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«L’héroïne» franco-ontarienne fait son bilan

logo de Le Droit Le Droit 2018-12-28 Émilie Pelletier - Le Droit
© Etienne Ranger, Le Droit

L’année 2018 a été tumultueuse pour la députée de Glengarry-Prescott-Russell, Amanda Simard. En remportant son pari en juin dernier, la jeune élue de 29 ans ne s’attendait pas à un début de mandat aussi mouvementé. En entrevue, elle retrace son parcours, depuis son lancement de campagne électorale jusqu’à ses objectifs pour l’année à venir.

9 mai : Lancement de la campagne

Dès l’annonce de sa course aux élections provinciales, la priorité d’Amanda Simard durant sa campagne a été de rassurer les résidents de son comté. « Les gens étaient craintifs face au parti conservateur, ils font élire les libéraux depuis plus de 40 ans. Je devais constamment leur rappeler qu’ils ne devaient pas s’inquiéter, que les droits des francophones n’étaient pas en danger », se souvient Mme Simard.

Les événements qui suivront auront eu raison de sa propre confiance envers le Parti progressiste-conservateur. « C’est sous des gouvernements conservateurs que des événements comme le règlement 17 ou l’hôpital Montfort ont vu le jour. La confiance des électeurs francophones envers les conservateurs ne tenait qu’à un fil. Moi, j’avais aidé à tisser ce lien-là durant la campagne, mais il était très fragile. J’avais espoir qu’on pouvait changer les choses, mais là, je comprends pourquoi les gens étaient réticents. » Quelques semaines après son élection du 7 juin, Mme Simard apprend par ses amis qu’elle sera adjointe parlementaire. « Je me cherchais encore un appartement à Toronto, et mes amis m’ont félicitée pour la bonne nouvelle. J’ai dit : “Mais quelle bonne nouvelle ?” Ils l’avaient appris en regardant les nouvelles. Je n’avais pas été consultée. J’étais contente, bien sûr, mais personne ne m’avait rien dit. »

15 novembre : « Jeudi noir »

C’est l’onde de choc au sein de la communauté franco-ontarienne. Le gouvernement conservateur de Doug Ford n’a pas su agencer ses actions aux paroles de Mme Simard, puisqu’à peine cinq mois après son entrée au pouvoir, il passe le Commissariat aux services en français et l’Université de l’Ontario français à la guillotine. Mme Simard se garde de commenter les coupes dans les services en français.

Doug Ford passe le Commissariat aux services en français et l’Université de l’Ontario français à la guillotine. © Archives, La Presse canadienne Doug Ford passe le Commissariat aux services en français et l’Université de l’Ontario français à la guillotine.

« C’était important pour moi de m’assurer d’avoir eu une discussion à l’interne, d’avoir rencontré le premier ministre. Ça a été difficile. Maintenant, avec les médias sociaux, les gens veulent des réactions immédiatement. Tout le monde se demandait pourquoi je ne disais rien, il y en a certains qui m’ont écrit des choses méchantes. J’avais vraiment hâte de pouvoir dire quelque chose, mais je devais étudier le dossier avant. »

16 novembre : Réactions

Lors des deux semaines qui ont suivi l’énoncé économique du gouvernement Ford, Mme Simard avoue ne pas avoir beaucoup dormi. « J’étais tellement sous les effets de l’adrénaline, j’avais tellement d’énergie, et je n’arrêtais pas de réfléchir. Je dois dire que je dormais environ deux à trois heures par nuit. Mais je n’étais pas fatiguée ! », se surprend-elle. Celle-ci saisit mal les raisons qui ont poussé le caucus conservateur à couper dans ces acquis francophones. « J’ai été amenée à me poser la question : “Quelles sont les économies ?” Mais encore, il n’y a pas de réponse. Pourquoi ? Parce qu’il n’y en a pas, tout simplement. C’est purement idéologique », s’insurge Mme Simard.

