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Comment transformer poissons et crevettes en espion?

logo de Radio-Canada.ca Radio-Canada.ca 2019-06-09 CBC/Radio-Canada
© RibeirodosSantos

Pourrions-nous un jour devoir nous méfier de la surveillance que pourraient exercer les poissons, crevettes et plancton qui peuplent les fonds marins? Cette question qui peut sembler un peu ridicule pour le commun des mortels. Néanmoins, certains scientifiques se la posent et des recherches sérieuses ont même été entreprises par des organisations de renom pour vérifier cette possibilité, comme la Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA), l’agence du département de la Défense des États-Unis chargée de la recherche et du développement des nouvelles technologies destinées à un usage militaire.

Le dernier projet de la DARPA est en effet d’améliorer le renseignement militaire en utilisant une gamme de créatures aquatiques, des gros poissons aux organismes unicellulaires, comme systèmes d'alerte sous-marins.

« Nous essayons de comprendre ce que ces organismes peuvent nous dire sur la présence et les mouvements de toutes sortes de véhicules sous-marins dans l'océan », indique la Dre Lori Adornato, responsable du programme.

La Dre Adornato explique que les créatures vivantes réagissent de diverses manières à la présence de véhicules. L'une des plus connues, et objet de l'un des axes de recherche de la DARPA, est le phénomène de bioluminescence, qui induit certains organismes marins à se mettre à briller lorsqu'ils sont dérangés.

« Si vous avez un organisme comme la noctiluca (algue unicellulaire) présent à la surface de l'océan et un véhicule sous-marin proche de la surface, vous pourrez le voir d’un avion grâce à la piste bioluminescente », explique la spécialiste.

Son équipe espère cependant avoir une compréhension beaucoup plus détaillée des mouvements des sous-marins et des drones aquatiques.

« Nous voulons comprendre s'il est possible de distinguer la réaction des organismes aux perturbations naturelles par rapport aux perturbations causées par les humains, ou peut-être même à certains types d'objets spécifiques », note Vern Boyle, vice-président des programmes avancés et des capacités émergentes chez Northrop Grumman, qui participe au projet.

© Fournis par Canadian Broadcasting Corporation

Une variété d'espèces étudiées

Les scientifiques se penchent sur un large éventail de créatures et de comportements. Le mérou Goliath, par exemple, qui peut atteindre 2,5 mètres de long, est connu pour faire un bruit strident lorsqu'il est approché par des plongeurs. Il démontre aussi beaucoup de curiosité lorsqu'un nouvel objet entre dans son habitat.

En fait, de nombreuses espèces de poissons font constamment du bruit pour communiquer entre elles ou en réponse à des menaces extérieures.

Un des projets implique la surveillance de l'environnement sonore sous-marin.

« Nous en sommes encore aux premières étapes du projet. Nous revenons d'un voyage aux îles Vierges américaines où nous avons pris des mesures du paysage sonore en présence d'un véhicule et en l'absence d'un véhicule. Nous commençons seulement à analyser ces données maintenant », indique Alison Laferrière de Raytheon BBN Technologies, également partenaire du projet.

Mme Laferrière envisage également d’explorer les possibilités qu’offre un certain type de crevettes qui claque continuellement ses griffes ensemble, créant ainsi un signal sonore constant qui rebondit sur les objets environnants.

L’idée ici est de mesurer, comme avec les systèmes de sonar conventionnels, le temps nécessaire et la force du retour de ce signal sonore, ce qui pourrait révéler la taille, la forme et la distance des objets sous-marins passant près du crustacé.

« Le concept ne repose pas sur le fait que la crevette modifie son comportement de quelque façon que ce soit lorsque le véhicule s'approche, il utilise simplement le son qu'il crée », souligne la chercheuse.

Ces crevettes pourraient donc fournir un système de surveillance indétectable et très efficace. « C'est un système passif. Il sera de faible puissance et capable de détecter même les véhicules les plus silencieux », ajoute-t-elle.

Une armée d’espions à peu de frais

Quant au bar, il a été observé en train de plonger au fond de la mer lorsqu'il entend un bruit fort. Les chercheurs se demandent s’il pourrait-il réagir toujours systématiquement de la même façon lorsqu'il rencontre un véhicule.

La Dre Helen Bailey, professeure agrégée de recherche au Center for Environmental Science de l'Université du Maryland, envisage avec grand optimisme le succès de cette recherche.

« Nous pouvons implanter des capteurs miniatures sur les poissons pour détecter le mouvement et la profondeur. La technologie existe déjà pour que ce soit un système en temps réel », dit-elle.

Selon l'experte, il n'y a aucune raison pour qu'une armée de poissons ne puisse pas fournir un système d'alerte à peu de frais contre les sous-marins ennemis.

« Il faut comparer avec le système actuel et le montant d'argent qu'ils [les gouvernements] dépensent pour les avions, les navires, l'équipement hydrophone [microphone utilisé sous l'eau] et l'équipement de surveillance. Tout cela leur permet d'obtenir de très petits instantanés, alors que le système dont nous parlons durerait des mois », estime-t-elle.

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