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Saint-Barth, la renaissance d'une île

logo de Le FigaroLe Figaro 10/02/2019 Jean-Michel de Alberti
figarofr: La plage de l'anse de Colombier et la pointe ouest de Saint-Barthélemy. © ERIC MARTIN/Le Figaro Magazine La plage de l'anse de Colombier et la pointe ouest de Saint-Barthélemy.

Seize mois après le passage dévastateur du cyclone Irma, la perle des Antilles françaises s'est reconstruite. Nous sommes retournés voir les hôtels mythiques qui ont rouvert.

Mi-décembre 2018. Les derniers ouvriers quittent le chantier du Sereno, célèbre 5-étoiles de la plage de Grand Cul-de-Sac, dans le nord-est de Saint-Barthélemy, aux Antilles françaises. Un avion spécialement affrété rapatrie les 160 employés de différentes entreprises de travaux publics venus d'Oderzo en Vénétie. Au même moment, une star américaine de la chanson s'apprête à prendre possession de sa suite avec piscine privée dominant l'hôtel… Saint-Barth, soulagée, retrouve ses habitués pour la haute saison.

Depuis la nuit du 6 septembre 2017, quand Irma a dévasté l'île, jusqu'à cette première véritable réouverture de la destination, la saga de la reconstruction est un modèle du genre. «Quelques heures après le passage du cyclone, le premier réflexe face au chaos a été de nettoyer l'île, de trier les plastiques, le bois… Tout était dévasté ici, mais la vie a repris son cours par ces gestes simples», explique Nicolas Sibuet, le propriétaire de Villa Marie. Situé non loin de l'anse du Colombier, son établissement fut l'un des premiers à rouvrir, en mars 2018. «Nous voulions pouvoir très vite exploiter le restaurant puis quelques chambres. C'était aussi important pour la population locale de pouvoir fréquenter à nouveau notre table», ajoute-t-il. Le François Plantation était déjà une adresse mythique de Saint-Barth quand la famille Sibuet en a fait l'acquisition en 2015 dans l'idée d'y ajouter des chambres et de créer une seconde Villa Marie, après celle de Saint-Tropez.

Janvier 2019. La grande majorité des vingt-huit hôtels et quatre-vingts restaurants de l'île sont à nouveau opérationnels. Parmi les plus connus, seuls le Guanahani et l'Eden Rock ont différé à novembre prochain leur réouverture. «Nos chambres n'ont presque pas été touchées, mais notre plage et les infrastructures autour ont été ravagées. Il faut imaginer des vagues de plus de 10 mètres engloutissant nos installations!, témoigne Sabine Masseglia, directrice des ventes du Guanahani. L'attachement d'une grande majorité de nos clients à l'île a été un facteur déterminant dans la volonté de poursuivre nos activités. Certains d'entre eux nous ont tout de suite proposé de l'aide, du matériel…» Membre de la collection The Leading Hotels of the World, apprécié pour sa presqu'île privée à Grand Cul-de-Sac, ce dernier devrait être prêt pour l'automne. L'Eden Rock aurait pu rouvrir pour les fêtes, «mais nous avons préféré nous donner du temps pour peaufiner les détails. Nous avons fait appel à l'architecte d'intérieur Martin Brudnizki pour créer un nouveau restaurant», explique Fabrice Moizan, le directeur de cette adresse du groupe Oetker qui exploite également le Bristol à Paris. Le savoir-faire Eden Rock est toutefois présent pour cette saison d'hiver: «Nous proposons de nombreuses villas en location avec un service de chefs et de majordomes», souligne sa directrice des ventes, Mareike Hermann.

Pour Nils Dufau, président du comité du tourisme de Saint-Barth, «les normes de construction strictes nous ont évité le pire». Mais aussi «la formidable solidarité des habitants ; l'entraide a été spectaculaire», insiste-t-il. Le choc face à Irma a fait évoluer les mentalités, et les enjeux liés à l'environnement sont désormais au centre des réflexions sur l'avenir de la destination.

«Le challenge se porte notamment sur la consommation d'énergie. Nous devons aller vers des constructions le moins énergivores possible. Et ce tout en satisfaisant les exigences de nos hôtes», explique Laurent Peuchot, le directeur adjoint des services techniques de la collectivité de Saint-Barthélemy. Les pieds dans l'eau sur la sublime baie de l'anse de Caye, dans le nord-ouest de l'île, le Manapany fait partie des bons élèves en la matière. «L'environnement est au cœur de notre projet. La pose de panneaux solaires, l'utilisation de la vapeur pour le nettoyage des chambres au lieu de détergents, la production de notre propre eau, potable à l'hôtel grâce à notre centrale de dessalinisation, font partie des chartes qui guident notre quotidien», explique Anne Jousse, la propriétaire qui lui a redonné vie. Cette pépite balnéaire de la collection B Signature (le Montalembert et l'Hôtel de Sers à Paris) s'apprête à vivre sa première saison. Le Manapany était en chantier lors du passage d'Irma, tout comme, dominant la plage de Shellona, le Carl Gustaf, autre adresse historique de l'île alors en cours de rénovation. Ce dernier, acquis par le Groupe Barrière, qui a confié l'aménagement des chambres et des espaces publics aux architectes d'intérieur Gilles et Boissier, devrait ouvrir ses portes en novembre prochain.