23 novembre : Subtile marche arrière

Comme c’était le cas sous le gouvernement libéral, les francophones ont retrouvé leur ministère à part entière. Aussi, le premier ministre a annoncé dans un communiqué qu’un poste de commissaire aux services en français serait créé au Bureau de l’ombudsman. « L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) et moi, on aurait pu prévenir Mme Mulroney et le premier ministre que cette marche arrière n’était pas suffisante, mais ils n’ont pas écouté. »

28 novembre : Un discours empreint d’émotions

Les conservateurs tentent d’empêcher la députée de se lever en chambre pour se prononcer sur une motion du parti néo-démocrate. Elle finit par livrer son discours, la gorge serrée. « Si l’on continue ainsi, il ne restera pas grand-chose dans quelques années », avait-elle déclaré. Ce jour-là, Mme Simard avoue avoir eu recours à sa petite voix intérieure pour ravaler ses émotions, et pour ne pas verser de larmes. « Avant de faire mon discours, je me disais : “Ne pleure pas, ne pleure pas.” Je savais que si quelqu’un m’adressait directement la parole, j’allais être très émotive. » Le lendemain matin, celle-ci en a assez, et elle remet sa démission du parti conservateur. « Si même en étant adjointe parlementaire aux Affaires francophones, je ne suis pas capable de faire changer les choses au sein du caucus, je n’ai donc pas le choix de quitter. Si je n’étais pas partie, le parti se serait peut-être dit : “Elle est capable de tolérer ça, elle peut en tolérer encore plus”. Et je ne voulais pas voir jusqu’où ça pouvait mener. »

Amanda Simard a livré un discours empreint d'émotions le 28 novembre. © Archives, La Presse canadienne Amanda Simard a livré un discours empreint d'émotions le 28 novembre.

1er décembre : 40 manifestations simultanées en Ontario

Mouvement historique. Des rassemblements sont organisés aux quatre coins du pays. Amanda Simard est accueillie comme une « héroïne » à Rockland et à Hawkesbury, dans l’Est ontarien. « Quand j’ai vu mon nom écrit sur toutes ces pancartes, c’est là que j’ai réalisé à quel point mon geste avait touché les gens. Je me sentais seule à Queen’s Park, mais je suis bien entourée chez nous. »

Des rassemblements ont été organisés aux quatre coins du pays en support à la communauté franco-ontarienne. © Martin Roy, Archives Le Droit Des rassemblements ont été organisés aux quatre coins du pays en support à la communauté franco-ontarienne.

2019 : Regard vers l’avenir...

La principale intéressée se sent libérée des obligations qui la liaient au caucus conservateur. Mme Simard se sentait plutôt mal à l’aise à l’idée de serrer la ceinture en éducation. « L’éducation, c’est essentiel. La bière à 1 $, ce ne l’est pas. Ça démontre tout simplement où sont leurs priorités. »

Questionnée plusieurs fois au cours des dernières semaines, Mme Simard dit vouloir demeurer députée indépendante pour l’instant. Celle-ci affirme toutefois que le Parti libéral pourrait éventuellement être une option, mais cela dépendra du nouveau chef de parti. « Le nouveau chef des libéraux est l’un des plus grands facteurs qui va influencer ma décision. Je ne tiens pas à rester indépendante pour toujours. »

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« ON S'ATTENDAIT À PLUS » DE MULRONEY

Amanda Simard affirme qu’elle se rallie aux commentaires de la ministre fédérale Mélanie Joly en déplorant le manque de leadership de Caroline Mulroney.

La députée de Glengarry-Prescott-Russell va encore plus loin en regrettant les problèmes de communication dont Mme Mulroney fait preuve. « On s’attendait à plus de la ministre. Son rôle est de protéger et de s’assurer que toutes les décisions du gouvernement sont prises en fonction des communautés franco-ontariennes. Elle est déconnectée de la communauté. » 

Alors que Mme Mulroney s’est récemment dite ouverte à des discussions avec le fédéral, Mme Simard ne voit pas cette ouverture d’un si bon œil. « Ça aurait dû être fait dès le début. J’ai beaucoup de difficulté à comprendre pourquoi ça a pris autant de temps. Parce que quand il y a une offre de financement du fédéral, c’est très rare qu’on la refuse. La ministre Joly s’était rapidement dite ouverte à un financement, dès le début, et à ce moment c’était clair que c’était au provincial de faire la demande. Mme Mulroney disait attendre l’offre de Mme Joly. Ce n’est pas comme ça que ça fonctionne, et Mme Mulroney le sait très bien. »

Mme Simard croit que c’est la pression du public qui a fait craquer Mme Mulroney. « C’est là qu’on a joué un rôle. C’est grâce au public qu’elle a démontré une certaine ouverture. Ça lui a pris trop de temps. Si l’argument n’est pas celui de l’argent, c’est quoi alors ? » 

Mme Mulroney s’est récemment dite ouverte à des discussions avec le fédéral. © Archives, La Presse canadienne Mme Mulroney s’est récemment dite ouverte à des discussions avec le fédéral.
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