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Buvons-nous trop, nous, les femmes?

logo de Châtelaine Châtelaine 2019-03-05 Andréanne Moreau
Photo: Stocksy/Viktor Solomin © Utilisé avec la permission de © Rogers Media Inc. 2018. Photo: Stocksy/Viktor Solomin

Prendre un verre, parfois même un de trop, est devenu banal. «Deux consommations pour les femmes, trois pour les hommes, et on ne boit pas tous les jours » On connaît la chanson, mais sait-on vraiment combien d’alcool on avale en une semaine?

«Vindredi », 5 à 7, sortie de filles, rien de mal à prendre un verre… Un peu comme si la liberté avait un petit goût de Cosmopolitan, depuis la série Sex and the City. Et les fabricants l’ont compris. L’arrivée chez les détaillants de boissons aromatisées aux fruits ou de vins au nom coquet – Cupcake, Ladybug – le prouve. Le marketing vise les femmes, c’est évident, selon Catherine Paradis, analyste principale au Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances, organisme qui étudie la consommation d’alcool et de drogues des Canadiens. « Je n’ai rien contre le fait que les produits soient adaptés de cette façon. Ce qui me vexe, c’est quand des publicités utilisent le prétexte de l’égalité des sexes pour nous inciter à boire comme des hommes. Là, c’est pervers et non éthique. »

Résultat : nous buvons trop, et de plus en plus. La proportion de Québécoises d’au moins 18 ans qui ont déclaré avoir consommé plus de cinq verres en une seule occasion au cours d’une année est passée de 7,7 % en 2000-2001 à 11 % en 2009-2010.

Catherine Vincent, médecin spécialiste des maladies du foie, constate les ravages de ce changement. « Quand j’ai commencé ma pratique il y a 15 ans, les femmes hospitalisées pour des problèmes liés à l’alcool étaient rarissimes. Maintenant, c’est courant », dit-elle.

Qu’est-ce qui nous pousse à boire plus qu’avant ? Des chercheurs ont d’abord avancé que c’étaient notre entrée sur le marché du travail et la multiplication de nos rôles qui avaient engendré notre goût accru pour l’alcool. Bien sûr, l’appel du gin tonique se fait peut-être entendre un peu plus fort lorsqu’on a passé sa journée à gérer des dossiers stressants, puis sa soirée à jongler avec la marmaille…

À lire aussi: L’alcool est pire pour les femmes que pour les hommes

Les données les plus récentes tendent toutefois à prouver que la conciliation travail-famille n’est pas en cause. « Une mère de deux jeunes enfants ne va pas se saouler dans son salon un mercredi soir, explique Catherine Paradis. Par contre, dans un bar, avec ses amies et un DJ qui hurle que les shooters sont à 2 $, il est possible qu’elle dépasse la limite. » Trop boire serait donc une question de contexte. Et ce n’est pas sans impacts sur notre santé.

Les décès attribuables à l’alcool ont augmenté de 26 % chez les femmes depuis 2001 au pays. Et le nombre d’hospitalisations qui y sont liées a atteint 25 000 en 2017, soit 3 % de plus que l’année précédente. 

Pourtant, lorsqu’on parle d’excès, les Qué-bécois ne s’inquiètent que de deux choses : l’alcoolisme et la conduite avec facultés affaiblies, estime Hubert Sacy, directeur général d’Éduc’-alcool, organisme qui prône la modération. Il existe pourtant bien d’autres risques, dont l’augmentation des probabilités de cancer de la cavité buccale, de l’œsophage, du côlon, du rectum, du foie et du sein…

Pour les femmes, les écueils sont plus nombreux. Cardiopathie, AVC, hépatite… Elles sont plus susceptibles de développer ces maladies que les hommes si elles ne respectent pas la limite de deux verres quotidiens, et pas tous les jours. De quoi y songer avant de se servir un troisième verre ! 

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