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La vie normale? «Peut-être dans six mois»

logo de 20 minutes 20 minutes 02.04.2020

Alors que le déconfinement, mécaniquement, approche, deux scientifiques partagent leur vision de cette étape cruciale.

Le déconfinement d'une population est une opération complexe qui ne se décrète pas d'un claquement de doigts. © Keystone Le déconfinement d'une population est une opération complexe qui ne se décrète pas d'un claquement de doigts.

Quand et comment sortir du confinement? Alors que le pic de l'épidémie se rapproche mécaniquement, différents scénarios sont esquissés, mais les autorités sanitaires préfèrent ne pas s'avancer. Lundi, le médecin cantonal genevois Pierre-André Romand a indiqué que deviner quand surviendrait le fameux pic était impossible. Il espère cependant qu'il sera dépassé «dans les deux prochaines semaines». Avant, tout déconfinement paraît illusoire. Après, «dans la phase descendante, il y aura la crainte d'une résurgence de l'épidémie.» Jacques-André Romand a donc annoncé «un retour en arrière», avec recherche des personnes malades et enquêtes d'entourage serrées. «Le déconfinement sera progressif. On ne pourra pas dire: on est lundi, tout est arrêté, et mardi tout redémarre.»

La mode opératoire demeure inconnu. «Il est trop tôt pour les scénarii. Il y a trop d'inconnues», tempère le médecin cantonal. Yann Hulmann, porte-parole de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP), déclare aussi «qu'il est encore trop tôt pour répondre aux questions sur une sortie du confinement. Les travaux préparatoires ont débuté en collaboration avec des scientifiques». Les HUG confirment ainsi que les professeurs Laurent Kaiser (chef du service des maladies infectieuses) et Didier Pittet (responsable du service prévention et contrôle de l'infection) «font effectivement partie des groupes de travail qui étudient les stratégies de déconfinement. Mais les directives qui en émanent sont communiquées par les autorités cantonales et fédérales.»

En attendant, deux scientifiques, le docteur Christophe Mégevand, président des ORL genevois, et le professeur Antoine Flahault, directeur de l'Institut de santé globale de l'Université de Genève, ont accepté d'exprimer leur vision du déconfinement à venir.

Pour Christophe Mégevand, pas de fiesta avant longtemps

«La vie normale ne reprendra pas avant plusieurs mois», avertit Christophe Mégevand. Si un premier déconfinement devait intervenir dans les prochaines semaines, il ne devrait pas, selon lui, être total. «Faire la fiesta est sur toutes les lèvres, mais ce ne sera pas possible, ce serait dangereux. Si tout le monde se retrouve en boîte ou au bistrot, nous aurons une nouvelle vague.» Le médecin préfère donc évoquer le semi-déconfinement à venir. Le vrai, sans restrictions d'aucune sorte, «on peut éventuellement l'imaginer pour dans six mois».

«La charge virale est primordiale»

Il explique que l'épidémie cessera «lorsque 70% à 80% de la population» aura été immunisée, c'est-à-dire aura été positive au Covid-19. «C'est le principe du vaccin.» D'où l'intérêt des tests de sérologie qui sont en train de se mettre en place. Mais pour arriver à une telle proportion sans catastrophe sanitaire, le confinement, puis le semi-confinement sont essentiels. En effet, «on est en train de réaliser que la charge virale est primordiale» pour expliquer la virulence de la maladie: un individu régulièrement confronté au virus, infecté par une personne, puis réinfecté par une autre, puis ré-exposé encore, et encore, aura bien plus de risques de développer une forme grave de la maladie que quelqu'un qui se sera isolé. «Plus la charge virale est forte, plus il faut du temps pour neutraliser tous les virus! C'est une course contre la montre de notre organisme pour fabriquer des anticorps plus rapidement que le virus ne se multiplie», résume Christophe Mégevand. D'où le danger de la foule et de la vie sociale débridée, alerte-t-il.

«Quand on aura la certitude qu'une partie de la population est déjà immunisée, on pourra l'autoriser à reprendre une activité.» Le spécialiste ORL (nez-gorge-oreilles) ne peut en revanche juger l'approche d'un déconfinement par paliers d'âge, évoquée par le groupe insidecorona.ch (composé d'une centaine de médecins et d'entrepreneurs) et relayée vendredi par la RTS: d'abord les 20-40 ans, ensuite les 40-65 ans, puis les plus âgés. Il estime que le risque de dérapage est présent et le contrôle délicat, mais néanmoins, «si on arrive à immuniser la population de jeunes en bonne santé et que cette immunité devient enveloppante pour les populations les plus fragiles, c'est bien.».

