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La protectrice du citoyen plaide pour une révision immédiate du modèle des CHSLD

logo de La Presse CanadienneLa Presse Canadienne 2021-11-23
© Fournis par La Presse Canadienne

QUÉBEC — Le modèle des CHSLD est à revoir, «entièrement et dès maintenant», conclut la protectrice du citoyen, dans un rapport dévastateur sur la gestion gouvernementale de la première vague de la pandémie de COVID-19, dans ces centres d'hébergement et de soins de longue durée, au début de 2020.

Après enquête, la protectrice conclut qu'au moment où le gouvernement se préparait à affronter la pandémie, de janvier à mars 2020, les CHSLD ont été complètement ignorés par les autorités.

L'ex-ministre de la Santé, Danielle McCann, semblait pourtant soutenir le contraire, la semaine dernière, devant la coroner Géhane Kamel, qui mène sa propre enquête sur le sujet, en affirmant que dès le 22 janvier 2020 les PDG des CISSS et des CIUSSS avaient reçu une directive de mettre à jour leur plan de contingence en temps de pandémie destiné aux CHSLD.

© Fournis par La Presse Canadienne

C'est plutôt le 12 mars qu'un guide «assez général» de préparation a été transmis aux CISSS et aux CIUSSS, et ce n'est qu'à la mi-avril, quand les éclosions et les décès se multipliaient dans les CHSLD, que «des actions ont été prises», a précisé la protectrice en conférence de presse, mardi.

L'épicentre de la crise sanitaire devait frapper les hôpitaux, aux yeux de Québec, donc tout a été mis en oeuvre au début de la pandémie pour y libérer le maximum de lits, cette stratégie du ministère de la Santé laissant complètement dans l'ombre les CHSLD, où le virus a fait le plus de ravages. 

«On a travaillé en vase clos», déplore la protectrice, estimant «urgent» d'offrir enfin aux personnes hébergées, en lourde perte d'autonomie, un milieu de vie sécuritaire.

«Le statu quo est impensable», ce n'est tout simplement pas une option, estime Marie Rinfret, après avoir procédé à une analyse fouillée des causes ayant mené à l'hécatombe observée à ce moment-là dans les centres d'hébergement.

Le rapport spécial produit par le Protecteur du citoyen et déposé mardi à l'Assemblée nationale n'est pas tendre envers le gouvernement Legault et sa façon de gérer la crise sanitaire qui a déferlé dans les CHSLD en 2020, une crise qui a entraîné le décès de plusieurs milliers de citoyens âgés parmi les plus vulnérables de la société, souvent dans des conditions atroces, les uns déshydratés, d'autres sous-alimentés ou laissés des jours dans leurs excréments.

Legault dénonce les «gérants d'estrade»

En fin de journée, le premier ministre François Legault a rejeté du revers de la main les critiques de la protectrice du citoyen, en disant que c'était facile de «jouer les gérants d'estrade» après coup. Il n'a pas voulu commenter la confusion régnant quant à la séquence des événements. 

Il a dit que «tout le monde a fait la même erreur», au Québec comme partout ailleurs dans le monde, en se concentrant uniquement sur les hôpitaux. «On a tous été surpris» du fait que ce sont les centres d'hébergement qui ont été frappés le plus durement.

«Le monde entier s'est un peu réveillé au mois de mars», selon lui. 


Vidéo: Québec épure les listes d’attente en chirurgie (Le Devoir)

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Au début de la pandémie, les résidents et le personnel des CHSLD ont été littéralement laissés à eux-mêmes, sans ressources, sans moyens, sans directives claires, écrit en substance Mme Rinfret, dans son rapport final de 75 pages, qui inclut 27 recommandations formulées à l'intention du gouvernement. Un rapport d'étape avait été publié en décembre dernier.

«Il y a urgence de mettre en oeuvre des mesures concrètes, structurantes et durables pour assurer l'avenir des CHSLD», dit la protectrice.

