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Pegasus : Alger porte plainte contre Reporters sans Frontières pour « diffamation »

logo de Radio-Canada.ca Radio-Canada.ca 2021-07-24 CBC/Radio-Canada
Le siège de l'ambassade d'Algérie à Paris, en France © JOEL SAGET/AFP Le siège de l'ambassade d'Algérie à Paris, en France

Le scandale du logiciel espion israélien Pegasus ne finit pas de faire des vagues. Vendredi, l’ambassade d’Algérie à Paris a annoncé qu’elle poursuivait l’ONG Reporters sans frontières (RSF) pour « diffamation ».

L’ONG avait accusé lundi sur son site le gouvernement algérien d’avoir eu recours au logiciel Pegasus à des fins d’espionnage, avant de se rétracter.

RSF affirmait que l'Algérie figure parmi les pays en possession du logiciel Pegasus» et que le pays l'utiliserait pour espionner d'autres parties».

Mais vendredi, l'ONG a fait volte-face en publiant un erratum : Dans un premier temps, nous avons fait figurer l'Algérie dans la liste des pays clients de NSO [l’entreprise israélienne qui commercialise le logiciel Pegasus, NDLR]. Cette erreur, que nous regrettons, a été corrigée.»

Le gouvernement algérien voit cette situation d’un autre œil et accuse RSF de manipulation».

Outre leur caractère diffamatoire et mensonger, ces allégations inadmissibles relèvent de la manipulation de RSF connue pour son acharnement vis-à-vis de l'Algérie», a déclaré l'ambassade, soulignant que l'Algérie dément formellement ces accusations».

L'Algérie ne dispose aucunement de ce logiciel et n'a jamais eu à l'utiliser, ni à traiter ou à collaborer, de quelque manière que ce soit, avec les parties détenant cette technologie à des fins d'espionnage», conclut-elle.

La prompte réaction des autorités algériennes s’explique par la sensibilité du sujet. En effet, le pays n’entretient pas officiellement de relations avec Israël.

C'est une surréaction de la part d'un régime habitué à la surenchère et aux excès», a jugé M. Deloire.

Il n'y avait vraiment pas d'intention de malveillance et il n'y a certainement pas de manipulation vis-à-vis de l'Algérie, il n'y a pas d'acharnement», a-t-il assuré.


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Les relations entre le gouvernement algérien et l’ONG Reporters sans frontières ont toujours été tendues, notamment depuis le début du Hirak (le mouvement populaire de contestation du régime depuis 2019, NDLR) en Algérie, où plusieurs journalistes ont été arrêtés et condamnés à des peines de prison.

Reporters sans frontières a mené des campagnes pour la libération de ces journalistes en mobilisant des confrères et des médias étrangers.

Dans son dernier classement mondial annuel de la liberté de la presse, l’ONG classe l’Algérie à la 146e position sur 180.

Le secrétaire général de reporters sans frontières Christophe Deloire lors de la campagne pour la libération du journaliste algérien Khaled Drareni © STEPHANE DE SAKUTIN/afp via getty images Le secrétaire général de reporters sans frontières Christophe Deloire lors de la campagne pour la libération du journaliste algérien Khaled Drareni

L’Algérie espionnée par le Maroc

Par ailleurs, la justice algérienne a annoncé jeudi l'ouverture d'une enquête préliminaire après les révélations de presse selon lesquelles l'Algérie fait partie des victimes du logiciel espion israélien Pegasus.

Selon les médias algériens, 6000 numéros de téléphone appartenant à des diplomates, ministres ou hauts fonctionnaires algériens ont été espionnés par le voisin marocain en utilisant le logiciel Pegasus.

Le ministère algérien des Affaires étrangères a fait part jeudi de sa profonde préoccupation aux révélations […] faisant état de l'utilisation à large échelle par les autorités de certains pays, et tout particulièrement par le Royaume du Maroc, d'un logiciel d'espionnage dénommé +Pegasus+ contre des responsables et citoyens algériens».

Le Maroc dément et poursuit Amnistie internationale

Pour sa part, le royaume marocain a rejeté les accusations d’utilisation du logiciel espion en poursuivant Amnistie internationale et Forbiden Stories, à l’origine des révélations sur l’utilisation par plusieurs États, dont le Maroc, de Pegasus, pour espionner journalistes, défenseurs des droits de la personne ou opposants.

Forbidden Stories et Amnistie internationale ont obtenu une liste de 50 000 numéros de téléphone, sélectionnés par les clients de NSO pour être potentiellement surveillés, et l'ont partagée avec un consortium de 17 médias qui ont révélé son existence dimanche.

La liste des cibles potentielles comprend les numéros d'au moins 180 journalistes, 600 hommes et femmes politiques, 85 militants des droits de la personne ou encore 65 chefs d'entreprise, d'après l'analyse du consortium – qui en a localisé beaucoup au Maroc.

Outre le Maroc, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont également fait usage de ce logiciel.

D’après les révélations des médias, de nombreuses personnes ont été espionnées au Mexique et en Hongrie également.

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