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Binationaux : entre deux pays, leurs crampons balancent

logo de Liberation Liberation 13/03/2018 Sacha Tavolieri
Parfait Mandanda, gardien de l'équipe belge de Charleroi, a choisi de jouer pour le Congo contrairement à son frère Steve, qui a préféré la France. © KRISTOF VAN ACCOM Parfait Mandanda, gardien de l'équipe belge de Charleroi, a choisi de jouer pour le Congo contrairement à son frère Steve, qui a préféré la France.

Rejoindre la sélection de son pays d'origine ou jouer en équipe de France ? C'est le dilemme de certains footballeurs binationaux. D'autres osent enfin porter le maillot aux couleurs de leur nation.

Depuis plusieurs semaines, l’équipe de football de la Tunisie fait son marché en France. Et la moisson est fructueuse. Plusieurs joueurs français de Ligue 1 et Ligue 2 ont rejoint la sélection de leur pays d’origine comme le milieu de Montpellier Ellyes Skhiri, le gardien Mouez Hassen (à Châteauroux) ou, dernièrement, le meneur de jeu Saîf-Eddine Khaoui prêté à Troyes par l’Olympique de Marseille. Pourquoi ? Parce qu’entre une hypothétique chance d’être un jour sélectionné en équipe de France et la perspective de disputer la prochaine Coupe du monde sous le maillot des Aigles de Carthage, y a pas match.

Skhiri, Hassen ou Khaoui ne sont pas des pionniers. D’autres avant eux, formés en France, et pour certains, n’ayant jamais posé un crampon en Afrique, ont choisi comme sélection nationale celle de leur pays d’origine. Spécialiste du football africain, Alexis Billebault explique le phénomène par la professionnalisation croissante des sélections africaines et par une décision de la Fédération internationale du football, en 2003 : «Depuis qu’un joueur a le droit de jouer autant de matchs amicaux avec son pays d’origine sans pour autant s’engager définitivement à défendre ses couleurs, il y a eu un déclic, quelque chose s’est décrispé. Dans l’esprit des binationaux, la porte de l’équipe de France reste toujours ouverte, mais ils acceptent plus facilement une sélection avec leur pays d’origine puisqu’ils ont la possibilité de faire marche arrière [possibilité qui leur est fermée s’il joue un match officiel, ndlr]. Et puis en Afrique, les conditions se sont grandement améliorées. Ne serait-ce qu’en termes d’entraînement ou d’hébergement. Avant, c’était tout juste si les joueurs ne logeaient pas dans des hôtels de passe lors des rassemblements de leur sélection [rires]. C’était un merdier. Maintenant, toutes les sélections sont quasiment très pros.»

Pourtant, certains joueurs n’avaient jamais mis un pied en Afrique avant d’être sélectionnés : «Cédric Bakambu, qui vient d’être transféré en Chine pour 80 millions d’euros, la première fois qu’il a découvert Kinshasa, c’était à l’occasion d’un regroupement avec la république démocratique du Congo. Les mecs découvrent la sélection alors que leur lien avec le pays était presque inexistant», poursuit Billebault.

«Les binationaux rêvaient de l’équipe de France»

Matthieu Dossevi a évolué dans toutes les équipes de jeunes chez les Bleus, jusqu’aux moins de 21 ans, où il a notamment joué avec les internationaux tricolores Moussa Sissoko et Etienne Capoue. Pourtant, le milieu offensif du FC Metz a choisi de porter les couleurs jaunes et vertes du Togo. Il reconnaît pourtant qu'«il ne faut pas être hypocrite» : «Tous les binationaux qui sont en sélection africaine rêvaient de l’équipe de France. S’ils avaient eu le choix, ils auraient choisi les Bleus.» Fils de Pierre-Antoine Dossevi, le meilleur buteur de l’histoire du Tours FC, et neveu de Othniel Dossevi, premier buteur africain du Paris Saint-Germain et de l’histoire du Parc des princes durant la saison 1972-1973, le natif de Chambray-lès-Tours ne regrette rien : «Le plus frappant en Afrique, c’est l’atmosphère. Quand tu arrives, les gens sont plus ouverts, plus agréables aussi. Je les sens moins distants que les Européens. En Europe, c’est là où ils sont les plus froids. Au Togo, il y a tout de suite une barrière qui est cassée. Les gens te disent bonjour tout le temps. Il y a moins de manières. Les gens peuvent venir directement vers toi pour t’embrasser, demander une photo, etc. Il y a moins de gêne. En fait, tu retrouves cette chaleur de vivre dans tous les pays où il y a moins de richesse. On est tous dans la merde donc on s’entraide. La communication est plus réelle. Il y a plus de lien en général.»

