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Max Lobe côtoie Rabelais

logo de Tribune de Genève Tribune de Genève 15.02.2021 Benjamin Chaix

L’écrivain genevois se rit des tyrans dans «La Promesse de Sa Phall’Excellence», un conte teinté de grivoiserie, au vocabulaire très inventif, à lire à haute voix et même à danser, suggère son auteur.

Genève, Suisse, 6 janvier 2021. L’écrivain suisso-camerounais Max Lobé. © Niels Ackermann / Lundi13 © Lundi13 Genève, Suisse, 6 janvier 2021. L’écrivain suisso-camerounais Max Lobé. © Niels Ackermann / Lundi13

Après quatre livres tous édités chez Zoé à Genève, en voici un cinquième qui porte le titre étrange de «Sa Promesse de Sa Phall’Excellence». Max Lobe ajoute à sa bibliographie ce mince volume tellement bourré de mots inventés qu’on pourrait craindre qu’il n’explose. Un récit haut en couleur, impossible à résumer ou même à décrire. Le romancier s’est octroyé la liberté d’user d’une langue faite pour l’oralité, ou même pour la danse, suggère-t-il, comme à l’heure du conte une bière à la main: «Une des bêtes-bêtes femmes avait proposé qu’on me chicotte le mou-mou popotin de p’tit-bébé-mâle-maille. Aaah là, j’avais ramassé mes têtutesse et folie. Je les avais soigneusement dissimulées quelque-part au-dedans de mon troutanus.» Besoin d’un dictionnaire? Le Lobe nouveau est tiré, il faut le boire.

Y a-t-il une histoire?

C’est ma rencontre avec Rabelais qui a été le déclic. Caroline Coutau des

,

É

,

ditions Zoé m’avait conseillé cet auteur après avoir lu mon pamphlet

,

«À

,

mes frères algériens

,

»

,

après la démission d’Abdelaziz Bouteflika en avril 2019. Voyant ma manière de me moquer du pouvoir, elle avait deviné qu

,

e Rabelais

,

pourrait me plaire. Cette découverte m’a aidé à quitter l’écriture classique que j’avais pratiquée dans mes premiers livres.

,,

En 2019 aux

,

É

,

tats-Unis où j’ai passé deux mois dont l’un en résidence d’écriture au Centre Art OMI à Ghent, dans l’

,

É

,

tat de New York, grâce à Pro Helvetia. Le deuxième mois, je me suis installé à mes frais à Brooklyn, et c’est là qu’il y a eu tout le swing de

,

«

,

La Promesse de Sa Phall’Excellence

,

»

,

. C’est là que le miracle s’est produit.

,,

Voyant les gratte-ciel de Manhattan j’ai pensé, oh mon Dieu c’est tellement phallique! Je pensais à Donald Trump, tellement phallique lui aussi. J’ai réfléchi à l’attrait du pouvoir. Trump pourrait très bien être Sa Phall’Excellence, comme Melania pourrait être Sa Clith’Altesse. Derrière Sa Phall’Excellence je vois quelqu’un qui veut montrer ses muscles mais qui est vieux. Je vois Mugabe, je vois Biya, je vois Bouteflika… Des personnes incontinentes qui se maintiennent au pouvoir. Selon moi, il y a bien sûr aussi des femmes phalliques comme Condoleeza Rice, Michelle Obama ou Nancy Pelosi.

,,

Non,

,

sauf au temps de

,

Christoph Blocher, mais le système helvétique ne permet pas la construction d’un tel personnage, me semble-t-il. On ne peut pas s’y éterniser

,

,

,

au pouvoir.

,,

En Afrique on parle depuis des décennies de l’ivresse du pouvoir des dirigeants vieillissants qui se maintiennent depuis l’indépendance de leur pays. Comme je voulais m’exprimer de manière nouvelle, différente, j’ai choisi la liberté du conteur.

,

L

,

es mots existaient déjà dans ma tête, mais que je me refusais

,

à les

,

utiliser pour rester dans un certain classicisme. Je les ai fait sortir. Rabelais m’

,

y

,

a aidé mais je n’ai pas voulu l’imiter. Grâce à lui, j

,

,

ai vu jusqu’où pouvait aller la grivoiserie. Cela m’a plu car je suis très charnel. J’ai lu aussi beaucoup de contes, de Grimm, d’Andersen, de Voltaire, et j’ai abordé les auteurs d’Amérique latine qui ont combattu les dictatures, Vargas Llosa, Asturias… Ajout

,

ez

,

à cela un énorme paquet de lectures philosophiques.

,,

Contrairement à mon précédent livre «Loin de Douala», «Sa Phall’Excellence» n’offre pas un récit. C’est un mille-feuille d’idées destinées à répondre à la question «comment parvenir à douter du pouvoir imposé?» Ce doute passe par celui de la langue utilisée pour installer la tyrannie. C’est pourquoi il m’a paru important ici de bousculer la langue, de la refaire.

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