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«J'ai l'impression de voler le job de nos soignants»

logo de 20 minutes 20 minutes 16.04.2020

Des professionnels de la santé au repos forcé voient l'armée et la Protection civile occuper leurs tâches. Le syndicat alerte.

Lucas*, militaire en renfort, déplore une «incohérence qui coûte cher» entre le chômage partiel de professionnels de la santé et les frais engagés dans le déploiement de l'armée. © Keystone/Photo d'illustration Lucas*, militaire en renfort, déplore une «incohérence qui coûte cher» entre le chômage partiel de professionnels de la santé et les frais engagés dans le déploiement de l'armée.

Alors que certains centres hospitaliers de Suisse ont dû introduire le chômage partiel pour les soignants, faute de ne pas avoir suffisamment de travail, certains des 3800 militaires envoyés en renfort dans les hôpitaux en cette période de pandémie, tout comme des membres de la Protection civile, estiment «prendre le travail des professionnels de la santé». Ils le ressentent d'autant plus que, n'ayant pas forcément suivi une formation médicale, ils risquent de faire des erreurs.

Gare aux boulettes

Dans le canton de Fribourg, les membres de la Protection civile se chargent d'effectuer le premier tri des patients qui arrivent aux urgences. La toux ou la fièvre sont deux des principaux critères permettant de séparer les cas suspects des autres. «On m'a conduit dans la filière Covid-19 parce que je toussais, alors que je venais simplement pour recevoir un traitement pour une maladie grave. J'aurais ainsi pu être contaminé, tout en étant par mon état une personne à risque», regrette un patient. Le personnel hospitalier s'est néanmoins rapidement rendu compte de la situation et l'homme a été redirigé séance tenante dans la filière idoine.

«Les militaires sont-ils indispensables?»

Lucas* fait partie des soldats sanitaires engagés en Suisse romande, afin de prêter main forte au personnel soignant. Mais depuis trois semaines, le jeune homme se sent «inutile» dans les tâches qu'il exerce à l'hôpital de Delémont: «Il y a comme un malaise, car on n'est pas indispensables, alors que plusieurs infirmiers ou aides-soignants, originellement prévus sur le planning, ont été renvoyés à la maison. Sans compter les heures négatives qui s'accumulent et que certains devront rattraper à la fin de la crise...» explique Lucas, qui fournit les soins de base aux patients de l'hôpital, comme 30 autres militaires.

Le soldat déplore une «incohérence» entre le chômage partiel de professionnels de la santé et les frais engagés dans le déploiement de la main-d'oeuvre militaire. Le brigadier Raynald Droz, chef de l'état-major des Opérations dans le cadre du service d'appui sanitaire, a par ailleurs déclaré mardi soir à «Forum», sur la RTS, que deux tiers des soldats mobilisés, soit 2500, n'ont finalement pas été affectés à une mission. Dès mardi, certains militaires ont pu partir en congé.

Du chômage aux HUG

Tant du côté romand qu'alémanique, des demandes de chômage partiel pour les professionnels de la santé ont déjà été déposées. «J'ai une amie physiothérapeute qui bosse dans un hôpital romand et qui s'est retrouvée dans ce cas. Mais elle pourrait faire mon travail, puisqu'elle a eu la même formation de base que les soignants», constate le militaire. Une position partagée par le syndicat des services publics genevois (SSP).

Aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), pour soulager le personnel, 80 militaires ont été affectés aux soins de base, au triage ou au transport des patients. Et ces dernières semaines, le syndicat SSP a reçu plusieurs plaintes de soignants ayant été renvoyés à la maison. «Ces derniers ont plusieurs fois demandé à venir en renfort dans les services très chargés comme les soins intensifs ou les urgences adultes, mais se sont vu opposer une fin de non-recevoir. Il est incompréhensible que les HUG préfèrent des militaires peu formés à du personnel soignant expérimenté», s'est insurgé mardi le syndicat, dans un communiqué.

Coûts sur coûts

Au final, entre le chômage partiel des soignants et le déploiement extraordinaire des militaires et des membres de la Protection civile, la facture risque d'être salée, notamment pour l'assurance perte de gains. «Les coûts de l'engagement de l'armée ne peuvent pas encore être quantifiés, car ceux-ci dépendront du nombre de militaires convoqués et de la durée de leur engagement», explique Daniel Reist, porte-parole de l'Armée suisse.

*Prénom d'emprunt.

Fournir les soins de base

Les quelques 3800 militaires engagés dans les hôpitaux de Suisse s'occupent notamment des soins de base, du triage ou du transport des patients. A Delémont, Lucas* épaule le travail des assistants en soin et santé communautaire. Il aide les malades à se nourrir ou à se déplacer dans les couloirs de l'établissement. Toujours accompagné par le personnel soignant, il peut également effectuer des prises de sang.

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