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Covid-19 : pourquoi un virologue allemand s'inquiète d'une deuxième vague plus violente ?

logo de Liberation Liberation 30.04.2020 Jacques Pezet
Le virologue allemand Christian Drosten à Berlin le 26 mars. © POOL New Le virologue allemand Christian Drosten à Berlin le 26 mars.

Christian Drosten alerte depuis plusieurs jours sur les dangers d'une deuxième vague de coronavirus plus dure cet hiver. Il considère que l'assouplissement du confinement peut conduire à une répartition du virus sur l'ensemble du territoire, qui ne sera plus seulement touché localement lors de sa réapparition.

Question posée par winter le 28/04/2020

Bonjour,

Votre question fait référence à des propos tenus par Christian Drosten, le directeur du département de virologie de l’hôpital berlinois de la Charité et principale voix sur le sujet de la lutte contre le coronavirus en Allemagne.

Alors que l’Allemagne affiche de bons résultats en matière de lutte contre le coronavirus avec officiellement 5 913 décès du coronavirus pour 156 337 cas détectés, au 28 avril, et que la chancelière Angela Merkel a présenté des mesures d’assouplissements du confinement dès le 15 avril, le virologue allemand a fait part de son inquiétude quant à l’exécution d’un déconfinement trop précipité par les Länder dans plusieurs interviews avec des médias allemands et internationaux. Les médias ont retenu que le virologue berlinois, écouté par le gouvernement allemand, alerte sur une deuxième vague encore plus dangereuse qui pourrait avoir lieu cet hiver.

Les premières craintes de Christian Drosten ont été longuement développées le 16 avril, au lendemain des premières annonces de déconfinement en Allemagne, dans son podcast régulier sur la radio publique allemande NDR. Le directeur de l’institut de virologie de l’hôpital de la Charité considère qu’il faut tirer les enseignements de la grippe espagnole de 1918-1919 et fait le parallèle entre le développement des deux épidémies. Selon lui, la première vague traversée actuellement est caractérisée par le fait qu’elle est apparue de manière locale, avec des épicentres qui ont pu être contenus grâce aux mesures de distanciation sociale. En Allemagne, certaines régions comme la Bavière sont beaucoup plus touchés que les Länder de l’Est du pays. Reprenant la chronologie de la grippe espagnole, le virologue alerte sur la suite : «Ensuite, l’été est arrivé et apparemment, il y a eu un fort effet saisonnier. Et on ne remarquait même plus la maladie. Et sous le couvert de cet effet saisonnier – on peut peut-être imaginer maintenant, sous le couvert des mesures de distanciation sociale actuellement en vigueur –, cette maladie s’est toutefois répandue de manière inaperçue, de manière bien plus homogène sur le plan géographique.»

La deuxième vague de coronavirus qui arrivera à l’hiver, après une période de déconfinement, se caractérise par le fait que le virus réapparaîtra sur l’ensemble du territoire et non plus seulement dans certaines zones, prévoit Christian Drosten : «Le virus va maintenant se propager dans toute l’Allemagne au cours des semaines et des mois à venir et pendant l’été. Il y aura une répartition plus équilibrée, même sous le couvert de ces mesures qui sont en vigueur. Nous serons alors dans une situation différente lorsque l’hiver s’installera. Nous serions probablement déjà dans une situation différente si nous disions maintenant que nous abrogeons toutes ces mesures. Nous n’aurions alors plus ce déséquilibre entre les petits endroits individuels de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, où il a été introduit après le carnaval ou quelque chose comme ça, et d’autres endroits, dans d’autres lieux, où il n’y a pratiquement pas d’infections. Au lieu de cela, nous serions soudainement surpris que le virus se déclenche partout à la fois. Une telle vague d’infection aurait bien sûr une force complètement différente.»

Christian Drosten, qui garde l’œil attentif sur les estimations de l’indice de contagion en Allemagne, a répété ses craintes d’une forte deuxième vague dans un entretien au Guardian dimanche. Le virologue y a développé le concept de «paradoxe de la prévention» qu’il constate dans son pays : «En Allemagne, les gens voient que les hôpitaux ne sont pas débordés, et ils ne comprennent pas pourquoi leurs magasins doivent fermer. Ils ne regardent que ce qui se passe chez eux, et non pas la situation à New York ou en Espagne, par exemple. C’est le paradoxe de la prévention, et pour beaucoup d’Allemands, je suis le méchant qui paralyse l’économie.»

Dans ce même entretien, le virologue allemand a été interrogé sur la possibilité d’éradiquer la maladie en maintenant le confinement plus longtemps (et donc en contenant la maladie localement). Christian Drosten a répondu en signalant qu’«un groupe de modélisateurs en Allemagne suggère qu’en prolongeant le confinement ici pendant quelques semaines, nous pourrions réellement supprimer la circulation du virus dans une mesure considérable – en ramenant l’indice de reproduction en dessous de 0,2. J’ai tendance à les soutenir, mais je n’ai pas encore pris de décision définitive. Le taux de reproduction n’est qu’une moyenne, une indication. Il ne vous renseigne pas sur les poches de forte prévalence telles que les maisons de retraite, où il faudra plus de temps pour éradiquer la maladie, et d’où nous pourrions observer une résurgence rapide même si le confinement était prolongé». Il estime qu’une telle résurgence ne pourrait être contenue qu’à l’aide d’outils de contact tracing non seulement humain, mais nécessairement numérique.

Cordialement

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