Vous utilisez une ancienne version de votre navigateur. Veuillez utiliser une version prise en charge pour bénéficier d’une meilleure expérience MSN.

La Maison-Blanche presse le Canada de rouvrir le pont Ambassador

logo de Le Devoir Le Devoir 2022-02-11 Étienne Lajoie
Plusieurs usines automobiles en Ontario et aux États-Unis, dont celles de Toyota, Ford et Honda, ont suspendu leurs activités en raison de la manifestation. © Nathan Denette La Presse canadienne Plusieurs usines automobiles en Ontario et aux États-Unis, dont celles de Toyota, Ford et Honda, ont suspendu leurs activités en raison de la manifestation.

La Maison-Blanche presse les autorités canadiennes de dégager le pont Ambassador, bloqué depuis lundi soir par des manifestants. Une demande d’injonction faite jeudi par la Ville de Windsor pour forcer le retrait des manifestants n’a pas encore permis de mettre fin au barrage.

Ces derniers jours, des départements américains comme celui de la Sécurité intérieure multiplient les rencontres avec leur équivalent canadien dans le but de remédier à la situation, rapporte le réseau CBC. Mercredi, la porte-parole de la Maison-Blanche, Jen Psaki, a souligné les répercussions économiques de la fermeture du pont sur l’industrie automobile. Plusieurs usines automobiles situées en Ontario et aux États-Unis, dont celles de Toyota, Ford et Honda, ont suspendu leurs activités en raison de la manifestation. Les voitures construites au Canada sont souvent assemblées à partir de pièces produites aux États-Unis.

La Ville de Windsor pourrait savoir vendredi midi si la demande d’injonction est acceptée et met ainsi fin à la paralysie. L’audience devant le juge de la Cour supérieure a été organisée rapidement au cours de la journée jeudi, après que la municipalité en a fait la demande. Selon le juge Geoffrey B. Morawetz, le court délai n’a toutefois pas laissé assez de temps aux défendeurs — différents individus identifiés grâce à des articles de presse — d’en prendre connaissance. Le magistrat dit toutefois comprendre l’urgence économique de la situation.

Trop lent, selon des Américains

D’autres élus américains, dont la gouverneure du Michigan, Gretchen Whitmer, ont fait part de leur mécontentement par rapport à la situation, jeudi. Les gouvernements municipaux, provinciaux et fédéraux « doivent prendre toutes les mesures nécessaires pour immédiatement rouvrir le pont en toute sécurité », a fait savoir la gouverneure dans un communiqué. Un appel a aussi eu lieu jeudi après-midi entre la délégation du Michigan au Congrès et le secrétaire américain à la Sécurité intérieure, Alejandro Mayorkas.

La gestion des manifestants anti-mesures sanitaires à Windsor surprend des experts en sécurité intérieure basés aux États-Unis. « Je m’imaginais que si une personne bloquait une route publique et dérangeait la vie civile et l’économie, ce serait illégal », affirme Javed Ali, professeur à l’Université du Michigan et ancien analyste au département de la Sécurité intérieure.


Galerie: 20 lois ridiculement sexistes qui existent encore (Espresso)

« Le point de vue des experts en sécurité aux États-Unis, c’est “pourquoi les Canadiens ont été si lents avant d’imposer les lois ?” » poursuit Javed Ali. La police de Windsor n’a fait jusqu’à maintenant qu’une arrestation dans le cadre des manifestations. La municipalité a demandé à la Gendarmerie royale du Canada (GRC) de lui envoyer 100 agents pour aider sa force policière. En mêlée de presse jeudi, le ministre canadien de la Sécurité publique, Marco Mendicino, a déclaré que la GRC enverrait des renforts dans la ville frontalière.

Exporté aux États-Unis

Les manifestations canadiennes font les manchettes depuis une semaine sur les grandes chaînes aux États-Unis, un phénomène rare, constate le professeur de science politique Antoine Yoshinaka, de l’Université d’État de New York à Buffalo. « Ce sont les médias ainsi que les politiciens de droite qui semblent approuver », dit-il. Les animateurs du populaire réseau Fox News, tels que Tucker Carlson, sont du nombre.

Le mouvement a un « potentiel considérable » de continuer aux États-Unis, estime Thomas S. Warrick, chercheur au Atlantic Council et ancien haut gradé du département de la Sécurité intérieure. C’est pourquoi le département surveille de près la possible présence de camionneurs près du site du Super Bowl dimanche, dit-il, tel qu’il a été rapporté par des médias américains.

Mais le chercheur prévoit que le gouvernement américain ne gérera pas les manifestants de la même manière que le Canada. Depuis les incidents de camions à la bombe comme celui d’Oklahoma City, en 1995, les forces de l’ordre aux États-Unis « ont adopté l’idée qu’il faut une distance importante entre les camions et les bâtiments gouvernementaux importants », explique Thomas S. Warrick, faisant référence à l’occupation en cours à Ottawa.

« Transposez ce qui s’est passé à Ottawa à Washington D.C., et l’intervention aurait été différente », suggère Javed Ali. L’occupation dans la capitale américaine, dit-il, serait complètement inacceptable. « C’est le cœur du gouvernement, je ne pense pas que le gouvernement aurait traîné les pieds. Chaque jour que vous laissez passer sans imposer de lois, vous donnez l’occasion aux manifestants de promouvoir leur cause », poursuit-il.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

Publicité

Plus de Le Devoir

Publicité
image beaconimage beaconimage beacon