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Une reconstitution de la bataille des plaines d’Abraham reste improbable

logo de Le Soleil Le Soleil 2019-05-18 Ian Bussières - Le Soleil
© Le Soleil, Caroline Grégoire

Même s’ils rêvent encore de recréer l’une des batailles les plus célèbres de l’histoire du Québec, les reconstitutionnistes historiques des Compagnons de la Nouvelle-France et du Corps historique du Québec croient peu probable que le feu vert soit un jour donné à une reconstitution sur les plaines d’Abraham de l’affrontement épique entre les troupes de Wolfe et Montcalm, 10 ans après l’annulation de celle qui devait souligner le 250e anniversaire de la bataille des plaines d’Abraham.

La Commission des champs de bataille nationaux (CCBN), qui avait à l’époque lancé le projet de reconstitution, avait finalement tout annulé devant la tension suscitée par le projet, notamment des menaces lancées envers le gouvernement fédéral et la Commission. C’est plutôt le «Moulin à paroles», un événement étalé sur deux jours où des textes littéraires du Québec étaient déclamés par plusieurs personnalités sur les plaines d’Abraham, qui a souligné le 250e anniversaire de la célèbre bataille.

«Plus personne ne reparle de reconstitution de la bataille des plaines d’Abraham... c’est mort...» laisse d’ailleurs tomber Dany Hamel, directeur du Musée du Royal 22e Régiment, rencontré samedi à la reconstitution historique des campements militaires du 18e siècle qui a lieu chaque année à la Citadelle de Québec.

Reconstitutionnistes attristés

Présent lui aussi à la Citadelle, Pierre Lalonde, directeur des Compagnons de la Nouvelle-France, a encore sur le coeur l’annulation de 2009. «Nous aurions été là-dedans si ça avait eu lieu. On avait même contacté des gens de la France qui, comme nous, représentent le Régiment de Béarn, pour qu’ils viennent ici y participer avec nous. C’est triste un peu de voir ce qui peut se produire quand la politique se mêle de quelque chose.»

«Bien sûr que nous aimerions que ça renaisse un jour! Je continue de penser que c’était une bonne idée. On ne montrait pas que la défaite de la France : le samedi on devait refaire la bataille des plaines d’Abraham et le dimanche, la victoire des Français à la bataille de Sainte-Foy.»

«Qui sait, peut-être qu’avec le temps... Aux États-Unis, on participe souvent à des événements de reconstitution et ils n’ont pas de problème à refaire certaines batailles de la Guerre de Sécession, qui a pourtant divisé sérieusement le pays pendant quatre ans», ajoute M. Lalonde.

Patrick Hébert, du Corps historique du Québec qui représentait les soldats britanniques de la 6e compagnie des Rogers Rangers à la Citadelle, avouait pour sa part avoir beaucoup discuté de l’acte manqué de 2009 avec ses collègues durant la journée de samedi. «Ça fait 10 ans cette année et on y pense encore. Je faisais partie du C.A. de l’événement... Beaucoup de gens souhaitaient participer à cette reconstitution et ça aurait pu être une belle occasion de parler de la bataille des plaines d’Abraham, d’expliquer que ce n’est pas là que tout s’est joué, mais plutôt quand la France a abandonné la colonie avec le Traité de Paris de 1763.»

M. Hébert doute cependant que quiconque veuille se risquer dans une aventure semblable à court terme. «Ce moment [la bataille] est tellement stigmatisé. De plus, je me demande si des gens auront le goût de mettre beaucoup d’énergie là-dedans comme on l’avait fait pour finalement voir tout être annulé pour des considérations politiques. Pourtant, notre but n’avait jamais été de créer de l’animosité avec ce projet de reconstitution», termine-t-il.

Pierre Lalonde, directeur des Compagnons de la Nouvelle-France, est un passionné d'histoire. © Le Soleil, Caroline Grégoire Pierre Lalonde, directeur des Compagnons de la Nouvelle-France, est un passionné d'histoire.

***

LA SAISON DES RECONSTITUTIONS EST LANCÉE

Pour plusieurs troupes de reconstitution historique, «L’École du Soldat en Nouvelle-France», qui a lieu samedi et dimanche à la Citadelle de Québec, constitue en quelque sorte le lancement de la «saison» des reconstitutions qui se poursuit jusqu’au début de l’automne. 

«C’est la septième fois qu’on le fait ici et on a cette année 115 participants de huit groupes du Québec, de l’Ontario, du Vermont, de New York et du Massachusetts», explique Dany Hamel, directeur du Musée du Royal 22e Régiment. Ces reconstitutionnistes offrent un aperçu de la vie d’un campement de soldats des années 1750 en Nouvelle-France avec exercices militaires, tirs au fusil, escarmouches et animations.

Joseph-Charles Bonin

Cette année, on a même ajouté le personnage de Joseph-Charles Bonin dit Jolicoeur, interprété par le guide touristique Jean-Philippe Martel. Arrivé à Québec le 5 novembre 1751, celui qui faisait partie des canonniers-bombardiers est l’un des seuls soldats français à avoir écrit sur sa vie ici.

«Nous avons développé le personnage cet hiver. Joseph-Charles Bonin était posté au-dessus de la porte Saint-Jean et faisait partie des troupes de choc de la France. Le personnage fera partie des visites nocturnes de la Citadelle, entre autres», indique M. Martel, qui se plongera à fond dans le livre Voyage au Canada écrit par Bonin pour entrer dans la peau de son personnage.

Pierre Lalonde, directeur des Compagnons de la Nouvelle-France, est aussi sur place avec une trentaine de ses membres, tous des passionnés d’histoire qui poussent parfois le perfectionnisme jusqu’à tenter de trouver les tissus exacts pour reconstituer les uniformes de l’époque. «Internet nous aide beaucoup! Il y a même de nos membres qui sont allés jusqu’à se rendre au Musée des Invalides pour prendre des photos des uniformes et les étudier pour ensuite bien les reproduire», poursuit-il.

Le retraité avoue consacrer une journée par semaine à son passe-temps, qui lui accapare de sept à huit fins de semaines par été. «Nous participons à de grosses reconstitutions, surtout aux États-Unis», explique-t-il au sujet de sa troupe, dont la majorité des membres ont dans la trentaine et la quarantaine et dont le doyen a 75 ans.

Fêtes de la Nouvelle-France

M. Lalonde trouve d’ailleurs dommage que les Fêtes de la Nouvelle-France aient un peu mis de côté l’aspect militaire de leurs festivités ces dernières années. «Historiquement, ils ne l’ont pas "pantoute"! Il n’y a presque plus rien de militaire dans la programmation, il y a juste du monde qui parade avec des beaux costumes, alors que Québec était pourtant une ville militaire à l’époque», poursuit celui dont la troupe avait pourtant pris à plusieurs éditions du festival à saveur historique.

«L’an passé, on n’a pas été invités et on ne nous ont pas dit pourquoi. Ils n’ont invité que la Garde du Lys parmi les reconstitutionnistes militaires. Ils ne font plus de campement. Ils ne représentent plus ce qu’était Québec», déplore-t-il.

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