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« La fin d’une époque » : la Norvège renonce aux dizaines de milliards de dollars de pétrole des Lofoten

logo de Express.be Express.be 10-04-19 Audrey Duperron
Un paysage des Îles Lofoten © Fournis par GMGroup Un paysage des Îles Lofoten

La Norvège vient de prendre une décision qui marque une évolution importante dans son histoire. Elle vient de renoncer à exploiter un grand gisement de pétrole situé dans l’archipel des Îles Lofoten, situé dans l’Arctique, au Nord du cercle polaire. 

Le parti des Travaillistes, actuellement dans l’opposition, a en effet décidé de retirer son soutien à une possible exploration de ce territoire.

« La fin d’une époque »

Jusqu’alors, il était favorable avec les conservateurs à une levée du moratoire sur l’exploitation pétrolière dans cet archipel. De ce fait, le camp opposé à cette proposition est devenu majoritaire, au grand dam du secteur et de ses syndicats. « Ce changement important opéré par le plus grand parti norvégien pourrait signaler que la nation scandinave s’approche de la fin d’une époque qui en a fait l’une des plus riches du monde », écrit Bloomberg.

Les compagnies pétrolières du pays, dont la compagnie d’Etat Equinor ASA, le plus grand producteur norvégien, avaient en effet déclaré que l’accès aux Lofoten était nécessaire pour permettre au pays de maintenir son noiveau de production. L’archipel recèlerait 1 à 3 milliards de barils, selon les estimations, un trésor dans le contexte actuel d’épuisement des gisements déjà exploités. Si toutes ces réserves avaient été exploitées judicieusement, le champ des Lofoten aurait pu rapporter 65 milliards de dollars de revenus supplémentaires à l’économie norvégienne, affirmait en 2017 The Economist, qui avait fait cette évaluation aux cours du dollar et du pétrole d’alors.

Un revirement écologique

Le choix des Travaillistes n’est pourtant pas si surprenant, alors que les Norvégiens commencent à remettre en cause les implications de l’exploitation pétrolière en matière de pollution et de réchauffement climatique.

Pendant des années, les Lofoten avaient été épargnées grâce à des compromis politiques, en raison des spécificités propres à cet archipel. Il abrite en effet le plus grand récif corallien d’eau froide du monde et la plus grande colonie d’oiseaux de mer d’Europe. Près de 70 % de toutes les espèces de poissons capturés dans les mers de Barents et de Norvège utilisent ces eaux comme une nurserie, et la présence de ces alevins fournit de la nourriture pour les phoques et les baleines.

Les environnementalistes objectaient aussi que l’exploitation pétrolière des Lofoten était incompatible avec l’engagement de la Norvège de respecter les accords climatiques de Paris, compte tenu qu’il s’agit d’une énergie fossile.

Le trésor touristique norvégien

Une exploitation pétrolière menaçait aussi de ruiner le tourisme. Les îles Lofoten sont en effet réputées pour leur beauté spectaculaire et elles attirent chaque année 1 million de touristes. Les plateformes qui auraient été construites auraient été plus proches de la côte que les celles des gisements exploités actuellement dans la mer de Barents, souvent situées à des centaines de kilomètres au large. Cela signifie qu’elles auraient été visibles du rivage, et qu’elles auraient gâché ces paysages renommés.

De plus, les infrastructures de l’archipel sont peu développées, ce qui impliquait que cette exploitation aurait nécessité de lourds investissements, difficilement amortissables dans un contexte de grande volatilité des cours du pétrole. Par ailleurs, le plus grand marché à l’exportation du pétrole norvégien n’est autre que l’Europe, qui tente elle-même de substituer les énergies renouvelables aux carburants fossiles.

Cette décision créée aussi un précédent. Le secteur pétrolier norvégien craint désormais que ce rejet prenne de l’ampleur. Dans une seconde étape, c’est toute l’exploitation pétrolière en mer de Barents qui pourrait être remise en cause. De même, il redoute de nouvelles volte-faces du parti Travailliste, par exemple sur la question des taxes pétrolières, ou de la prise en charge des frais d’exploration pour les firmes non rentables.

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