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Assurance automobile au N.-B., une hausse justifiée

logo de Radio-Canada.ca Radio-Canada.ca 2018-09-18 Camille Martel
Assurance automobile au N.-B., une hausse justifiée © Paha_L Assurance automobile au N.-B., une hausse justifiée

Des Néo-Brunswickois auront toute une surprise lors du renouvellement de leur assurance automobile l'année prochaine. Des compagnies d'assurance souhaitent augmenter leurs tarifs jusqu'à près de 20 %. Une hausse considérable, mais justifiée. Explications.

Un texte de Camille Martel

La Commission des assurances du Nouveau-Brunswick (CANB) entendra le mois prochain la plus importante demande d’augmentation de primes d’une compagnie d’assurance en 16 ans. Si c’est accepté, les quelque 85 000 clients de Wawanesa dans la province pourraient voir leurs primes augmenter entre 11 % et 17 % l’année prochaine et ils ne sont pas les seuls.

Dans la dernière année, plusieurs compagnies ont demandé une révision de leurs tarifs à la hausse à la CANB. C’est du nouveau dans la province, puisque les compagnies d’assurance omettent d’augmenter leurs primes pour rester compétitives depuis plusieurs années.

Selon la défenseure du consommateur en matière d’assurances au Nouveau-Brunswick, Michèle Pelletier, les assureurs évitent d’augmenter leurs tarifs pour ne pas avoir à dévoiler leurs rapports comptables à la concurrence : les compagnies d’assurance doivent déposer leur demande d’augmentation chaque année auprès du CANB et demander une audience publique seulement si l’augmentation dépasse 3 %.

Or, cette année est particulière pour les assureurs puisque la plupart sont arrivés à un point de non-retour. À force de geler leurs tarifs, elles se retrouvent dans l’obligation de demander une hausse substantielle. Du point de vue du consommateur, ça aurait été beaucoup mieux de demander des augmentations normales chaque année, déplore Michelle Pelletier.

Malgré tout, le Nouveau-Brunswick demeure une des provinces où assurer une voiture est le moins dispendieux au pays depuis 2007. Jusqu’à tout récemment, c’était aussi une des provinces les plus profitables pour les assureurs.

De son côté, la CANB n'est pas surprise par les demandes des compagnies d'assurance de hausser leurs tarifs. On voyait ça venir. On a eu des hivers plus ardus récemment, donc plus de collisions. Aussi, la hausse des indemnités versées par les assureurs pour blessures mineures est passée de 2500 $ à 7500 $ en 2013, ce qui a mis de la pression , indique Marie-Claude Doucet, présidente de la CANB.

Elle explique qu'il n'y a pas de limite à la hausse de tarifs que peuvent demander les compagnies d'assurance, pourvu que celles-ci soient appuyées par des preuves raisonnables.

L’histoire se répète

Au début des années 2000, des augmentations faramineuses des primes d’assurance avaient déclenché une crise en pleine campagne électorale au Nouveau-Brunswick. Le coût des primes d'assurance automobile avait grimpé en moyenne de 75,6 % entre juillet 2000 et juillet 2003.

Le Parti conservateur de Bernard Lord avait été réélu de justesse en juin 2003 en promettant de régler le problème et en s’engageant à baisser les primes de 20 % en moyenne.

En contrepartie, le gouvernement avait garanti aux assureurs que le montant accordé par un juge à une victime de la route pour la douleur et la souffrance causées par une blessure mineure serait limité à 2500 $, car la hausse des réclamations avait creusé un trou de 342 millions de dollars dans les finances des compagnies d’assurances du Nouveau-Brunswick.

Une stratégie qui, jusqu’à aujourd’hui, a permis aux assureurs de baisser leurs primes tout en réduisant la protection accordée aux automobilistes, indique Daniel Gardner, professeur de droit à l’Université Laval et spécialiste de l’assurance automobile.

À l’époque, les réductions de 20 % des primes avaient toutefois été insuffisantes pour la majorité des Néo-Brunswickois. La Gendarmerie Royale du Canada avait même constaté un nombre croissant d'automobilistes circulant illégalement sur les routes, sans être assurés.

Par la suite, il y avait eu des discussions de faire comme au Québec, c’est-à-dire d’adopter un régime d’assurance automobile mixte, mais cela n’a pas été fait et c’est pourquoi le Nouveau-Brunswick se retrouve avec le même problème qu’il y a 20 , explique le professeur Gardner.

Le régime ne fonctionne pas, c’est aussi simple que ça.

Daniel Gardner, professeur de droit à l’Université Laval et spécialiste de l’assurance automobile.

Selon Daniel Gardner, les consommateurs néo-brunswickois écopent aujourd’hui dû au manque de volonté politique. « Il faut arrêter de permettre les recours civils, c’est ça qui fait augmenter les primes », dit-il. De plus, le Nouveau-Brunswick n’a pas une population assez importante pour que la compétition entre les compagnies d’assurance soit intéressante pour le consommateur, ajoute le professeur. Aussi, quand une compagnie d’assurance demande une hausse de ses tarifs il y a un effet d’entraînement. Les autres se disent ‘’pourquoi pas moi’’?.

Le Nouveau-Brunswick devrait songer à adopter le modèle québécois, à son avis, car c’est un système qui a fait ses preuves et qui fonctionne bien.

Les compagnies d’assurance ne le crient pas sur les toits, mais elles font autant de profit au Québec qu’ailleurs et elles ont moins de trouble , illustre Daniel Gardner qui estime que les Néo-Brunswickois devraient se mobiliser et mettre de la pression sur leurs politiciens, notamment en campagne électorale. C’est dommage, car pour les progressistes-conservateurs c’est une mesure qu’ils considèrent comme étant trop de gauche pour leur parti et pour les libéraux c’est trop compliqué pour essayer de faire passer ça à la population.

Les chefs s’en mêlent, mais pas trop

Questionné sur le sujet mardi, Blaine Higgs et Brian Gallant ont eu des réponses divergentes, mais ni l’un ni l’autre n’a ramené le projet d’une assurance automobile mixte sur la table.

Ce n’est pas inhabituel d’augmenter les tarifs , a dit pour sa part le chef du parti progressiste-conservateur. Les primes ont été stables pendant longtemps, donc je me demande pourquoi ça grimpe d’un coup. C’est sûr que si ça devient plus cher que les autres provinces on va regarder ça, a ajouté M. Higgs.

De son côté, Brian Gallant a affirmé que ses augmentations étaient ridicules et que son gouvernement allait intervenir s’il était réélu en allant plaider à la CANB.

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