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La fracassante succes story de Charlie Chaplin, mort il y a 40 ans

logo de Le Soir Le Soir 25.12.2017 Le Soir
© Fournis par Le Soir

C’était il y a quarante ans. Durant la nuit de Noël 1977, le cinéaste préféré des enfants passait par la cheminée et s’en allait rejoindre les étoiles. Il avait 88 ans, dont soixante passés sous les projeteurs.

La genèse de sa fracassante success-story date d’avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale. En février 1914, alors qu’il commence à tourner à la chaîne de petits films burlesques, le jeune Anglais de 24 ans invente un personnage improbable : pantalon ample, veste étriquée, chapeau étroit, chaussures larges… Le petit bonhomme porte la moustache. Se dandine comme un canard. Court plus vite que son ombre. Son nom ? « The Tramp ». En français, Charlot, que le comédien définit en ces termes : «  C’est en même temps un vagabond, un gentleman, un poète, un rêveur, un type esseulé, toujours épris de romanesque et d’aventure (…) Mais il ne dédaigne pas de ramasser des mégots par terre ni de chiper son sucre d’orge à un bébé. »

Les vagabonds, c’est peu dire qu’il les connaît, Chaplin, lui qui a tout appris de la rue, au détour d’une enfance misérable. Enfance à la Dickens, où la rage de s’en sortir sera à la mesure des violences vécues dans les premières années (abandon du père alcoolique, dépression grave de la mère, pensionnat à sept ans…)

Après avoir fait ses armes dans le court-métrage burlesque, d’abord comme acteur, puis comme réalisateur (dès mai 1914), Chaplin passe au format plus long. Lui qui pouvait enchaîner entre 1914 et 1916 plusieurs dizaines de films par an, change radicalement de rythme. Exigeant jusqu’à l’obsession, il ne réalisera, entre 1921 et 1967, qu’une dizaine de films (moyens ou longs), dans une totale indépendance.

Son perfectionnisme lui vaut alors une réputation de cinéaste tyrannique. Avec des anecdotes souvent sidérantes. En 1929, le tournage des Lumières de la ville piétine. Chaplin n’est pas content du travail accompli. Les semaines passent, puis les mois. Bientôt un an, deux ans. Pour l’une des scènes initiales du film, Chaplin, au bord de la folie, exigera 342 prises.

Mélodrames burlesques

À l’inverse des slapsticks de ses débuts, consacrés exclusivement à la recherche du gag, les films que réalise Chaplin à partir de 1921 sont construits autour d’une histoire forte, combinant chaque fois le tragique et le comique.

Le kid, mélodrame burlesque centré sur la poignante relation entre un vagabond et un enfant abandonné, devient un classique instantané. Quatre ans plus tard, après une parenthèse sur un mode dramatique (L’opinion publique), Chaplin revisite, avec La ruée vers l’or, la conquête de l’Ouest, ensevelie sous la neige. Puis vient Le cirque (1928), façon pour l’enfant de la balle que fut Chaplin de saluer ses racines artistiques.

Les triomphes s’enchaînent. Avec Les lumières de la ville (1931) et Les temps modernes (1936), films encore muets alors que le cinéma est passé depuis 1929 au mode parlant, Chaplin est à son sommet. On y rit aux larmes. On y pleure en souriant. Ce sont à la fois d’irrésistibles divertissements et des œuvres profondes, imprégnées par les épreuves de la vie comme par les rudesses de la crise économique. On y croise des ouvriers sous pression, des chômeurs, des ivrognes, des suicidaires… et bien sûr des vagabonds.

Adoré, puis brûlé

Il faudra attendre 1940 pour que Chaplin consente à sacrifier – en partie – au règne du cinéma parlant. Avec Le dictateur, le génial cinéaste pose son regard sur les événements du monde, en train de basculer dans l’horreur nazie. En endossant les uniformes simultanés d’un barbier juif et d’un double de Hitler, Chaplin fait ses adieux à Charlot. L’une des plus belles pages de l’histoire du cinéma se tourne.

La guerre s’achève. Les ennuis commencent. Chaplin, qui avait obtenu le contrôle total de ses films en 1919, sait tout faire : l’acteur, le réalisateur, le producteur, le scénariste, voire le (merveilleux) compositeur. Autant de talents finissent par susciter la jalousie. Et bientôt un déferlement de haine. Dans les années 40, l’Amérique puritaine cherche à criminaliser Chaplin. D’un côté, pour la liberté de ses mœurs. De l’autre, pour ses sympathies communistes.

Cette double stigmatisation lui inspirera deux films postérieurs : Monsieur Verdoux (1947), qui revisite très librement la vie criminelle de Landru, serial killer et homme à femmes dégénéré. Une comédie macabre, d’un modernisme sidérant, emmenée par un petit bonhomme vif et fantasque, qui n’est pas sans rappeler la silhouette de « The Tramp ».

Puis, avec Un roi à New York, Chaplin réglera ses comptes avec ses procureurs maccarthystes, à l’origine de la chasse aux sorcières dont il fut une retentissante victime, et qui le décida à définitivement quitter les États-Unis, pour s’établir dans la verte Suisse. C’est là qu’il trouva la mort, le 25 décembre 1977.

Quarante ans, déjà. Si loin de nous, Chaplin semble pourtant tout près. Son langage demeure universel. N’a pas pris une ride. Et, pour preuve : séduit encore les enfants de 2017.

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