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Fibromyalgie, la piste controversée de l’insuline

logo de Le Figaro Le Figaro il y a 6 jours Damien Mascret
La fibromyalgie se manifeste notamment par des douleurs chroniques et diffuses ainsi qu’une fatigue intense. © 166673803/Antonioguillem - stock.adobe.com La fibromyalgie se manifeste notamment par des douleurs chroniques et diffuses ainsi qu’une fatigue intense.

Un antidiabétique utile dans la fibromyalgie? L’hypothèse formulée par Miguel Pappolla, professeur de neurologie, avec ses collègues de l’université du Texas à Galveston dans un article de la revue en ligne Plos One, est provocatrice.

A priori, l’hypothèse d’un lien entre le diabète et la fibromyalgie semble séduisante. Il y a en effet dans le diabète à la fois une résistance à l’insuline et une atteinte des nerfs (neuropathie). De plus, il est possible que le diabète et autres maladies qui endommagent les nerfs périphériques soient plus fréquents chez les personnes souffrant de fibromyalgie. «Des études antérieures ont montré une association entre la fibromyalgie et la neuropathie des petites fibres (nerveuses)», ajoutent les auteurs. «Ce lien a été démontré par une douzaine de laboratoires», confirme au Figaro le Pr Anne-Louise Oaklander, professeur associée de neurologie à la Faculté de Harvard (États-Unis).

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D’où l’idée des chercheurs du Texas de traiter le prédiabète (sur la base d’un taux de HbA1c, l’hémoglobine glyquée, supérieur ou égal à 5,7) de 16 patients atteints de fibromyalgie par un antidiabétique, la metformine, et d’évaluer la progression de leurs douleurs. Les résultats ont été spectaculaires, puisque tous ont vu une réduction très nette de leurs douleurs et même leur disparition complète pour huit d’entre eux. «Nous allons probablement mener des études cliniques avec des patients ayant une HbA1c au-dessus de 5», explique le Pr Pappolla, neurologue et premier auteur de ce travail. «Nous pensons que la résistance à l’insuline est le chaînon manquant dans la pathogénèse de la fibromyalgie», conclut-il.

Le Pr Serge Perrot, rhumatologue, n’est pas encore convaincu par la démonstration: «La résistance à l’insuline est peut-être une cause de certains syndromes fibromyalgiques, mais elle ne peut résumer ce syndrome, qui peut être postviral, post-Lyme, post-trauma psy, post-cancer….» Pour ce spécialiste de la maladie, «la fibromyalgie doit être envisagée comme une désynchronisation du corps et du cerveau, avec des causes multiples, psychologiques comme physiques ou somatiques».

Il y a d’autres raisons de rester prudent. «D’abord parce que ces résultats n’ont pas encore été confirmés par un laboratoire indépendant», remarque le PYann Péréon, neurologue et responsable du centre de référence «maladies neuromusculaires» du CHU de Nantes. Ensuite parce que, explique le Pr Shahram Attarian, neurologue (Assistance publique des hôpitaux de Marseille), coordinateur des centres de référence des maladies neuromusculaires, «il s’agit d’une étude rétrospective (a posteriori, NDLR) menée sur un très petit nombre de patients, et surtout sans avoir réalisé de biopsie cutanée pour confirmer l’atteinte des petites fibres nerveuses».

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Pour autant, le Pr Attarian ne veut pas jeter le bébé avec l’eau du bain: «C’est un travail original et cela mérite de creuser plus loin.» C’est aussi l’avis du Pr Péréon: «Il y a là une vraie piste de recherche et il serait bien sûr intéressant de disposer d’un véritable biomarqueur de la fibromyalgie, mais il est évidemment prématuré de faire d’une corrélation une relation de cause à effet».

Le débat reste ouvert mais personne ne se risque à ce stade préliminaire à proposer la metformine comme traitement de la fibromyalgie. «La metformine n’est pas un traitement de la fibromyalgie ou de la neuropathie en dehors du contexte d’hyperglycémie diagnostiquée médicalement, insiste le Pr Oaklander. Pris à mauvais escient, il y aurait un risque mortel.»

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