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The Death and Life of John F. Donovan : le faux pas de Xavier Dolan

logo de Radio-Canada.ca Radio-Canada.ca 2018-09-11 Claudia Hébert
The Death and Life of John F. Donovan : le faux pas de Xavier Dolan © Nathan Denette The Death and Life of John F. Donovan : le faux pas de Xavier Dolan

Très attendu, The Death and Life of John F. Donovan, premier long métrage en anglais de Xavier Dolan, a été présenté lundi en première mondiale au Festival international du film de Toronto (TIFF). Le projet ambitieux du Québécois, avec un budget de plus de 35 millions de dollars, compte une impressionnante distribution de vedettes. Pourtant, le résultat n'est pas à la hauteur des espoirs suscités.

Un texte de Claudia Hébert

L’histoire se déroule en deux époques. C’est celle d’une correspondance entre un jeune garçon et une vedette de la télévision John F. Donovan – une amitié épistolaire que le petit devenu grand raconte à une journaliste des années après la mort de l’acteur. Cette histoire s’inspire de l’enfance de Dolan, qui, à 8 ans, avait lui-même envoyé une lettre à Leonardo DiCaprio… sans réponse de la part de la star.

On l’espérait dans les festivals l’an dernier, mais le film n’était pas prêt, jugé trop long. Cet hiver, Dolan a planché en salle de montage, parvenant à retrancher deux heures de son film, faisant ainsi tomber le personnage joué par Jessica Chastain. En se débarrassant de l’antagoniste principale, le film s’est resserré autour de l’enfance, et des questions d’identité.

L’absence de sélection prestigieuse cette année encore nous avait mis la puce à l’oreille. Ni Cannes, ni Venise, ni Telluride n’ont présenté la première mondiale de The Death and Life of John F. Donovan , laissant les honneurs au TIFF, un évènement d’importance, mais où la sélection est moins prestigieuse pour lancer un film d’envergure.

Pas de magie

Dès les premières minutes, on sent la dissonance : la magie n’est pas au rendez-vous. Les dialogues, si efficaces chez Dolan, sont ici lourds et empruntés, trop explicatifs. Cela manque de finesse et les personnages sont loin de crever l’écran comme ceux qu’ont incarnés chez Dolan les Anne Dorval, Suzanne Clément, Pierre-Yves Cardinal et Marion Cotillard.

Une exception : Kit Harington brille et nous offre les meilleurs moments du film. Il est le personnage le plus incarné, le plus vrai, dans le rôle d’un homme qui ne se permet pas de vivre sa vie privée comme il le désire, de peur de nuire à sa carrière. Qui est John F. Donovan quand il n’est pas devant les caméras? Peut-il se permettre d’aimer qui il veut, ou est-ce qu’une nuit avec la mauvaise personne pourrait ruiner sa réputation et son profil de jeune premier?

Malheureusement, nous manquons de temps avec le personnage et ne parvenons jamais à complètement entrer dans son intimité. Nous aurions voulu tout un film avec lui, nous aurions aimé passer plus de temps avec l’acteur et ses démons, et laisser de côté toute cette histoire de correspondance qui reste fort improbable.

Le jeune Rupert, joué par le Canadien Jacob Tremblay, ne rencontrera jamais son idole et le public ne connaîtra jamais le contenu des lettres qu’il a échangées avec lui – sauf pour la dernière. Rupert, une fois adulte, est en mesure de témoigner sur des pans secrets et très privés de la vie de Donovan. Pourtant, l'idée qu'un enfant ait pu recevoir des confidences aussi intimes en étonnera plus d'un.

La journaliste jouée par Thandie Newton, tout d’abord réfractaire à l’idée de s'intéresser à un acteur mort plus d’une décennie plus tôt, tombe peu à peu sous le charme de l’histoire entre John et Rupert. Malheureusement, c’est là un chemin que le spectateur n’emprunte pas avec elle.

Des relations mère-fils faibles

La relation entre Rupert et sa mère, jouée par Natalie Portman, est jolie, mais sans qu’on s’y attache. Le duo mère-fils formé par John F. et sa mère (Susan Sarandon), lui, recèle un plus grand potentiel, malheureusement inexploité. Sarandon joue ici une déclinaison de la mère de J’ai tué ma mère (Anne Dorval) et celle de Juste la fin du monde (Nathalie Baye) – mais elle manque de temps pour faire monter l’émotion.

De façon générale, les personnages sont nombreux et on sent souvent qu’il nous manque énormément d’informations pour parvenir à saisir et à s'intéresser aux relations entre eux. Kathy Bates dans le rôle de l’agente de Donovan passe en coup de vent avant de nous donner une grande scène où elle coupe ses liens avec son client – un abandon qui nous laisse indifférents puisque la relation entre eux n’a jamais été établie.

Sarah Gadon et Emily Hampshire visitent brièvement le film sans y faire leur marque. Même Michael Gambon, l’interprète de Dumbledore dans la série Harry Potter (lequel personnage Dolan a fait tatouer sur son avant-bras), se présente le temps d’une scène qui se veut légèrement onirique, pour le cliché du vieil homme qui vient déposer sa sagesse dans les bras de celui qui cherche son chemin.

Les coupes pour parvenir à un film de deux heures se font sentir. Difficile de justifier ce moment où Donovan éclate, alors que nous n’avons pas assisté à la montée de la pression sur lui. Le personnage est aussi affligé d’un problème auditif un peu mystérieux non exploité.

C’est le film le plus traditionnel de Dolan, incluant des plans aériens de la ville de New York vus mille fois auparavant au cinéma. Les images, une fois de plus signées André Turpin, sont sublimes, mais on ne retrouve pas le souffle des films précédents. Les petits moments de magie, trop alourdis, ne parviennent pas à s’élever au-dessus de la mêlée.

Rendez-vous manqué

Au bout du compte, on se désole de n’avoir pas vu le film de quatre heures préalablement monté : peut-être aurions-nous pu nous intéresser à ces destins qui nous sont ici racontés. Dans les moments plus maladroits et mélodramatiques, on se désole de ne pouvoir s’appuyer sur des moments plus ludiques avec une Jessica Chastain flamboyante. Surtout, on a l’impression d’un rendez-vous manqué, d’un film qui, en voulant trop en faire, a raté toutes ses cibles.

Malgré ce coûteux faux pas – le premier de Dolan en sept longs métrages magnifiques –, nous attendrons avec la même curiosité et la même impatience la sortie de son Matthias et Maxime , présentement en tournage. En espérant que ce retour au cinéma québécois permettra au réalisateur de renouer avec ce style qui nous séduit depuis maintenant près d’une décennie.

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(Vidéo de Hollywoodpq.com)

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