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La crise grecque, la perte de dignité de tout un peuple

logo de ici.radio-canada.caici.radio-canada.ca 2017-04-28

Vieille ville d’Athènes © Ginette Lamarche/Radio-Canada Vieille ville d’Athènes Les Grecs ne vivent plus, ils survivent. Depuis huit ans, les mesures d'austérité ne cessent de s'abattre sur eux. Le pays, surendetté, doit se plier à l'amère médecine des financiers et des politiques européennes. Plus de 30 % de la population vit maintenant sous le seuil de la pauvreté.

Un texte de Ginette Lamarche, à Désautels le dimanche

Les gouvernements successifs ont dû couper dans les retraites, la santé, l’éducation, les services sociaux. Quant aux salaires des fonctionnaires, ils ont été réduits de moitié.

Les soupes populaires font maintenant partie du quotidien de nombreux Grecs. Dimitri est un habitué de ces repas communautaires, lui qui vivote entre des petits boulots et le chômage.

Soupe populaire à Athènes. Dimitri est au milieu. © Ginette Lamarche/Radio-Canada Soupe populaire à Athènes. Dimitri est au milieu. « Ce qu’on essaie de faire avec ces cuisines collectives, c’est de rompre l’isolement, la honte. Il faut sortir de cette dépression, de cette misère, ensemble. La plupart des gens ont honte de leur situation, alors qu’ils n’en sont pas responsables. » - Dimitri

Devant cette interminable crise, les Grecs ont retroussé leurs manches et créent un vaste réseau de solidarité partout en Grèce. Dimitri Pagnatopoulos est directeur d’école. Lui et ses collègues sont venus en aide à des enfants qui arrivaient à l’école le ventre vide, des enfants qui pleuraient parce qu’ils avaient froid, parce que chez eux on avait coupé l’électricité.

Dimitri Pagnatopoulos et ses collègues © Ginette Lamarche/Radio-Canada Dimitri Pagnatopoulos et ses collègues « On pouvait repérer à l’école les élèves qui souffraient de malnutrition. On a fait des collectes de nourriture pour venir en aide à ces familles. On a reçu l’aide de médecins bénévoles pour soigner les enfants des familles qui ne pouvaient plus payer leurs assurances, donc qui n’avaient plus accès à l’hôpital. On a même branché illégalement ces familles à l’électricité. » - Dimitri Pagnatopoulos

Vivre à Elefsina

La ville portuaire d’Elefsina © Ginette Lamarche/Radio-Canada La ville portuaire d’Elefsina La ville d’Elefsina, à l’ouest d’Athènes, est le cœur industriel de la Grèce. Avant la crise, cette ville produisait à elle seule 35 % du produit intérieur brut de tout le pays. Elefsina n’a toutefois pas été épargnée. Le chômage touche aujourd’hui le tiers de la population.

Le chantier naval d’Elefsina n’a pas fermé ses portes grâce à la persévérance et à la ténacité des travailleurs. Ils ont continué à se rendre au travail même s’ils n’étaient pas payés, même s’ils n’avaient pas de travail.

Chantier naval d'Elefsina © Ginette Lamarche/Radio-Canada Chantier naval d'Elefsina Téles et Irakes nous racontent que les travailleurs n’avaient plus de revenus pendant une dizaine de mois. Ils n’arrivaient plus à nourrir leurs familles et à payer leurs factures. Le chantier naval était abandonné à lui-même. Le syndicat a décidé de gérer l’entreprise. Ils ont réussi à avoir un contrat avec la marine nationale pour se maintenir à flot.

Ces travailleurs espèrent maintenant qu’un repreneur, voire une entreprise étrangère, puisse relancer ce pilier de l’économie régionale.

Le syndicat du chantier naval d'Elefsina © Ginette Lamarche/Radio-Canada Le syndicat du chantier naval d'Elefsina

Le reportage de Ginette Lamarche est présenté à Désautels le dimanche sur ICI Radio-Canada Première, dès 10 h, le 30 avril.

Pas d’améliorations prévues

Il n’y a pas d’embellie en vue, affirme le sociologue Ilias Nocolacopoulos. Selon lui, la Grèce a sans doute atteint le fond du baril, mais la croissance n'est toujours pas au rendez-vous.

Le parti au pouvoir, Syriza, qui incarne la nouvelle gauche européenne, n’a pas comme promis tenu tête aux créanciers européens. Selon Ilias Nocolacopoulos, le premier ministre, Alexis Tsipras, a eu le dos collé au mur.

« Il est impensable que la Grèce puisse payer sa colossale dette, qui représente deux fois son PIB. Seul un allègement de notre dette pourra nous donner un peu d’oxygène et relancer l’économie. » - Ilias Nocolacopoulos, sociologue

M. Nocolacopoulos a bon espoir qu’une entente sur une diminution de la dette grecque sera conclue l’an prochain.

De son côté, Sia Anagnostopoulou, une députée du parti Syriza, reconnaît que son parti n’a pas eu le choix. Il a dû lui aussi sabrer les dépenses.

Sia Anagnostopoulou, députée de Syriza élue en 2015. © Ginette Lamarche/Radio-Canada Sia Anagnostopoulou, députée de Syriza élue en 2015. Elle affirme toutefois que Syriza est venu en aide aux plus démunis, en mettant en place un filet social pour que les plus pauvres aient accès aux soins de santé, à des denrées alimentaires et à de l’électricité à prix abordables.

« Ce qui me désole le plus, c’est de voir toute la société sombrer dans le désespoir. Avec cette interminable crise, les Grecs ont perdu leur dignité. » - Sia Anagnostopoulou

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