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Où avez-vous pêché cet été ?

logo de Le Quotidien Le Quotidien 2020-10-24 Page UQAC - Le Quotidien
Pascal Sirois © COURTOISIE Pascal Sirois

PAGE UQAC / Ce n’est pas qu’une impression : les adeptes de la pêche sportive ont envahi les lacs et les rivières du Québec en 2020. Au lac Saint-Jean, la Corporation de LACtivité Pêche (CLAP) enregistre une augmentation de revenus de 16 % sur la vente des autorisations de pêcher par rapport à la moyenne des cinq années précédentes. Avec leurs frontières fermées, les Québécoises et les Québécois en ont profité pour aller – ou retourner – à la pêche.

Ce texte a été rédigé par Pascal Sirois, professeur au Département des sciences fondamentales et titulaire de la Chaire de recherche sur les espèces aquatiques exploitées à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

Doit-on se préoccuper de cette manne de pêcheurs qui augmente la pression sur les populations de poissons ? Tout dépend de la façon dont on gère l’exploitation des stocks. À ce chapitre, le lac Saint-Jean est un exemple au Québec et dans le monde, car on y applique les trois principes fondamentaux en matière de gestion des ressources fauniques.

Premièrement, on réalise des suivis sur les populations comme la ouananiche, le doré jaune, l’éperlan arc-en-ciel et, depuis peu, les petits poissons littoraux (menés). Cela permet de connaître l’état des stocks et de réagir avant qu’il ne soit trop tard. Le décompte des ouananiches à la 5e Chute de la rivière Mistassini est réalisé depuis plus de 45 ans et le chalutage annuel de l’éperlan existe depuis 25 ans. Ces longues séries de données ont une valeur inestimable et procurent beaucoup de perspective quand vient le temps de prendre des décisions de gestion de la ressource.


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Deuxièmement, on surveille les stocks. À quoi bon mettre en place des mesures comme la période de pêche ou la limite de prises quotidiennes si elles ne sont pas respectées ? Les assistants à la protection de la faune sillonnent les eaux du lac Saint-Jean et de ses tributaires pour surveiller la ressource, mais aussi pour sensibiliser et éduquer les pêcheurs aux règles et aux bonnes pratiques de la pêche sportive.

Enfin, on investit en recherche et développement. C’est grâce à la recherche qu’on a pu comprendre le rôle clé de l’éperlan arc-en-ciel dans l’écosystème, ce qui a conduit à la construction de 25 îlots rocheux pour la fraye de cette espèce. C’est aussi grâce à la recherche qu’on a pu découvrir récemment que la rivière Ashuapmushan représente aujourd’hui la plus importante frayère naturelle de grandes ouananiches au monde, un joyau de biodiversité. Les découvertes scientifiques ont permis de mettre en place des mesures de gestion audacieuses, en écartant des méthodes couramment utilisées dans le reste de l’Amérique du Nord, comme les ensemencements, mal adaptées au contexte local.

La gestion innovante de la pêche sportive au lac Saint-Jean s’ajuste annuellement, une pratique enviée ailleurs au Québec. Elle est le résultat de la concertation et de l’implication soutenue de plusieurs acteurs clés du milieu, dont la CLAP, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), l’UQAC, la Première Nation des Pekuakamiulnuatsh et plusieurs autres. On peut également être optimiste vis-à-vis la création du Conseil de gestion durable du lac Saint-Jean, qui vise à concilier les divers usages sur le plan d’eau, comme la pêche sportive, la villégiature ou l’industrie.

Il reste encore beaucoup à connaître sur l’écosystème et les poissons du lac Saint-Jean. Pourquoi le doré jaune est-il abondant, mais pas aussi grand qu’ailleurs ? Quelles sont les principales pressions sur l’écosystème ? Quel est l’effet des changements climatiques sur la ressource ? C’est par de nouvelles connaissances scientifiques qu’on pourra développer la pêche sportive tout en garantissant la conservation de la ressource.

Au lac Saint-Jean comme partout au Québec, la pêche sportive génère des retombées économiques importantes, qui dépassent largement les coûts de sa gestion. Il faut éviter de voir l’augmentation des activités de pêche de l’été 2020 uniquement comme une augmentation des revenus. Après la crise sanitaire actuelle, il y aura une crise financière qui limitera grandement les dépenses de nos gouvernements. On doit donc saisir l’opportunité actuelle pour réinvestir dans les suivis de populations, la surveillance et la recherche scientifique. C’est de cette façon qu’on évitera la surexploitation et l’effondrement des stocks de poissons. Ainsi, nous pourrons pêcher pendant de nombreuses années et nous léguerons aux prochaines générations des lacs et des rivières remplis de poissons !

Poursuivez la discussion en clavardage le lundi 26 octobre, dès 19 h, sur Zoom: https://uqac.zoom.us/my/quotidien

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