légers à modérés, se renseigner sur la manière dont fonctionne un avion peut être d’une grande aide. «La peur vient souvent de l’inconnu. La plupart des gens ne savent pas comment vole un avion et cela les angoisse, rappelle Marie-Claude Dentan, psychologue à la retraite et cofondatrice du centre antistress d’Air France. Je suis persuadée que la peur diminue avec la connaissance», poursuit-elle.

Forte de son expérience (environ 8.000 personnes au cours de sa carrière), la thérapeute a coécrit un livre qui permet de mieux comprendre le fonctionnement d’un avion. «Il est important de faire prendre conscience aux personnes que la peur vient d’eux et non du risque réel», ajoute la spécialiste. En effet, même si rappeler aux anxieux qu’il y a plus de risques d’avoir un accident de voiture qu’un crash en avion ne suffit pas à les apaiser, Marie-Claude Dentan considère que «donner des éléments rationnels permet de prouver aux gens que c’est leur imagination qui pose problème et pas le risque lui-même».

Une thérapie pour guérir durablement

Quand l’angoisse devient trop invalidante, une prise en charge par un psychologue ou un psychiatre s’impose. Et il est possible d’en guérir. «Parmi les personnes qui me consultent pour des phobies, celles qui ont peur de l’avion sont celles qui s’en sortent le plus facilement, témoigne Velina Negovanska. Mais attention, pour ce type de prise en charge, il est nécessaire de s’y prendre à l’avance. «En 10 jours il est impossible de faire des miracles, précise Christophe Bagot. Cela nécessite une thérapie d’environ 10 mois. Car si on reste en surface, il y a un risque de rechutes».

Dans le cadre d’un départ imminent, le psychiatre recommande de se rendre chez son médecin généraliste pour se faire prescrire un traitement anxiolytique. Et contrairement aux croyances, l’alcool n’est pas une solution. «Un certain nombre de personnes remplacent ces médicaments en buvant quelques cannettes de bière. Pourtant, je ne peux pas conseiller l’alcool pour faire diminuer l’anxiété car cela peut conduire à des problèmes de dépendance», insiste le médecin. Un dernier conseil? «Garder en tête l’objectif du voyage», recommande Philippe Goeury. Une astuce qu’Anne utilise régulièrement pour se rassurer: «J’arrive à me dire qu’une fois qu’on sera en vacances ce sera fabuleux!»

Publicité
Publicité

Plus d'info : le figaro.fr

Publicité
image beaconimage beaconimage beacon