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Pas de masque pour Trump lors de sa visite dans une usine du Michigan

logo de Radio-Canada.ca Radio-Canada.ca 2020-05-21 Sophie-Hélène Lebeuf

Donald Trump a ignoré les requêtes de la procureure générale du Michigan, Dana Nessel. © LEAH MILLIS/Reuters Donald Trump a ignoré les requêtes de la procureure générale du Michigan, Dana Nessel.

Déjà à couteaux tirés avec la gouverneure du Michigan, une démocrate, le président américain a ignoré la requête et la loi de l'État, refusant de porter un masque lors de sa visite d'une usine du constructeur automobile Ford, converti en fabricant de ventilateurs.

Dans une lettre, la procureure générale de l'État, Dana Nessel, l'avait exhorté à se couvrir le visage lors de sa visite à l'usine d'Ypsilanti, en banlieue de Détroit, invoquant la viabilité [des] entreprises et la protection de la santé et de la sécurité [des] travailleurs.

«C'est la loi de cet État», insistait-elle, rappelant que le Michigan avait été «frappé particulièrement durement par le virus».

Mais Donald Trump, qu'on n'a vu à aucun moment porter un masque en public depuis le début de la pandémie, n'a pas jugé la mesure nécessaire.

«Tout le monde a été testé, j'ai été testé ce matin», a-t-il expliqué, affirmant toutefois avoir porté une protection faciale dans une section à l'arrière, avec des lunettes de protection, un geste qu'il n'a pas répété devant les caméras.

«Je ne voulais pas donner à la presse le plaisir de voir ça», a-t-il lancé.

«C'était très beau, mais ils ont dit que ce n'était pas nécessaire ici», a-t-il ajouté par la suite.

Le président exécutif du constructeur, William Ford fils, à qui un journaliste a demandé de confirmer cette affirmation, a répondu que c'était «à lui de décider».

Un décret de la gouverneure du Michigan, Gretchen Whitmer, impose pourtant le port du masque dans les espaces publics, et les politiques du constructeur automobile l'exigent également.

Tous les employés et dirigeants de Ford visibles lors de la diffusion en direct d'une partie de sa visite arboraient d'ailleurs un masque, même dans la section où l'on a pu voir le président.

Ce dernier a aussi contrevenu à un autre décret proclamé par la gouverneure, qui interdit «toute visite non essentielle» dans les usines.

«Mon département n'interviendra pas pour vous empêcher de visiter l'usine de Ford, mais je vous demande, au cours de votre visite, de respecter les efforts considérables des hommes et des femmes [travaillant pour] Ford – et de tout l'État – en portant un couvre-visage», avait écrit Mme Nessel.

Mme Nessel ne retenait pas son souffle dans l'espoir que le président se plierait à sa requête. Si nous savons une chose sur les dernières années passées à la Maison-Blanche par le président Trump, c'est qu'il n'a pas le même niveau de responsabilité juridique que les autres, a-t-elle dit sur les ondes de CNN en matinée.

«S'il ne porte pas de masque, on lui demandera de ne pas revenir dans une installation de notre État», a-t-elle déclaré, disant envisager «de prendre des mesures contre toute entreprise ou tout établissement qui l'autorise à entrer dans ces installations et qui met nos travailleurs en danger».

Interrogé, mardi sur la possibilité de porter un masque dans une entreprise qui l'exige, le président a répondu qu'il allait «examiner» la question.

Ford a converti sa production habituelle depuis un mois, et s'est tourné temporairement vers la fabrication de ventilateurs pour répondre aux besoins importants en matériel médical.

Mercredi, la compagnie a été contrainte de fermer temporairement l'une de ses usines de Chicago après que deux travailleurs eurent reçu un diagnostic positif de coronavirus.

Le Michigan recense au moins 53 000 cas de coronavirus et plus de 5100 morts, d'après un décompte du Washington Post.

L'État a l'un des taux d'infection et de mortalité les plus élevés du pays. Selon le New York Times, il se classe troisième au chapitre des décès et septième pour ce qui est du nombre total de cas.

Les disparités raciales y sont également frappantes : les Afro-Américains comptent pour 40 % des décès dus à la COVID-19, même s'ils ne composent que 14 % de la population.

Relations tendues avec la gouverneure d'un État capital

Répondant aux questions des journalistes avant sa visite, Donald Trump a réitéré son opposition au vote postal qu'entend mettre en place le Michigan en vue des primaires du mois d'août et des élections de novembre.

«Il va de toute évidence y avoir de la fraude. Nous ne sommes pas des bébés. Il y a une fraude immense», a-t-il lancé, sans preuves. Évoquant des risques de piratage et la possibilité que des électeurs votent plusieurs fois, il a en outre laissé entendre que les démocrates n'enverraient pas de bulletins de vote dans les secteurs davantage républicains.

La veille, le président Trump avait menacé, sur Twitter, le Michigan, mais aussi le Nevada de retenir des fonds fédéraux s'ils allaient de l'avant avec le vote par la poste.

Afin de réduire les risques de propagation du coronavirus, le Michigan a envoyé aux électeurs des formulaires de demande pour le vote postal, et non des bulletins de vote, comme l'a affirmé le président.

Aucune donnée ne démontre que le vote postal favorise la fraude électorale.

Mais ce n'est pas l'unique contentieux avec la gouverneure démocrate depuis le début de la pandémie.

À l'instar d'autres gouverneurs, Gretchen Whitmer a critiqué la réponse fédérale à la pandémie, réclamant une capacité de dépistage accrue, davantage d'équipements de protection pour les travailleurs de la santé ainsi que des ventilateurs provenant du stock national.

Le président l'a prise à partie à plusieurs reprises depuis le début de la pandémie, disant qu'il avait un «grand problème avec la jeune... une femme gouverneure» et indiquant qu'il avait dit au vice-président Mike Pence de ne pas appeler «la femme au Michigan».

Il a également jugé les mesures de confinement au Michigan trop strictes, prenant le parti de manifestants – dont certains, armés, ont fait irruption dans le Capitole de l'État – qui exigeaient l'assouplissement des restrictions.

Au début du mois, des manifestants armés ont fait irruption à l'intérieur du Capitole, à Lansing, la capitale du Michigan, pendant que les sénateurs votaient le maintien du confinement. © SETH HERALD/Reuters Au début du mois, des manifestants armés ont fait irruption à l'intérieur du Capitole, à Lansing, la capitale du Michigan, pendant que les sénateurs votaient le maintien du confinement.

L'État, qui était jusqu'en 2016 un bastion démocrate, est crucial pour la victoire présidentielle de novembre.

Avec sa victoire-surprise, Donald Trump avait ravi l'État aux démocrates il y a quatre ans, devançant sa rivale Hillary Clinton par à peine 0,3 % des voix.

Élue à la tête de l'État en 2018, Mme Whitmer est perçue comme l'une des colistières possibles du candidat démocrate à la présidence, Joe Biden.

C'est elle qui avait donné la réplique au discours sur l'état de l'Union du président Trump plus tôt cette année.

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