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Des vétérinaires pour chevaux désespérément recherchés

logo de Radio-Canada.ca Radio-Canada.ca 2021-07-24 CBC/Radio-Canada
Audrey Dion-Paquin, propriétaire des Écuries famille Maher, à Brownsburg-Chatham, dans les Laurentides © Élise Allard Audrey Dion-Paquin, propriétaire des Écuries famille Maher, à Brownsburg-Chatham, dans les Laurentides

La pénurie de vétérinaires, particulièrement le secteur équin, est si criante au Québec que pour abréger les souffrances de leur cheval, certains propriétaires sont parfois contraints de l’abattre eux-mêmes. Ils reprochent à Québec de ne pas tenir compte de « l’urgence vitale » de la situation, dénoncée depuis plusieurs années.

Propriétaire d’écuries dans les Laurentides, Audrey Dion-Paquin peine à retrouver un vétérinaire pour remplacer le sien, décédé il y a quelques mois. Sans vétérinaire traitant officiel, je me suis butée à un mur. Personne ne prenait de nouveaux clients ou était disponible,» raconte-t-elle.

En lançant un appel sur les réseaux sociaux, elle constate l’ampleur du problème au sein de sa profession. Je me suis rendu compte que plusieurs propriétaires avaient vécu la même chose, voire pire quand les chevaux décèdent suite à un manque de soins.»

En désespoir de cause, certains vont jusqu'à commettre un geste qui peut s'avérer traumatisant en mettant eux-mêmes un terme à la souffrance de leur animal, partage-t-elle. Des témoignages poignants, Audrey Dion-Paquin en a recueillis plusieurs dizaines dans le cercle des propriétaires de chevaux. En privé, ils vont venir nous le dire : J'étais plus capable, ça faisait une journée [...] je savais que mon cheval allait décéder».

La pratique de l'euthanasie animale demeure légale au Canada mais peut s'avérer traumatisante, comme le relate la fondatrice et présidente intérimaire de Tenir Promesse, Louise Branchaud, qui vient en aide aux chevaux abusés et négligés au Québec.

Des [propriétaires] seront percutés par leur obligation de regarder leur cheval souffrir, être en crise ou de devoir faire une euthanasie par balle, prévient-elle, et ce sont des choses qui sont inacceptables dans la vie de gens qui cherchent à donner à leurs chevaux tous les soins nécessaires parce qu'ils les aiment.»

Selon l'Association canadienne des médecins vétérinaires, la pénurie de vétérinaires touche l'ensemble du pays. © Guy Leblanc/Radio-Canada Selon l'Association canadienne des médecins vétérinaires, la pénurie de vétérinaires touche l'ensemble du pays.

Mme Branchaud précise qu’en 2015, la problématique avait été soulevée devant la commission du projet de loi n°54, sur l'amélioration de la situation juridique de l'animal. Depuis ce temps, il ne s’est rien fait», déplore-t-elle. La pénurie est d’autant plus préoccupante qu’elle se rapproche des grands centres après avoir frappé les régions. Là, il est temps de se réveiller», alerte Mme Branchaud.

Selon une étude de l'Association canadienne des médecins vétérinaires, cette pénurie toucherait même l'ensemble du pays.


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Pénibilité professionnelle

Plusieurs facteurs expliquent la désertion de la pratique vétérinaire, plus particulièrement dans le domaine équin : la difficulté de concilier travail et vie personnelle, la disponibilité requise 24 heures sur 24, et sept jours sur sept, mais aussi la solitude du métier, le transport quotidien ou encore les frais à débourser en début de carrière qui peuvent s’élever à 200 000 dollars.

Rares sont les jeunes professionnels à tenter l’aventure, comme l’illustrent les choix d’orientation à la Faculté de médecine vétérinaire à Saint-Hyacinthe. Sur les 96 étudiants formés annuellement, seulement un ou deux choisissent le domaine équin. Et peu se tournent ensuite vers les régions du Québec pour s’établir professionnellement.

Ce n'est pas strictement une pénurie, c'est une maldistribution aussi», observe Christine Théorêt, doyenne et professeure à la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal. Certaines régions du Québec, comme l'Abitibi-Témiscamingue, Bas-St-Laurent, Côte-Nord, Gaspésie, Outaouais et le Lac-St-Jean, peinent à attirer la relève, précise Mme Théorêt.

À la crise du recrutement s’ajoute celle de la rétention. Plus de la moitié des médecins vétérinaires songent à quitter leur emploi actuel ou leur pratique, ou à réorienter leur carrière dans un autre secteur d'activité que la pratique vétérinaire, partage le Dr. Gaston Rioux, président de l'Ordre des médecins vétérinaires du Québec.

C'est quand même assez grave, note-t-il, [...] plusieurs médecins vétérinaires changent de domaine d'exercice, passent de la pratique équine, bovine ou de petits animaux vers des secteurs comme la santé publique, l'enseignement, l'agence canadienne comme le MAPAQ».

Selon une étude de l'UQÀM publiée en 2018, le suicide serait même trois fois plus fréquent chez les vétérinaires que dans la population québécoise. Il va falloir faire quelque chose rapidement pour améliorer la qualité de vie de nos vétérinaires, parce que ce n'est pas tout d'avoir des vétérinaires, mais il faut les garder en santé mentale pour qu'ils veuillent continuer à vouloir travailler pour nous,» témoigne Audrey Dion-Paquin.

Révision du statut

Plusieurs solutions sont envisagées comme la délégation de certains actes médicaux à des techniciens en santé animale, une possibilité qu’étudie l'Ordre des médecins vétérinaires du Québec.

Cheval Québec propose également la télémédecine pour pallier le manque de vétérinaires équins.

La Faculté de médecine vétérinaire a quant à elle aussi soumis à Québec un projet de programme satellite, qui serait offert à Rimouski. 25 étudiants de plus y seraient formés annuellement, mais pas avant les sept à huit prochaines années.

C'est important que le Québec se mobilise et traite ce dossier rapidement pour qu'il n'y ait pas d'autres cas de maltraitance de chevaux, qu'ils arrêtent de souffrir pour rien», insiste Audrey Dion-Paquin.

D'après le reportage d'Elyse Allard. Écoutez son reportage à l'Heure du monde.

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