Chez les Mandanda, les deux frères, Steve et Parfait sont gardiens. Le premier affiche 26 sélections en Bleu. Le second a préféré les Léopards de la République démocratique du Congo en 2008 : «J’ai fait ce choix en me concertant avec mes amis Youssouf Mulumbu, Cédric Bakambu qui étaient dans le même cas que moi. A l’époque, aucun joueur congolais d’Europe n’avait accepté de rejoindre la sélection de la RDC. Je me dis donc "Pourquoi pas ? allons les aider". En fait, c’est vraiment avec la sélection que j’ai découvert l’Afrique. Avant cela, je n’y avais jamais mis les pieds.» Le gardien de but du Sporting Charleroi (première division belge) assume complètement ce choix : «Je suis né en France mais j’ai le sang congolais. Peut-être que je me trompe, mais avant l’affaire des "trop de noirs en Equipe de France" [référence aux propos tenus par l’ancien sélectionneur des Bleus, Laurent Blanc, en 2011], plus de Français d’origine étrangère se voyaient chez les Bleus. Maintenant, beaucoup mettent leur nationalité française de côté et préfèrent leur pays d’origine.Choisir le Congo, c’est aussi rendre une forme de service, poursuit Parfait Mandanda. Comme le Congo a beaucoup donné à mes parents, je devais prendre cela en compte et le rendre comme j’ai pu le faire.»

«Modèles de réussite»

Un discours contrasté lorsqu’on le confronte avec celui de Matthieu Dossevi, le meneur de jeu du FC Metz : «L’Afrique ne m’a rien donné en tant que tel et la seule connexion que j’avais avec le Togo, c’était via mon père et des amis qui jouaient avec la sélection. En fait, c’est quand on voit les gens au Togo qu’on se dit qu’on est redevable, qu’on a quelque chose à rendre aux autres. On est considéré comme des stars, des modèles de réussite. En même temps, cela permet aussi de te servir de ta petite notoriété pour pouvoir aider. Quand je vais au Togo, je vais toujours dans des hôpitaux ou des orphelinats… C’est le minimum.»

D’autres ont un discours plus politique, comme l’Algérien Sofiane Feghouli : «Il ne faut pas oublier l’histoire entre la France et l’Algérie. […] Pour les nouveaux jeunes qui vont arriver, je leur dis "n’hésitez pas, allez jouer pour le pays de vos parents parce que vos grands-parents ont souffert pour être acceptés", assénait-il dans la Gazette du Fennec en 2016. Pour moi, il n’y a pas à discuter. Juste parce qu’il y a eu des trucs très graves qui se sont passés dans l’histoire, mais eux [comprenez les jeunes franco-algériens] ne sont pas conscients parce qu’ils sont jeunes. […] Dans cette société française, on n’est pas acceptés. Faut pas se mentir, c’est difficile pour nous… Nos parents, ce sont des Algériens

Un discours qu’a failli entendre Nabil Fekir. Dans un premier temps, le meneur lyonnais avait choisi l’Algérie. Après s’être concerté avec sa famille et ses amis, la décision était claire. Mais des dirigeants du foot français ont su trouver les arguments pour lui faire préférer la France laissant l’Algérie orpheline de l’un des meilleurs joueurs de Ligue 1. Comprenez, un joueur se vend mieux lorsqu’il est international français…

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