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Charles-Étienne Ferland: Vampire, guêpes et fin du monde

logo de Le Droit Le Droit 2020-11-28 Yves Bergeras - Le Droit
Charles-Étienne Ferland © Courtoisie de Trina Koster Charles-Étienne Ferland

Le scientifique Charles-Étienne Ferland a repris la plume pour poursuivre, avec Métamorphoses, la suite des aventures post-apocalyptiques de Jack, l’un des rares survivants de l’infestation de guêpes géantes mystérieusement apparues sur terre dans le roman Dévorés (L’Interligne ; 2018), et qui ont mis la planète à feu et à sang.

Une suite qui n’en est une qu’en termes de chronologie – l’action se déroule un an après les événements décrits dans Dévorés – car les deux tomes peuvent se lire de façon tout à fait indépendante, et même dans l’ordre inverse, rappelle l’auteur.

« Je voulais faire un peu comme Christian Gay-Poliquin a fait avec Le Fil des kilomètres et Le Poids de la neige [Prix littéraire du Gouverneur général 2017, NDLR], deux romans dans lesquels le lecteur retrouve le même personnage, sans que ce soit une suite directe », précise Charles Étienne-Ferland. 

Si le premier récit, géographiquement plus figé, s’articulait autour de Montréal, cette suite lance le jeune Jack – protagoniste que rejoindront bientôt une poignée d’âmes errantes – dans un long road trip le long de la rive ontarienne du fleuve Saint-Laurent, en direction de Kingston puis du Lac Ontario. 

Le périple leur imposera des arrêts non négligeables du côté de South Lancaster et dans les paysages de l’Est ontarien. Au bout du voyage les attendent une île fantasmatique (où l’adolescent, rêve de retrouver sa famille) et l’espoir d’un havre de paix. Ceux qui l’accompagnent espèrent rejoindre Ithaque, fragile bastion humain érigé aux abords de Toronto, mais qui semble pouvoir les protéger des insectes et de leurs dards mortels grâce à une récente découverte biologique. 

Les hyménoptères en question pèsent quelque 17 kilos, les femelles pouvant mesurer jusqu’à 90 cm, parole d’entomologiste ! Mais des créatures plus effroyables encore se dressent sur leur chemin — sans parler des autres survivants, pas forcément bienveillants non plus. 

Bien qu’il a pris de petites libertés avec la réalité ‘naturelle’ (ce dont il s’excuse dans son bouquin), l’auteur est bien un spécialiste, titulaire d’une maîtrise en écologie des insectes.

© Photo de courtoisie

« Parcours du survivant »

Pour Métamorphoses, Charles-Étienne Ferland dit s’être inspiré de la grisaille de La route de Cormac McCarthy, et des ambiances de fin du monde et de survie déclinées dans The Walking Dead et autres Stranger Things ou encore le jeu vidéo The Last of Us. Son livre fourmille d’ailleurs de clins d’œil pleinement assumés à la culture pop.

Ces références sont un hommage aux œuvres de fiction qui ont marqué son imaginaire de jeune lecteur, dit le trentenaire. « J’essaie d’écrire le livre que j’aurais aimé lire quand j’avais 15 ou 16 ans. » En tant qu’auteur, « j’adore me plonger dans la fiction. C’est le principe du jeu vidéo open world, mais sur papier : c’est moi qui ai la manette dans les mains et le contrôle du monde » et du destin des personnages, poursuit le biologiste.

« Le déplacement géographique est un classique des romans d’aventures et des quêtes initiatiques », rappelle-t-il. Pour Jack, le trajet est toutefois moins « une initiation » qu’un « parcours du voyageur, ou du survivant, qui va le conduire de Montréal jusqu’à Kingston, à travers les Mille Îles. » L’auteur connaît très bien cette portion du fleuve Saint-Laurent : il l’a souvent sillonnée, enfant, à bord du bateau de son père, grand amateur de voile.

« Personnage au passé assez lourd, torturé par les souvenirs de ce qu’il a fait à Montréal, puis dans Métamorphoses, Jack n’est pas fier de ses actions ; il est en quête de rédemption. » Loin du surhomme, et rongé par les doutes, il a été créé pour faciliter l’identification du lecteur, convient M. Ferland : « C’est pas un héros, pas un James Bond à toute épreuve, c’est quelqu’un qui échoue. Et le fait qu’il échoue, justement, rend ses triomphes encore plus grands. »

Ce deuxième volet se désintéresse un peu des guêpes et de leurs comportements, pour plutôt « mettre l’accent sur les survivants, leurs relations, leurs conflits ». Le lecteur découvrira en chemin plusieurs petites communautés humaines pas toujours pacifiques, ainsi qu’un étrange culte religieux qui a apprivoisé le venin des bestioles.

Une planche du projet d’adaptation BD de Dévorés, dessinée par Hicham Absa. © Capture d’écran Une planche du projet d’adaptation BD de Dévorés, dessinée par Hicham Absa.

Le vampire et la drogue

Une poignée d’idées-clefs liées à la biologie des insectes et celle des champignons permettent toutefois de développer « une nouvelle menace » romanesque.

Pour le scientifique, les insectes ne sont qu’« un prétexte. Ç’aurait pu être n’importe quoi : des anguilles, des zombies ou des vampires. On retrouve d’ailleurs des éléments du mythe du vampire, dans Métamorphoses ». Et d’ajouter, tout sourire, « Peut-être que les insectes joueront un rôle plus important dans le troisième opus ». Car la suite est en branle, le cliffhanger final de ce deuxième volet n’en laisse pas douter.

Ce roman destiné à un public d’adolescents/jeunes adultes explore lentement le thème de la dépendance, avec l’apparition d’un « hémonectar », aux dangereux effets secondaires. Drogue ? Alcool ? « Il y a clairement là une métaphore à l’addiction. [Quiconque] entre en contact avec cette substance y prend goût et n’arrive plus à s’arrêter », convient l’auteur, qui voulait rendre compte de la « difficulté à guérir », un « long processus » ponctué de « périodes de rechutes », à cause de la « petite voix qui résonne en arrière de notre tête », telle une bête insolente et convaincante. Et à laquelle certains personnages ne sauront pas résister. 

Adaptation en BD

En parallèle, l’auteur a entamé l’adaptation de Dévorés en bande dessinée, en compagnie de l’illustrateur Hicham Absa. Leur projet fait présentement l’objet d’une campagne de sociofinancement lancée en octobre sur Go Fund Me.

On y découvre plusieurs planches du premier chapitre, qui sera soumis aux éditeurs une fois complété. « J’espère pouvoir présenter ça au public en 2021. » 

Métamorphoses

(série Dévorés, tome 2)

Charles Étienne-Ferland

L’Interligne, 92 pages

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