Vaccin improbable avant 2021

Mais ceci est impossible à réaliser si tout le monde se rue au restaurant. L'idée serait plutôt, dans un premier temps, de ne laisser sortir les gens que pour reprendre une activité professionnelle, de manière à provoquer une immunisation progressive douce, sans tomber malade, entourés de personnes déjà immunisées, et ainsi de pouvoir protéger les catégories les plus vulnérables sans surcharger le système de soins. Car l'arrivée d'un vaccin qui réglerait le problème paraît difficilement envisageable à Christophe Mégevand avant l'automne 2021.

Pour Antoine Flahault, l'espoir du printemps

«Lorsque l'on atteindra les 60% à 70% de la population ayant été infectée par ce coronavirus et étant donc désormais immunisée, l'épidémie sera dernière nous et le confinement avec», expose Antoine Flahault. Mais la probabilité que cette proportion-là soit atteinte ce printemps lui paraît faible, ce qui risque d'empêcher un déconfinement sans autre forme de précaution.

L'exemple de l'hémisphère sud

Le professeur souligne néanmoins que la circulation des virus respiratoires est «souvent régie par une très forte composante saisonnière». Il note ainsi que les pays tempérés de l'hémisphère sud, d'un niveau de développement similaire à celui de l'Europe, soit l'Australie, la Nouvelle-Zélande, le Chili ou encore l'Argentine «n'ont pas connu une forte activité épidémique avec le covid-19 ces derniers mois, c'est-à-dire durant leur été». Il espère par conséquent que l'épidémie connaîtra un freinage naturel et saisonnier, qui serait une bonne nouvelle pour l'hémisphère nord. «L'activité épidémique pourrait alors s'arrêter vers la fin avril, même s'il persisterait tout l'été quelques petites bouffées de cas ici et là, comme on l'a connu pour la dernière pandémie de grippe H1N1. Dans un tel scénario, on pourrait alors lever le confinement sans avoir à prendre de grandes précautions.»

Se préparer à la seconde vague

Mais un revers de la médaille existerait alors. Il faudrait s'attendre à une nouvelle vague en automne, qui pourrait bien avoir une taille similaire à l'actuelle, sitôt le frein saisonnier levé. «Si l'on apprend prochainement que seulement 20% ou 30% de la population a été immunisée, un tel risque de résurgence à l'automne sera réel. Il faudra alors que l'on s'y prépare.» Antoine Flahault juge qu'il s'agit d'un scénario suffisamment probable pour qu'on l'explore dès à présent. «Il faudra alors regarder les stratégies qui ont le mieux fonctionné.» Il en décrit trois groupes: les pays qui ont opté pour un confinement strict, tout droit importé de la Chine totalitaire (la majorité des pays aujourd'hui), ceux qui ont suivi une voie similaire mais moins stricte et autoritaire (l'Allemagne, la Suisse, les pays-Bas, la Suède); et enfin ceux qui ont d'emblée choisi une stratégie plus respectueuse de la vie sociale et de l'économie avec au rendez-vous un succès dans la lutte contre la pandémie. Il cite ici Singapour, Taiwan, la Corée du Sud ou Hong Kong. «Là-bas, on teste massivement, puis on trace tous les contacts des personnes identifiées comme positives en utilisant toutes les technologies à disposition (traces informatiques, cartes de crédit, géolocalisation, etc.) et on décide de quarantaines strictes au niveau individuel pour séparer les personnes suspectes d'être infectées des biens portants.»

L'autre scénario qu'Antoine Flahault évoque est celui sans freinage saisonnier, sans pause estivale. «Nous continuerions à devoir affronter une vague unique jusqu'à ce que 60%-70% de la population soit immune. Un tel scénario nous empêcherait d'arrêter le confinement facilement. Mais au bout de la route, nous serions au moins débarrassés du problème, il n'y aurait pas de seconde vague à redouter.»

60%-70%, seuil fatidique

Le médecin cantonal genevois a expliqué qu'il est nécessaire que 60% à 70% de la population ait été immunisée pour qu'elle soit protégée et que l'épidémie soit enrayée. Pour éradiquer le virus, ce pourcentage doit dépasser 95%. C'est impensable tant qu'on ne dispose pas de vaccin. Il a par ailleurs rappelé que d'autres coronavirus dangereux ont été domptés: le SRAS a redisparu et le MERS est confiné autour de la péninsule arabique où sa circulation est régulière.

Une décision très complexe

Karim Boubaker, médecin cantonal vaudois, indique que décider d'un déconfinement est une tâche difficile, qui dépend d'un grand nombre de critères: l'état de la courbe épidémique, de celle des hospitalisations, la situation des autres pays, les informations relatives au taux d'immunité de notre population et de celle des autres pays, les informations relatives au risque de survenue d'une seconde vague.

Il précise que le confinement protège les personnes à risque et le système de santé, mais n'empêche pas un certain nombre d'individus d'acquérir une immunité. Il rapporte par ailleurs que la possibilité d'un déconfinement par tranches d'âge est une possibilité que les autorités étudient, comme bien bien d'autres. La stratégie retenue émanera d'une décision collective des cantons et de la Confédération.

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