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Faire pousser des fraises en hiver grâce aux bitcoins

logo de Radio-Canada.ca Radio-Canada.ca 2018-12-14 CBC/Radio-Canada
Faire pousser des fraises en hiver grâce aux bitcoins © Alexandre DUVAL Faire pousser des fraises en hiver grâce aux bitcoins

Les pertes de chaleur liées à l'industrie des monnaies virtuelles, comme le bitcoin, sont immenses au Québec. Une jeune entreprise de Lévis veut corriger le problème avec une technologie qui récupère 90 % de ces rejets thermiques pour chauffer des bâtiments.

Un texte d’Alexandre Duval

L’entreprise Heatmine teste actuellement sa technologie avec la nouvelle serre du Caveau à légumes, un producteur maraîcher situé à Neuville.

À l'arrière de la serre, la compagnie a installé un gros boîtier, qui fait environ deux fois la taille d'un réfrigérateur.

Dans ce boîtier, 63 processeurs informatiques produisent de la monnaie virtuelle. Ils fonctionnent à plein régime, jour et nuit, et dégagent d'importantes quantités de chaleur.

Mais plutôt que de la rejeter dans l’air ambiant, Heatmine l’emmagasine. Chaque processeur est branché à des tuyaux, dans lesquels circule du glycol.

Le liquide est ensuite conservé à 65 degrés Celsius dans un réservoir thermique d’une capacité de 60 gallons.

Lorsque le système sera parfaitement opérationnel, le glycol sera transporté par une conduite souterraine, qui ira ensuite chauffer le plancher de la serre.

Cette technologie a déjà fait l’objet de quelques essais sur des piscines et des entrepôts, mais jamais sur une aussi imposante infrastructure, soutient le président de Heatmine.

Pour le propriétaire de la serre, Guy Béland, il s'agit d'un virage à 180 degrés. Plutôt que de produire uniquement l’été, il pourra bientôt faire pousser des fraises en plein hiver.

Comme le président de Heatmine est son propre gendre, M. Béland se lance dans l'aventure avec une confiance aveugle. Il est certain qu'il fera d'importantes économies.

« J'ai un partenaire qui a une serre et au mois de novembre, juste en propane, ça lui a coûté 12000$. Ça ne coûtera jamais ça avec les équipements de Jonathan! », assure-t-il.

Pour chauffer complètement la serre, il faudra environ 300 processeurs informatiques, soit l’équivalent de 5 boîtiers comme celui qui est déjà en place.

Heatmine compte faire de ce modèle sa marque de commerce. Contrairement aux centres de données traditionnels, l'entreprise veut décentraliser ses actifs.

Le modèle d'affaires est symbiotique : Heatmine diminue la facture d'électricité de ses partenaires, et en retour, il produit de la monnaie virtuelle sans payer de loyer.

Selon M. Forte, ce modèle d'affaires sera même avantageux pour Hydro-Québec lorsque la demande d'énergie sera forte, comme les matins de grand froid.

L’industrie des monnaies virtuelles et des chaînes de blocs en général pose tout de même d’importants défis énergétiques pour Hydro-Québec. D’ailleurs, aucun nouveau projet n’est actuellement autorisé dans la province.

Depuis un an, Hydro-Québec a reçu des demandes totalisant 18 000 MW. De ce nombre, les projets jugés « sérieux » par la société d’État représentent environ 6000 MW.

Si uniquement ces projets sérieux étaient approuvés, ce serait l’équivalent de 4,6 millions de lave-vaisselles fonctionnant sans arrêt au Québec, selon le porte-parole d'Hydro-Québec, Jonathan Côté.

À titre comparatif, l'industrie québécoise des pâtes et papiers représente une demande énergétique de 1800 MW. Malgré tout, Hydro-Québec semble reconnaître la valeur d’un projet comme celui de Heatmine.

« Économiquement, à capacité de branchement égale, les projets qui valorisent la chaleur sont plus compétitifs que ceux qui rejettent tout simplement leur chaleur par la fenêtre en pure perte », note M. Côté.

Le projet de Heatmine qui s'amorce à Neuville n’est qu’un début, selon le président de la compagnie.

Quant à M. Béland, si les résultats sont concluants, il entreprendra la construction d’autres serres chauffées par Heatmine. Il n’a qu’un objectif en tête : détrôner les fraises que le Québec importe en hiver.

« Elle n'a pas un bon goût, elle n'est pas sucrée. Moi, je veux faire une fraise pour me démarquer de ces fraises-là en période hivernale », résume-t-il.

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