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Pleins feux sur la justice climatique à la COP27

logo de Le Devoir Le Devoir 2022-11-07 Sarah Rahmouni
Cette 27e conférence de l’ONU sur le climat (COP27) rassemble quelque 200 pays, pour deux semaines, au chevet d’une planète frappée par les catastrophes. © Ludovic Marin Agence France-Presse Cette 27e conférence de l’ONU sur le climat (COP27) rassemble quelque 200 pays, pour deux semaines, au chevet d’une planète frappée par les catastrophes.

La conférence mondiale de l’ONU sur le climat s’est ouverte dimanche dans la station balnéaire égyptienne de Charm el-Cheikh, et l’enjeu des réparations climatiques des pays du Nord envers les pays du Sud a été officiellement ajouté à l’agenda.

Jusqu’au 18 novembre, les délégués du monde entier tenteront cette année encore de donner un nouveau souffle à la lutte contre le réchauffement climatique et ses impacts, toujours plus apparents : inondations historiques au Pakistan, canicules en Europe, ouragans, incendies, sécheresses… Des catastrophes qui se chiffrent déjà en dizaines de milliards de dollars et pour lesquelles les pays du Sud réclament des dédommagements financiers.

Cette question épineuse des « pertes et dommages » a été officiellement ajoutée à l’ordre du jour lors de la cérémonie d’ouverture, alors qu’elle ne devait faire l’objet que de rencontres annuelles, prévues jusqu’en 2024. C’est ce qui avait été décidé en novembre 2021, lors de la COP26, la proposition d’instaurer un tel mécanisme de financement ayant été rejetée par les pays développés.

« Je pense que c’est quelque chose d’assez important et c’est dû en partie à la pression du G77 + Chine et au fait que la COP27 se passe en Égypte », estime Thomas Burelli, professeur à la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa et codirecteur du Centre du droit de l’environnement et de la durabilité mondiale, qui salue la décision.

Les négociateurs se sont mis d’accord à l’issue de deux jours de pourparlers préliminaires pour discuter officiellement de la question des nations vulnérables recevant une indemnisation pour les pertes et les dommages causés par les changements climatiques. Cela concerne, par exemple, les pertes de vies, la santé, le territoire, le patrimoine culturel, le sentiment d’appartenance, le libre arbitre, l’identité, les connaissances autochtones et locales et la biodiversité et les services écosystémiques.

La déléguée allemande pour le climat, Jennifer Morgan, qui a dirigé les négociations sur la question avec le Chili à l’approche des pourparlers, a affirmé que l’accord pourrait également aider les négociateurs à faire de « sérieux progrès » sur la question de la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES).

Résistance et méfiance

Il s’agit d’un dossier de longue date, qui revient régulièrement dans les discussions climatiques, mais aucun mécanisme précis n’a encore été mis en place pour indemniser les États, rappelle M. Burelli.

Si un accord est adopté, ce mécanisme deviendra le troisième pilier des « finances climatiques », après les mécanismes d’adaptation — qui comprennent les mesures qui vont permettre d’aider les États à limiter leurs émissions de gaz à effet de serre — et les mécanismes d’atténuation des effets de la crise climatique. « C’est une addition indispensable », explique le professeur de droit.

« Les États du Nord vont [toutefois] se battre bec et ongles pour qu’on ne reconnaisse pas leur responsabilité historique, croit M. Burelli. Un pays peut être d’accord pour qu’il y ait un mécanisme de perte et dommages, mais comme cela a été souligné dans la décision qui a accompagné l’adoption de l’Accord de Paris, cela ne signifie pas pour autant qu’il y a reconnaissance de responsabilité et reconnaissance d’une quelconque indemnisation pour les États du Sud. »

Il n’est par ailleurs pas facile de déterminer la causalité précise d’une catastrophe climatique. « La responsabilité des émissions de gaz à effet de serre est commune, donc c’est très compliqué de montrer du doigt un acteur en particulier », souligne-t-il.

Et de l’autre côté de l’hémisphère, une certaine méfiance s’est installée parmi les pays en développement, du fait qu’une promesse vieille de dix ans n’a pas toujours pas été tenue : les pays du Nord s’étaient engagés en 2009 à verser 100 milliards de dollars américains par an d’ici 2020 afin d’aider les pays du Sud à lutter contre les effets des changements climatiques. Le ministre canadien de l’Environnement, Jonathan Wilkinson, et le secrétaire d’État allemand à l’Environnement, Jochen Flasbarth, estimaient l’année dernière, avant le début de la COP26, que l’objectif ne serait pas atteint avant 2023.

« Si on laisse les États en développement seuls face à ces questions, cela risque de gravement nuire à leur PIB, et ils vont devoir mettre beaucoup de ressources là-dessus ; des ressources qu’ils ne pourront pas mettre en adaptation et en atténuation [des conséquences de la crise climatique], conclut le professeur. C’est une question de justice climatique et de justice entre les États. »

« On jugera du succès ou de l’échec de la COP27 sur un accord sur cette facilité de financement des pertes et dommages », avait d’ailleurs prévenu Munir Akram, ambassadeur du Pakistan à l’ONU et président du G77 + Chine, qui représente 134 pays émergents et pauvres.

« Pitoyablement pas à la hauteur »

Ces négociations se tenant sur fond de crise climatique toujours plus pressante, il faudra éviter à tout prix un pas en arrière des engagements de réduction des émissions, déjà insuffisants. Seuls 29 pays ont déposé depuis la COP26 des plans de réductions rehaussés, alors même qu’ils avaient adopté un pacte les appelant à le faire.

Les émissions de gaz à effet de serre doivent en effet baisser de 45 % d’ici 2030 pour avoir une chance de limiter le réchauffement à 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Mais les engagements actuels des États signataires, même s’ils étaient enfin respectés, entraîneraient une hausse de 5 à 10 % des émissions, ce qui mettrait le monde sur une trajectoire au mieux de 2,4 °C d’ici la fin du siècle.

« Pitoyablement pas à la hauteur », a fustigé le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, qui déplore que le climat ait été relégué au second plan par l’épidémie de COVID-19, la guerre en Ukraine ainsi que les crises économique, énergétique et alimentaire.

Plus de 120 chefs d’État et de gouvernement sont attendus lundi et mardi pour un sommet censé donner une impulsion à ces deux semaines de négociations.

Sans le président chinois, Xi Jinping, ni l’Américain, Joe Biden, qui passera rapidement à la COP le 11 novembre. La coopération entre les deux principaux émetteurs mondiaux de gaz à effet de serre, dont les relations sont tendues, est pourtant cruciale. Le premier ministre Justin Trudeau ne prendra pas non plus part à la conférence mondiale.

Avec l’Agence France-Presse et Associated Press

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