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Et si Michael Moore n’y croyait plus?

logo de Le Devoir Le Devoir 2018-09-08 Odile Tremblay
De 2004 à aujourd’hui, Michael Moore semble avoir exacerbé sa rage et parfois son impuissance. © Arthur Mola Invision / AP De 2004 à aujourd’hui, Michael Moore semble avoir exacerbé sa rage et parfois son impuissance.

On voudrait vous dire que Fahrenheit 11/9, le dernier documentaire de Michael Moore, est vraiment le brûlot annoncé. Après tout, c’était du bonbon pour le cinéaste de Bowling for Columbine. Trump et lui semblent les deux faces d’une même pièce de monnaie américaine, collées l’une à l’autre, comme la droite à la gauche.

Le titre est une référence à son Fahrenheit 9/11 anti W. Bush, mieux ramassé. De 2004 à aujourd’hui, Moore semble avoir exacerbé sa rage et parfois son impuissance.

Mais entre un début de film sur les chapeaux de roues avec le tremblement de terre de l’élection de Trump et une finale de constat d’échec du système américain dans toute sa pyramide, Moore, avec ses montages jouissifs autant que manipulateurs, transforme ce nouveau documentaire en jeu Lego qui invite à sa propre destruction.

Hélas ! Les tics du cinéaste, cette façon de se mettre outrageusement lui-même en scène, cette manie de suivre plusieurs lièvres à la fois, entravent la justesse de son tir.

Alors, voilà, ses apartés sur le scandale des eaux polluées à des fins industrielles de Flint, dont il est natif, font l’objet d’un film dans le film et Michael Moore s’épivarde.

Évidemment, on retiendra surtout les lignes de force : les comparaisons entre Trump et Hitler qui parsèment son pamphlet, quand il cogne.

Au Washington Post, Moore confiait vendredi : « Trump n’est pas Hitler et Hitler n’est pas Trump, mais on ne saurait dire que le fascisme ne nous a pas appris quelque chose, qui peut être érigé en parallèle.

Alors, oui, il fera coïncider les deux règnes, à travers des films d’archives, des discours d’Hitler soudain recouverts par la voix du 45e président des États-Unis et autres collages de la même eau. Des Allemands du IIIe Reich humilient les juifs en noir et blanc. Il renchérit avec des Américains de droite injuriant les Noirs, les Latinos, les Asiatiques, puis revient à la charge, images à l’appui, pour décrire la société allemande d’avant le nazisme, décrite comme la plus évoluée du monde. Morale de l’histoire : méfiez-vous. Nul n’est à l’abri, même les intellectuels, les gens cultivés, instruits. Voyez les camps de la mort au bout… Il voit son Amérique sombrer comme d’autres sociétés avant elle.

Attaquer les deux camps

En cette semaine où Donald Trump reçoit des boulets de canon de sa propre garde rapprochée et se fait tabasser sur le plan littéraire, le cinéma semble à la remorque des événements des derniers jours plus qu’il ne mène le bal au TIFF.

La grande nouveauté chez le documentariste trublion consiste à attaquer aussi le camp démocrate. Barack Obama d’abord, qu’il accuse d’avoir laissé les citoyens de Flint à leur misère, d’avoir reçu des subsides de Goldman Sachs dans les coulisses de Wall Street et expulsé tant d’immigrés clandestins. Aussi la vieille garde, Hillary Clinton incluse, laquelle a selon lui pavé la voie aux Trump de ce monde.

En fait, les sympathies de Moore allaient au gauchiste Bernie Sanders, ici interviewé. Sinon, c’est l’Amérique dans sa structure même qu’il pourfend, pourrie à ses yeux depuis tant d’années qu’elle peut désormais enfanter les monstres et les maintenir au pouvoir, sous les tueries sans fin dans les écoles et le bal des injustices.

Les médias ne sont pas épargnés, pour lesquels le président orange constitue la vache à lait inespérée qui leur assure des spectateurs et un lectorat quand les temps sont durs et doivent composer avec la concurrence des réseaux sociaux.

Complètement blasé, Michael Moore ? Non, quand même pas. Ses entrevues avec les gens de terrain, les enseignants en grève de la Virginie, les adolescents debout après la tuerie dans leur école de Portland, des femmes aussi, plusieurs d’entre elles en lutte pour une société meilleure, et qui crient durant les discours de Trump, se font expulser, et qui crieront encore en témoignent. Un autre monde est possible, si l’ancien s’écroule.

C’est la veine la plus anarchiste de Moore, qui s’exprime en diluant sa charge ici et là, mais revient à sa thèse des États-Unis rongés par la racine, avec leurs luttes raciales, leurs armes, leurs services sociaux inopérants, et la colère qui gronde comme une rivière en crue. Le pire est en vue, il en fait un segment prophétique.

Le cinéaste joue avec ses matériaux et les émotions de son public, comme il l’a toujours fait sans cacher sa méthode. Ce Fahrenheit 11/9 apparaît comme la somme de ses documentaires précédents : charge contre le capital et le pouvoir qui corrompent, appel à une forme de socialisme, mais il prend tant de détours pour exprimer tout ça. Le film se fait interminable. On décroche, on regarde l’heure, on tend de nouveau l’oreille, parfois sous l’effet d’un électrochoc.

Et Trump là-dedans ? Ni pire ni meilleur qu’en réalité, par-delà les effets de montage et les musiques à charge qui manipulent ses messages aussi. Avec force photos équivoques aux côtés de sa fille Ivanka, d’autres auprès des dictateurs de la planète, dont il envie le pouvoir absolu. Le documentaire le montre placé là comme le fou du roi devenu roi tout court, disant au micro « La tempête, c’est moi ».

Ses collaborateurs aux profils de zombies, sonnés par l’horreur de la situation, certains remplacés par d’autres, se succèdent aux infos. Et tout ça fait l’Amérique, se dit Michael Moore.

Devant les journalistes, Moore se déclare confiant face à l’avenir grâce à ces citoyens formidables qui s’agitent pour une Amérique « great again ». Mais faut-il le croire quand les doutes sur les possibilités pour son pays de redevenir une démocratie phare suintent de tout son film ? Un Moore en dépression nerveuse, ça donne ce film-là.

Sur le site du journal dimanche, je parlerai surtout des films québécois The Hummingbird Project de Kim Nguyen et Les salopes ou le sucre naturel de la peau de Renée Beaulieu, tous deux lancés ici.

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