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Les joueurs qui parlent avec la main devant la bouche

logo de Sofoot Sofoot il y a 4 jours Par Florian Lefèvre
© Fournis par Newsweb

Ce sont des gestes ou des attitudes qui énervent. Qui sont insupportables. Qui rendent dingue tout supporter au stade ou devant sa télé. Et franchement, comme dirait Édouard Balladur : « Je vous demande de vous arrêter. » Il est temps de se pencher sur ceux qui discutent avant, pendant et après les matchs en mettant la main devant la bouche.

D'où cela vient ?

« Ouuuuuh Zinédine... Oh Zinédine... Pas ça, pas ça Zinédine ! Pas ça Zinédine ! Oh non, pas ça, pas aujourd’hui, pas maintenant, pas après tout ce que tu as fait ! Aïe aïe aïe aïe aïe aïe... Oh non, Zinédine ! Et c’est carton rouge, oh non ! Et voilà ce que je redoutais, c’est épouvantable, c’est pas possible ! » Au bistrot du coin, en famille ou en colonie de vacances au fin fond du Gers, ce 9 juillet 2006, la France s’est arrêtée de respirer devant les images de la finale du Mondial. On joue la 110e minute à Berlin, Zidane vient de mettre un coup de boule à Marco Materazzi. L’arbitre le renvoie au vestiaire. À la retraite aussi. Et c’est l’Italie qui soulève la Coupe du monde. Mais alors, qu’a bien pu dire ce fourbe de Materazzi pour faire dégoupiller Zizou ? La question agite la planète, des journaux du monde entier font appel à des spécialistes de « lecture labiale ». Pour Globo, l’Italien aurait traité la sœur de ZZ de « prostituée ». Selon le Guardian, l’insulte exacte est la suivante : « Enculé de musulmans, fils de pute terroriste ». Le Times dégaine même LA spécialiste du Royaume-Uni. Verdict selon Jessica Rees, 36 ans d’expertise dans la police : « On sait tous que tu es le fils d'une pute terroriste. » Un an plus tard, Materazzi finira par lâcher sa propre version. Il aurait déclaré : « Je préfère ta putain de sœur » en réponse à un Zizou qui lui demandait s'il voulait son maillot pour le tirer autant. Désormais, sur un terrain de foot, et a fortiori lors des grandes compétitions internationales, tout propos peut être décrypté. Dès lors, une seule solution : mettre la main devant la bouche.

Pourquoi c'est insupportable ?

Parce que le football, ce sont des gueules. La joie de Marco Tardelli après son but en finale du Mundial 82 ; le regard penaud de Maxime Bossis quand il loupe son tir au but face aux Allemands ; les pleurs de Gazza quand l’arbitre lui tend le carton jaune qui signifie la fin de sa Coupe du monde 90 ; la colère de Didier Drogba à l’issue du controversé Chelsea-Barcelone : « IT’S A FUCKING DISGRACE » ; les mots de doux de Roy Keane contre Patrick Vieira dans le couloir d’Highbury. En somme, des visages marqués par le spectre des émotions fortes. Et pas des mains devant la bouche qui cachent le sel de toute discussion non standardisée.

Qui l'incarne le mieux aujourd'hui ?

Les deux meilleurs joueurs du monde, les plus regardés et les plus épiés : Lionel Messi et Cristiano Ronaldo.

Comment faire pour que ça s'arrête ?

Faire un tour en DeLorean pour revenir, au hasard, en 1985, l’année du troisième Ballon d’or ramassé par Michel Platini. Disparu le budget loisirs du ménage entièrement consacré aux abonnements Canal, beIN Sports et SFR Sports. Disparus la super loupe et les plans de coupe toutes les cinq secondes de Jean-Jacques Amsellem. Disparus les vingts caméras par match et les experts en lecture labiale convoqués pour lire les cochonneries que l'on s’échange sur les terrains. Disparus les réseaux sociaux. Disparue l’affaire Aurier. Disparus les clubs qui verrouillent la communication des joueurs. Disparus les joueurs qui vivent en vase clos et doivent se protéger de l’environnement médiatique. Disparue la main devant la bouche avant, pendant et après les matchs.

Pourquoi cela peut précipiter la fin du monde ?

Faites le test. La prochaine fois que vous foulerez une pelouse avec votre équipe du dimanche, conversez toute la rencontre en mettant votre main devant la bouche. À la fin du match, le constat est sans appel : la paume de votre main est pleine de postillons. D’autant plus souillée que « l’augme

ntation du débit respiratoire lié à l’exercice stimule la muqueuse qui tapisse les bronches et lui fait produire plus de mucus bronchique », comme le soulignait Jean-François Toussaint, directeur de l'Institut de recherche biomédicale et d’épidémiologie du sport (Irmes) à l’Insep, pour . Or, comme le pointaient les travaux de Louis Pasteur dès le XIXe siècle, le crachat est une cause de la tuberculose et d'autres maladies. Donc imaginez si tous les joueurs se serraient la pogne après avoir passé tout le match à se postillonner dans la main... Entre voir ses propos décryptés par les télés ou attraper la tuberculose, il faut choisir.

La parole est à la défense :

Louis Poggi (Gazélec Ajaccio)

© Fournis par Newsweb

« Faut pas leur en vouloir. Les joueurs qui mettent la main devant la bouche, c’est arrivé tout doucement avec la médiatisation du football. Il y a vingt ans de ça, ça n’existait pas. Aujourd’hui, beaucoup de choses peuvent être déformées. Ça peut encourager les gens à se protéger. Les gens n’ont pas envie de s’exposer pour X raisons. Je ne crois pas que ce soit un effet de mode, ça va rester... Si je le fais ? Non, moi, si j’ai quelque chose à dire à quelqu’un, je vais le voir directement, que ce soit Pierre, Paul ou Jacques. »

Lucas Deaux (Guingamp)

© Fournis par Newsweb

« Des joueurs qui mettent la main devant la bouche, j’en vois beaucoup, on est obligés. Y en a ras la casquette qu’ils ressortent tout ce qu’on dit, en privé, au bord du terrain. Moi, je fais pas trop attention aux caméras, mais ça m'arrive de le faire – ça dépend si je suis proche du micro. Quand on donne des indices sur comment on joue, quand je parle d’un mec d’en face, j'ai pas envie que ça se sache. Maintenant, tout est interprété, chacun donne son avis. Quand je vois qu'il y a des émissions juste pour ça... (comme J+1 sur Canal +, ndlr) Pfff. Regarde, Gourvennec, il parle sur un défenseur à la fin du match contre Saint-Étienne, et derrière, le mec est obligé de se justifier. (...) Il y a deux ans, dans une émission, Luis Fernandez et deux autres anciens disaient qu'ils ne comprenaient pas la nouvelle génération et les joueurs qui mettaient la main devant la bouche. Mais s'ils étaient joueurs aujourd'hui, ils feraient pareil. »

Patrice Loko (champion de France 1995 avec le FC Nantes, reconverti en agent d’image)

© Fournis par Newsweb

« À notre époque, ça n’existait pas, parce qu’il n’y avait pas de caméras. Maintenant, il y a quinze/vingt caméras par match, et les réseaux sociaux. C’est vrai que c’est un peu gênant de voir les joueurs se mettre la main devant la bouche, avant, pendant et après les matchs. Ça n’est pas très naturel. Je sais que certains clubs donnent des consignes d’image aux joueurs, en début de saison : "Faites attention". Les joueurs, on leur fait tellement de reproches quand ça ne va pas, qu’ils n’ont pas le droit à l’erreur. »

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