De nombreux acteurs de l'hôtellerie indépendante rêvent d'apposer leur griffe sur la destination la plus glamour des Caraïbes. Fondateur en 2007 de LOV Group (les Airelles à Courchevel, la Bastide de Gordes), Stéphane Courbit, intéressé un temps par le Guanahani, ne cache pas son souhait de s'implanter sur l'île à plus ou moins long terme. Pourtant, ce confetti de 24 km2 n'a pas vocation à attirer plus d'établissements. «Nous attirons le meilleur des savoir-faire de l'hôtellerie, mais nous ne pouvons pas multiplier les projets», affirme Nils Dufau. Le développement hôtelier passe donc par la reprise d'infrastructures existantes. Dans la baie des Flamands, le Cheval Blanc Isle de France, l'unique palace de l'île, a ainsi acquis le Taïwana, l'hôtel voisin, pour s'agrandir. À la Pointe Milou, le Christopher mise, lui, sur l'ajout de villas privées pour son extension. «Notre établissement a été préservé. Seul le front de mer avec le restaurant et la piscine ont été engloutis.» Las, un incendie a retardé la reconstruction du restaurant. «Mais nous avons enfin retrouvé une activité normale», commente son directeur, Olivier Leroy. Et d'ajouter, ravi: «Nous affichons des taux de remplissage exceptionnels!»

L'effet Johnny, dont on a tant parlé? Pas vraiment. Certes, à Lorient, petit village du nord de l'île, on s'est habitué à voir débarquer chaque jour une vingtaine de visiteurs d'un genre nouveau. Curieux ou fans inconsolables, ils viennent parfois pour la journée de l'île de Saint-Martin voisine déposer bougies, fleurs et photos dans le cimetière aux croix blanches où repose leur idole disparue le 5 décembre 2017. Pour l'heure, c'est davantage le retour en force des Américains, vacanciers historiques de Saint-Barth, qui remonte l'économie du tourisme. Certains hôtels sont fréquentés à 70 % par des clients venus de New York. Les Européens, eux, marquent encore quelques réticences liées à la situation de l'aéroport international de Saint-Martin, dont dépend Saint-Barth. L'aérogare, en partie rénovée le 21 décembre, devrait rouvrir complètement ce mois de janvier. En attendant, c'est sous une tente que se fait l'arrivée des vols internationaux, ce qui ne facilite pas l'accueil des passagers. Néanmoins, lors du dernier salon du voyage de luxe ILTM à Cannes, les grands acteurs du secteur constataient déjà une bonne reprise de l'activité sur cette destination préservée du tourisme de masse par une absence de port en haut profonde et par la taille de sa piste d'atterrissage.

En revenant, nous avons été frappés par l'œuvre de la nature. Ce qui a été balayé par l'ouragan il y a un an et demi, a déjà repoussé! L'île n'a jamais été aussi verte. Les sentiers de randonnée sont tous à nouveau praticables, notamment ceux menant à l'anse du Colombier. Elle abrite une plage totalement préservée de toute activité commerciale, l'une des plus belles au monde. L'anse est surplombée par la mythique villa Rockefeller, qui, dans les années 1950, avait lancé la destination. Elle aussi a résisté à Irma.

• VENIR La compagnie Air France propose un vol quotidien pour Saint-Martin et une connexion rapide avec un vol régional pour Saint-Barth. Tél.: 36.54 et www.airfrance.fr

• DORMIR Dans l'élégant écrin de la Villa Marie. Sa décoration évoque l'esprit d'une demeure coloniale propriété de grands voyageurs ayant chiné mobilier et objets précieux au fil de leurs pérégrinations. À partir de 450 € la nuit en catégorie Bungalow. Tél.: 00 590 5 90 77 53 03 etsaint-barth.villamarie.fr

Les amateurs d'ambiance tropicale contemporaine opteront pour le Manapany, décoré par François Champsaur, qui y joue avec les matériaux naturels et des œuvres d'art soigneusement sélectionnées. À partir de 470 € la nuit. Tél.: 00 590 590 27 66 55 et hotelmanapany-stbarth.fr

• SE RENSEIGNER Une application et un site Internet sont proposés par le comité du tourisme de Saint-Barth pour préparer son voyage sur l'île: www.saintbarth-tourisme.com/

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