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Christopher Spring, du traumatisme à l'extase à Altenberg

logo de Radio-Canada.ca Radio-Canada.ca 2021-01-10 Olivier Tremblay
Christopher Spring a mené son duo au pied du podium à ses derniers mondiaux, à Whistler, en 2019. © DARRYL DYCK/La Presse canadienne Christopher Spring a mené son duo au pied du podium à ses derniers mondiaux, à Whistler, en 2019.

Ce n’est pas tous les jours qu’un athlète remporte une de ses plus belles victoires sur les lieux d’un de ses plus grands traumatismes.

Le 5 janvier 2012, pendant une descente d’entraînement à Altenberg, en Allemagne, le Canadien Christopher Spring a perdu la maîtrise de son bobsleigh, qui a violemment frappé le toit de la piste.

Du quatuor accidenté, seul Tim Randall s’en est tiré indemne. Graeme Rinholm s’est cassé le péroné. Bill Thomas a souffert de contusions aux poumons. Spring, pour sa part, a subi une fracture du nez, et on a dû l’opérer pour retirer un morceau de bois du bas de son dos. Il avait perdu beaucoup de sang.

Y repenser est presque insultant pour Spring. Le virage où s’est produit l’accident n’est «vraiment pas compliqué», laisse-t-il tomber au bout du fil, avec un rire qui trahit sa frustration. La bonne trajectoire, sur cette piste-là, a toujours été pour lui difficile à saisir.

Spring est retourné à Altenberg en 2015, et deux autres fois depuis. Il n’y a jamais été tout à fait à l’aise. Pour ne rien arranger, des douleurs au dos et aux genoux ont continué de l’embêter par la suite, si bien qu’il a dû décider, au début de la saison 2019-2020, de prendre une année sabbatique.

Jeudi dernier, soit neuf ans presque jour pour jour après l’accident, Spring est revenu à la compétition pour la première de trois épreuves en trois jours.

À Altenberg.

Mais Spring a réussi l’improbable : trois podiums. Une 3e place en bob à deux. Puis le 2e rang le lendemain, toujours à deux. Et enfin, samedi, rien de moins que la victoire dans la première manche de bob à quatre de la saison de la Coupe d’Europe.


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«Il y a une maxime que j’aime bien : une personne se révèle dans l’adversité. Je crois sincèrement que, dans l’adversité, tu peux découvrir un peu plus qui tu es, soutient Spring. Je savais que ce serait difficile de revenir ici. Chaque fois, c’est difficile. Mais c’est aussi une occasion d’en découvrir un peu plus sur moi-même.»

La pause d’un an n’a pas répondu à toutes les attentes du bobeur de 36 ans. Il souhaitait revenir à la compétition au sommet de sa forme, capable de battre tous ses records personnels. Mais de nouvelles blessures ont ralenti sa réadaptation en 2020.

D’un point de vue psychologique, par contre, c’est assurément mission accomplie. Spring est arrivé à Altenberg dans le meilleur état d’esprit possible, lui qui a profité de son année de congé et de la pandémie pour explorer d’autres intérêts.

Spring a notamment obtenu sa licence de pilote d’avion, une démarche un peu ironique quand on songe aux blessures subies lorsque son bob s’est envolé.

«Ça m’a aidé à trouver une nouvelle énergie, à donner un nouveau souffle à un certain aspect de ma vie, assure toutefois Spring. Pendant longtemps, le bobsleigh, c’était toute ma vie. Maintenant, j’ai quelque chose d’autre qui m’attend. Connaître la suite de ma vie, ça m’a donné la liberté nécessaire pour connaître davantage de succès en bobsleigh.»

Ces premières courses à Altenberg en Coupe d’Europe amorçaient un processus qui devrait garder Spring sur le circuit de la Coupe du monde la saison prochaine. C’est qu'il n’est pas revenu à la compétition en touriste.

Malgré les apparences, Christopher Spring (à gauche) n'était pas le plus heureux des hommes après la compétition de bobsleigh à quatre, en 2018, aux JO de Pyeongchang. © AFP/MARK RALSTON/Getty Images Malgré les apparences, Christopher Spring (à gauche) n'était pas le plus heureux des hommes après la compétition de bobsleigh à quatre, en 2018, aux JO de Pyeongchang.

Après les descentes à Pyeongchang qui l’avaient laissé dans une telle colère que ses propos avaient dû être censurés à la télévision, le Canadien vise toujours les Jeux olympiques de Pékin, en 2022, et l’admissibilité aux Coupes du monde facilite grandement la qualification.

«On le voit depuis quelques années, il y a de plus en plus de bons concurrents dans notre sport, et c’est génial, souligne Spring. Malheureusement, je ne rajeunis pas. Je fais mon possible pour rester en bonne santé, et, quand c’est le cas, nous pouvons gagner des médailles. C’est ça, le plan : revenir à la compétition et faire en sorte que nous puissions viser les médailles, pas seulement cette saison, mais aussi aux Jeux olympiques.»

D’ici là, Spring a le vent dans les voiles et attend avec impatience les prochains mondiaux, qui auront lieu sur une piste qu’il connaît de plus en plus.

Ça se passe à partir du 6 février prochain.

À Altenberg.

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