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Israël fait face à la vague d’attentats la plus meurtrière depuis 2006

logo de Le Devoir Le Devoir 2022-04-11 Rose-Hélène Beauséjour
La mère de Tomer Morad, l’un des trois hommes tués dans le bar bondé de Tel Aviv, pleurait dimanche lors de ses funérailles à Kfar Saba, en Israël. © Ariel Schalit Associated Press La mère de Tomer Morad, l’un des trois hommes tués dans le bar bondé de Tel Aviv, pleurait dimanche lors de ses funérailles à Kfar Saba, en Israël.

Vendredi midi, dans le quartier de Jaffa, au sud de Tel-Aviv, des policiers se tiennent près de la tour de l’Horloge. Plus loin, des vendeurs, cigarette à la main, occupent les trottoirs du quartier, pendant que des Arabes et des Juifs s’affrontent au backgammon. Le quartier a repris ses airs de normalité. Quelques heures plus tôt, c’est ici qu’a pris fin la chasse à l’homme visant à retrouver l’auteur de l’attentat de jeudi soir au centre-ville de Tel-Aviv.

Amit Ifrah, 23 ans, ne devait pas être témoin de la scène qui a mis fin aux recherches. Le jeune homme, issu d’une famille juive marocaine, habite habituellement à une quinzaine de kilomètres au nord de Tel-Aviv, mais sa tante qui habitait juste au-dessus du restaurant de la famille Ifrah, au cœur de Jaffa, vient de décéder. Suivant la tradition, pendant sept jours, la famille accueille donc quiconque vient leur offrir ses condoléances.

À la suite de l’événement de la veille, l’ambiance est pourtant singulière. Les frères Yoav, Israël et Ilhan Ifrah, serrent des mains, prennent des gorgées de boisson gazeuse, une d’arak,entre deux bouchées de dattes et de pâtisseries. Ce midi, pour chaque nouvelle personne qui entre dans le restaurant, des condoléances peuvent être entendues, puis, rapidement, on évoque le sujet qui est sur toutes les lèvres. « As-tu entendu ? », « T’es-tu réveillé ? », « Non ! Tu as tout vu ? Pour vrai ? »

Dans ce pays où les semaines de travail débutent le dimanche, les jeudis soir sont particulièrement animés dans la ville côtière. Peu avant 21 h jeudi, Raad Hazem, un Palestinien de 28 ans de Jénine, en Cisjordanie, a choisi de pointer son arme sur le bar Ilka de la populaire rue Dizengoff, tuant trois hommes âgés de 27 à 35 ans et faisant une dizaine de blessés, avant de prendre la fuite.

Avec ce quatrième attentat en deux semaines, qui porte à quatorze le nombre de victimes depuis le 22 mars dernier, la vague d’attaques terroristes que connaît ces jours-ci l’État hébreu est la plus meurtrière au pays depuis 2006.

Raad Hazem était le fils d’un ancien officier des services de sécurité de l’Autorité palestinienne. Vendredi matin, Fathi Hazem s’est exprimé devant une foule rassemblée à Jénine. « Vos yeux verront bientôt la victoire. Vous obtiendrez votre liberté », a déclaré le père, demandant à Dieu de « libérer la mosquée Al-Aqsa de la profanation des occupants »

Les Brigades des martyrs d’Al-Aqsa, milices armées du Fatah, qui soutiennent qu’Hazem leur était affilié, de même que le Hamas et le Djihad islamique, ont aussi salué l’attaque, déclarant qu’il s’agissait d’« une réponse naturelle aux crimes de l’occupation contre le peuple palestinien ». Pour sa part, le président palestinien, Mahmoud Abbas, a condamné pour une seconde fois « le meurtre de civils palestiniens et israéliens […] pendant le mois sacré du ramadan et les prochaines fêtes chrétiennes et juives ».

Le mois du ramadan est souvent une période critique pour les relations israélo-palestiniennes, alors qu’Israéliens et Palestiniens participent à diverses célébrations. L’an dernier, une série d’affrontements pendant le mois du ramadan s’était soldée par onze jours de bombardements entre le Hamas, dans la bande de Gaza, et l’armée israélienne.

Chasse à l’homme

Dans la soirée de jeudi, suivant l’attaque, plus d’un millier de membres de forces de l’ordre ont été déployés. Policiers, militaires et forces spéciales ont ratissé un large périmètre de sécurité, bâtiment par bâtiment, afin de retrouver le tireur.

Pendant près de neuf heures, les recherches se sont poursuivies, puis étendues à d’autres secteurs de la ville. Au petit matin, plus loin au sud, au cœur du quartier de Jaffa, Amit discutait au téléphone. « Il y a eu l’appel à la prière musulmane, puis autour de 5 h 20, nous avons entendu des coups de feu », raconte le jeune homme. L’appartement familial est voisin de la mosquée Mahmoudiya, où Raad Hazem aurait finalement été repéré.

 

De son expérience dans l’armée israélienne, Amit a tout de suite su ce qui survenait. « Je suis allé sur la terrasse. On voyait tout. Les militaires, les policiers couraient, raconte le jeune homme. Ils ont crié au tireur de s’arrêter, puis de lever les mains dans les airs », ce que le suspect aurait fait alors qu’il se trouvait près du restaurant voisin. Le doigt d’Amit vient frôler l’orifice qu’une balle perdue a façonné dans la vitre du bâtiment. De l’autre côté, les éclats de vitre gisent encore sur le plancher du restaurant.

« Ils ont ensuite crié à l’homme de laisser tomber son arme, poursuit Amit. Il l’a prise pour faire semblant qu’il allait la laisser tomber, mais il s’est mis à tirer et a tenté de s’enfuir tout en haut », explique-t-il en pointant une ancienne fabrique de savon, abandonnée, où le tireur aurait eu l’intention d’échapper aux forces de l’ordre. « C’est ici qu’il a été tué, juste devant », raconte Amit. « Le terroriste… », ajoute son oncle Meir.

« On est habitués »

Au restaurant de la famille Ifrah, il se parle un mélange d’hébreu, d’arabe et de français. C’est Jaffa, une cohabitation juive, musulmane et chrétienne, où environ le tiers de la population du quartier est arabe.

« C’est malheureux », soupire la tante des frères Ifrah dans un parfait français. Tante Miriam, comme la nomment tous les membres de sa famille, a immigré en Israël depuis le Maroc il y a plus de 60 ans. « C’est malheureux, c’est trop, mais on est aussi habitués, dit la vieille dame sur un ton complètement résolu. De plus, pour nous, les attentats ne veulent plus rien dire. »

Au lendemain de l’attentat, vendredi, des milliers de personnes se sont rendues dans la rue Dizengoff pour y déposer des fleurs ou des lampions, pour prier, pour chanter, mais, surtout, pour être ensemble. À Tel-Aviv, dès le petit matin, les cafés étaient de nouveau remplis. En après-midi, les gens se sont retrouvés sur les terrasses comme d’habitude, pendant que des chants joyeux faisaient vibrer les murs des synagogues de la ville.

Le chanteur israélien Idan Raichel se produisait la veille en concert à quelques centaines de mètres du lieu de l’attentat. Après avoir été informé de la nouvelle, le chanteur était revenu sur scène s’asseoir tranquillement sur son tabouret et avait pris la parole d’une voix sereine. « Chaque matin en terre d’Israël est un bon matin et chaque soir en terre d’Israël est aussi un bon soir, avait déclaré l’artiste. Aucun terroriste ne décidera à notre place de ce qu’est une bonne nuit. » Le spectacle s’était poursuivi.

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