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"Qui va nous soigner ? On n'a personne" : à Abidjan, la lutte contre le sida et la tuberculose suspendue aux fonds internationaux

logo de Franceinfo Franceinfo 09/10/2019 Franceinfo

Le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, lance mercredi une nouvelle collecte pour les trois années à venir. Reportage en Côte d'Ivoire auprès des usagers de drogue à la rue, particulièrement exposés à ces maladies.

© Fournis par France Télévisions

Il faut d'abord descendre un sentier à l'abri des regards, près de maisons à l'abandon. Un sentier bordé de gros lézards qui débouche sur un mur, gardé par quatre hommes. Ils vous autorisent à passer, à travers un trou creusé dans le mur. Nous voici au "fumoir", à Abidjan (Côte d'Ivoire). C'est un campement à l'abri des regards jonché de détritus et entouré de bananiers, avec au milieu deux grandes tentes de fortune, sous lesquelles une quarantaine d'hommes et de femmes fument toute la journée de l'héroïne et du crack. Les conditions sont précaires, l'insalubrité règne, les maladies circulent, dont le sida ou la tuberculose. Benjamin vit là depuis cinq ans. "Cela a tué beaucoup d'hommes ici, cela tue beaucoup de nos grands frères."

Sida, tuberculose, prostitution... En Côte d'Ivoire, un usager de drogue a 50 fois plus de risques d'être contaminé par la tuberculose que le reste de la population. A Abidjan, entre 6 000 à 10 000 usagers de drogue sont dans la rue, ils se regroupent dans ces "fumoirs", à l'abri des regards. On y fume à plusieurs sur la même pipe, on vit dans la promiscuité, raconte John : "Nous sommes tous regroupés. Si celui qui est en face a la tuberculose, s'il tousse... On peut être vingt ou trente, s'il y a un seul malade, tous ceux qui sont à côté peuvent attraper la maladie."

Il y en a, on ne voit pas, on ne sait pas qu'ils sont malades, remarque Ange-Emmanuel. Les symptômes ne sont pas tellement visibles. Si par exemple il n'a pas encore toussé devant toi, tu ne sais pas. Et tu t'exposes.

Ange-Emmanuel

à franceinfo

Et pas question d'aller se faire soigner à l'hôpital, explique Siridibé, les yeux lui aussi rougis par la drogue : "Qui va nous soigner ? On n'a personne. Nous sommes rejetés de la société, on n'a personne."

Seule Médecins du monde peut pénétrer dans ce camp. L'ONG délivre des messages de prévention et effectue aussi des tests de dépistage. Aujourd'hui, une suspicion de tuberculose chez Emmanuelle. "Est-ce que tu as maigri ?", demande le médecin. "Oui, beaucoup", répond la malade. "On va prendre ton crachat alors, pour voir si ce n'est pas la tuberculose. Il faut tousser maintenant, vas-y, respire fort."

Le prélèvement de salive sera examiné par un laboratoire. "Généralement, on a au moins un cas positif sur chaque sortie, explique Matthieu Eyé, le responsable de cette mission chez Médecins du monde. Tant qu'il n'est pas pris en charge, ce malade est contagieux et toutes les personnes qui sont avec lui dans le fumoir sont exposées."

Quand on soigne un malade et qu'il est guéri, la chaîne de transmission est brisée.

Matthieu Eyé, Médecins du monde

à franceinfo

Accompagner les usagers de drogue, cette mission est financée à hauteur de 600 000 euros par an par le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, via une agence de coopération française, Expertise France. C'est notamment vers ces populations particulièrement exposées aux maladies infectieuses que se tourne l'effort du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Il va tenter mercredi 9 et jeudi 10 octobre de collecter 14 milliards de dollars à Lyon, pour financer ses actions pour les trois prochaines années. Cela représente deux milliards de plus que la dernière conférence il y a trois ans, au Canada.

En 10 ans, la mortalité a été divisée par deux en Côte d'Ivoire pour le sida et la tuberculose. L'objectif de la communauté internationale reste d'éliminer totalement ces deux maladies d'ici à 2030.

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