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Martin Fourcade : «Je ne serai pas la nounou de l'équipe de France»

logo de Sport24 Sport24 06/10/2017 Cédric Callier
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De passage à Paris, le biathlète a évoqué son futur rôle de porte-drapeau français lors des JO 2018, le cas de la Russie, le risque de voir les Jeux ne pas avoir lieu, sa paternité...

Martin, que vous apporte le fait d’être porte-drapeau ? Martin Fourcade : C’est un immense honneur, et aussi un immense bonheur. C’est un grand plaisir de pouvoir me glisser dans ce costume. Cela implique des responsabilités mais j’aborde ce rôle assez simplement, avec l’envie d’être moi et d’être ce que j’ai été ces dix dernières années. Je veux rester simple, abordable pour mes camarades de l’équipe de France, ambitieux. Si j’arrive à faire cela, j’estime que j’aurais réussi mon rôle de capitaine. Je pense que c’est aussi pour cela qu’on m’a donné ce rôle. On a estimé que ce que j’ai apporté au ski et au sport français méritait cet honneur. Et en ce qui me concerne, je vais conserver mon franc-parler sur les sujets sur lesquels j’ai des convictions fortes.  

Avez-vous hésité avant d’accepter cette mission ? Oui, j’ai consulté différentes personnes comme Jason ( Lamy-Chappuis). Je n’ai pas dit oui d’emblée, même si c’est un honneur extrêmement difficile à refuser. Il y a quatre ans, j’avais préféré dire que je ne souhaitais pas l’être, même si je pense qu’à l’époque je ne méritais pas de l’être et la question ne se posait pas. Mais ce coup-ci, je me sentais plus légitime et j’ai pesé le pour et le contre avant d’effectuer ce choix.

Est-ce seulement le calendrier – avec votre entrée en compétition moins de deux jours après – qui vous a fait hésiter ? Oui, le calendrier. Forcément, quand on parle de porte-drapeau, on parle de perte d’énergie, de sollicitations… J’avais besoin de me représenter précisément ce qu’impliquait un tel rôle pour savoir comment j’allais l’appréhender, m’imprégner de cela et essayer d’évaluer à quel point cela pouvait influer positivement ou négativement mes Jeux et ma performance sportive. Car c’est amusant, les trois anciens porte-drapeaux que j’ai consultés, à savoir Jason, Tony ( Estanguet) et Vincent (Defrasne),ont tous raté leur olympiade. Mais malgré cela, les trois m’ont dit de foncer car c’était un moment génial à vivre, qu’il fallait que je me fasse plaisir. Alors oui, ce sera beaucoup de pression mais pour l’instant, je vois plus cela comme un plaisir.

Vous ont-ils conseillé sur ce qu’il ne fallait éventuellement pas faire ? Oui, il y en a qui m’ont dit ce qu’il ne fallait pas faire, mais ils m’ont aussi dit que leur échec sportif n’était pas réellement lié avec le fait d’être porte-drapeau. Tony m’a dit qu’il avait passé beaucoup trop de temps à vouloir être très présent auprès des autres athlètes. Il s’est un peu perdu là-dessus. Donc je ne serai pas le capitaine qui fait le tour des chambres la veille des entrées en lice, ne serait-ce car j’ai trop peur de ce que je vais y trouver  (rires). Ce n’est pas mon tempérament. Mais dès que quelqu’un aura besoin de moi, je vais m’efforcer de répondre présent. Ce sera plus à eux de venir vers moi et dans ce cas-là, je serai là. Simplement, je ne serai pas la nounou de l’équipe de France et je ne pense pas que c’est ce que l’on attend de moi.

Imaginez-vous que ces Jeux olympiques puissent être annulés en raison du contexte international ? Non. Forcément, je reste attentif à ce qu’il se passe, aux tensions qui existent entre la Corée du Nord et les Etats-Unis. Mais en tant qu’athlète qui va se rendre là-bas, je n’ai aucune crainte, aucune appréhension. Surtout, je sais que si les Jeux ont lieu et que la délégation se déplace, cela voudra dire que toutes les conditions de sécurité auront été remplies. J’ai une confiance totale en mes institutions, que ce soit le gouvernement français, le CNOSF ou le Comité international olympique.

La Russie aura-t-elle sa place selon vous lors de ces Jeux 2018 ? La Russie en tant que pays, oui, complètement. C’est un grand pays de sport d’hiver avec des athlètes qui sont performants et propres. En revanche, les athlètes russes qui ont triché à Sotchi, eux, ils n’ont pas leur place pour moi. Mais c’est la même chose pour tous les athlètes qui ont triché, quelle que soit leur nationalité.

Les tensions avec Anton Chipulin, qui avait refusé de vous serrer la main après une course, sont-elles retombées ? Oui, globalement c’est retombé même si cela a fait évoluer notre relation. Il n’y a pas d’animosité. J’avais été déçu de certaines choses et je l’avais exprimé. Lui avait été déçu de ma position et il l’avait exprimé sur le podium. Pour moi, c’est une histoire ancienne. J’ai dépensé beaucoup d’énergie là-dedans l’an passé et je ne veux pas le revivre lors d’une année olympique. Cela ne m’empêche pas de garder mes convictions.

L’étape de Coupe du monde au Grand-Bornand sera-t-elle votre deuxième grand objectif de la saison ? D’un point de vue médiatique, oui, sans aucun doute. Après, en termes d’ambition sportive, mon seul et unique objectif, ce sera les Jeux. Je n’échangerai pas un titre olympique contre un triplé au Grand-Bornand. Maintenant, pour une étape à domicile, j’ai évidemment très envie d’être performant. Mais je ne préparerai pas spécifiquement cette étape, même si je m’attends à un moment fort en émotions devant ma famille, mes amis, mes partenaires.

Le fait d’être devenu père a-t-il bouleversé votre carrière ? Cela a bouleversé mes nuits (rires).Mes absences sont aussi plus compliquées à gérer maintenant que je suis papa. Mais j’ai la chance d’avoir une compagne qui m’aide magnifiquement dans cette aventure. Cet hiver s’annonce compliqué avec deux passages d’un mois où je serai loin de chez moi. Partir de la maison aussi longtemps alors que j’ai deux petites filles qui m’y attendent, ce ne sera pas simple à gérer. Mais ce choix était mûrement réfléchi et la saison dernière, j’ai prouvé qu’avec une fille, j’étais capable d’être performant. J’espère aussi que je le ferai avec deux (sourire).

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