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La Santé publique recommande un maximum de 15 ng/m³ d’arsenic dans l’air de Rouyn-Noranda

logo de Le Devoir Le Devoir 2022-08-11 Jean-Louis Bordeleau
Le directeur national de santé publique du Québec, le Dr Luc Boileau © Graham Hughes La Presse canadienne Le directeur national de santé publique du Québec, le Dr Luc Boileau

La voie vers l’assainissement de l’air de Rouyn-Noranda est tracée par la Santé publique québécoise. Une concentration de quinze nanogrammes par mètre cube d’arsenic sera considérée comme « acceptable » dans une transition vers la norme québécoise de 3 ng/m3.

Le directeur national de santé publique, Luc Boileau, en a fait la recommandation mercredi, en conférence de presse, depuis la ville d’Abitibi-Témiscamingue.

« La norme [québécoise] de 3 ng/m3 d’arsenic doit être atteinte le plus rapidement possible », a assuré Mathieu Valcke, conseiller scientifique à l’Institut national de santé publique du Québec, lors d’un breffage technique destiné aux journalistes. D’ici là, une moyenne annuelle de 15 ng/m3 « va nous permettre de nous protéger contre les effets adverses à la santé pour les jeunes enfants et les enfants à naître ».

Cette quantité d’arsenic dans l’air provoquerait un risque de cancer équivalent à 3 cas supplémentaires par 100 000 personnes sur une période de 70 ans. La contamination causée actuellement par la Fonderie Horne entraînerait plus de 12 cancers par tranche de 100 000 citoyens sur cette même période.

Les émissions de plomb de l’entreprise doivent aussi être réduites à une concentration de 100 ng/m3, de même que celles de cadmium, à 3,6 ng/m3. Ces bases s’appuient sur les critères californiens de protection de l’environnement « dans le contexte très précis de fonderies », selon M. Valcke. La Fonderie Horne n’est pour l’instant soumise qu’à une norme d’émission d’arsenic limitée à 100 ng/m3 mesurée sur une base annuelle.

Les experts de la Santé publique ont aussi posé des conditions dans l’atteinte de ces objectifs afin de protéger la santé des habitants de Rouyn-Noranda.Les rejets polluants doivent être plafonnés au quotidien, sans quoi les risques réapparaîtront, disent-ils. Ces limites ponctuelles se situent à 200 ng/m3 pour l’arsenic, 30 ng/m3 pour le cadmium, 350 ng/m3 pour le plomb.

La Fonderie Horne aura toutefois fort à faire si ces « critères » deviennent une « norme », car depuis 2017, ces seuils ont été dépassés à 52 reprises pour le cadmium, 76 fois pour l’arsenic et 171 fois pour le plomb, selon des données gouvernementales consultées par Le Devoir.

Aucune donnée ne permet d’ailleurs de calculer le risque associé au mélange des contaminants dans le corps humain, note Mathieu Valcke. « Les incertitudes sont trop grandes à ce niveau-là. » La Santé publique recommande néanmoins d’élargir la surveil-lance de la pollution aux abords de la Fonderie afin de tenir compte, par exemple, du chrome et des particules fines dans l’air. La captation doit être « idéalement quotidienne ».

Ces recommandations ne se basent d’ailleurs pas sur le potentiel de la Fonderie Horne de réduire ses émissions. L’usine veut toutefois diminuer ses émissions au « plus proche possible de ce qui est atteignable », a indiqué Alexis Segal, des communications de Glencore, sans offrir plus de détails. La multinationale suisse compte présenter la semaine prochaine son plan de réfection de la Fonderie.

Pressions politiques

Lundi soir, le conseil municipal de Rouyn-Noranda a adopté à l’unanimité une résolution demandant que « les activités de la Fonderie Horne visent l’atteinte des normes environnementales en vigueur pour l’ensemble des métaux lourds et des particules fines rejetées dans l’air ». Le conseil municipal a également demandé que la prochaine autorisation délivrée à Glencore par le ministère de l’Environnement prévoie des plafonds quotidiens d’émission.

Questionné à savoir si la norme recommandée mercredi par la Santé publique sera appliquée à ce nouveau permis de polluer, le ministre de l’Environnement du Québec, Benoit Charette, a rétorqué qu’il devait d’abord prendre connaissance de la documentation présentée. L’élu a toutefois réitéré ne pas vouloir compromettre la santé de la population : « Donc, si la Santé publique nous parle de 15 ng/m3, on ne peut pas ne pas considérer cet avis-là. » Il a également souligné son désir que d’autres polluants que l’arsenic « soient aussi assujettis aux normes actuelles ».

La Fonderie Horne n’est « pas en défaut », a fait valoir le ministre Charette. « Elle a utilisé toute la corde que les libéraux lui ont donnée. Cependant, cette corde-là était beaucoup trop longue. »

La députée solidaire de Rouyn-Noranda–Témiscamingue, Émilise Lessard-Therrien a pour sa part critiqué le « flou » autour des critères de la Santé publique. « La CAQ est en discussion avec la Fonderie en ce moment même et on ne sait rien », a-t-elle plaidé dans une déclaration écrite. « On ne sait pas sur quelles bases elle négocie et à quoi on peut s’attendre. Ça fait 20 ans que la Fonderie bénéficie d’un passe-droit pour empoisonner notre monde, ça suffit ! »

Le ministre Charette doit se rendre à Rouyn-Noranda la semaine prochaine afin de confirmer les principaux éléments de l’attestation d’assainissement qui sera délivrée à la Fonderie Horne. La future norme reposera « sur les recommandations de la Santé publique », a-t-il de nouveau confirmé mercredi.

Avec Florence Morin-Martel

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