Durant la première vague de la pandémie, soit entre février et juin 2020, la grande majorité (69 %) des personnes décédées de la COVID-19 au Québec vivaient en CHSLD, soit près de 4000 personnes.

On peut résumer ainsi la gestion du gouvernement dans les CHSLD à cette période, selon la protectrice: improvisation dans les décisions, confusion dans le recrutement de renforts et cafouillage dans l'application des directives.

Le portrait paraît d'autant plus troublant, constate-t-elle, quand on rappelle que les problèmes rencontrés alors étaient connus et documentés depuis des années. Et quand elle observe que la grande vulnérabilité au virus des résidents des CHSLD a été largement sous-estimée par les autorités.

Car en mars 2020, la COVID-19 «a pris d'assaut les CHSLD, y multipliant ses victimes dans des conditions révoltantes», malgré le fait que «les failles du système étaient connues bien avant la crise», observe Mme Rinfret, notant qu'à maintes reprises le Protecteur du citoyen avait publié des rapports multipliant les mises en garde, notamment sur le manque criant, chronique, de personnel dans ces établissements.

Avec la pandémie, cette pénurie de personnel, un problème «balayé sous le tapis» par Québec, n'a fait qu'aggraver les choses.

Toute une série d'autres facteurs (l'absentéisme du personnel, le manque d'équipements de protection, la vétusté des lieux, l'absence de connaissance des bonnes pratiques pour lutter contre les infections) ont contribué à aggraver la crise dans les CHSLD, ces «grands absents» des scénarios de planification. L'absence de gestionnaires sur place, dans les CHSLD, a ajouté un obstacle supplémentaire à l'application des consignes gouvernementales.

Au moment de planifier la réponse à la pandémie, le plan de match du gouvernement Legault était centré uniquement sur les hôpitaux, en vue de libérer 6000 lits, de manière à pouvoir accueillir des patients atteints de la COVID-19. 

Selon l'enquête de la protectrice, 1700 personnes âgées qui étaient hospitalisées ont alors été transférées en CHSLD, des établissements qui n'étaient pas du tout équipés, ni préparés, pour gérer cette nouvelle clientèle fragile.

Encore là, les chiffres divergent de ceux évoqués par la ministre McCann, qui a affirmé sous serment la semaine dernière qu’en mars 2020, il y avait eu moins de 1000 personnes transférées. «Ce n’était pas un transfert massif», a-t-elle affirmé à la coroner.

L'impact sur les CHSLD et leurs résidents de la stratégie gouvernementale n'a jamais été évalué, s'insurge Mme Rinfret. «Aucune analyse des risques adaptée au modèle d'hébergement québécois et à ses particularités n'a été réalisée. C'est ainsi que les CHSLD n'ont été pris en compte par aucun scénario» gouvernemental, se désole-t-elle.

Pour éviter qu'un tel scénario se reproduise, la protectrice revendique notamment l'adoption d'une politique visant à évaluer la gestion de risques reliés aux CHSLD, ainsi qu'un plan détaillé de mesures de prévention et de contrôle des infections dans ces lieux d'hébergement.  Elle dit souhaiter que ses recommandations soient mises en vigueur «le plus tôt possible».

«La crise aiguë qui a frappé les CHSLD lors de la première vague de la pandémie a démontré, à travers un accablant portrait de situation, l'urgence d'humaniser à la fois les soins aux résidents et résidentes et les conditions de travail du personnel», peut-on lire dans le rapport intitulé «La COVID-19 dans les CHSLD durant la première vague de la pandémie. Cibler les causes de la crise, agir, se souvenir».

Mme Rinfret estime que le personnel des centres d'hébergement a vécu «de façon injuste et disproportionnée» les conséquences de «l'inaction des pouvoirs publics face aux lacunes dans les CHSLD».

À partir de là, la gravité de cette crise impose à la société québécoise un devoir de mémoire, conclut-elle, en proposant d'instaurer sur une base annuelle «des actes de commémoration» des morts de la COVID-19 en CHSLD. 

Jocelyne Richer, La Presse Canadienne

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