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Polanski, tout un Roman

logo de 24 heures 24 heures 01.11.2017
Polanski, tout un Roman © Fournis par 24 heures Polanski, tout un Roman

Le cinéaste sort «D’après une histoire vraie» sur fond polémique.

Roman Polanski n’échappe plus à son passé, condamné à un éternel déshonneur depuis une décade. Alors que le monde tremble sous les révélations de l’affaire Weinstein, une centaine de féministes ont réclamé, lundi, l’annulation d’une rétrospective du réalisateur à Paris, organisée en parallèle avec la sortie de son dernier film, D’après une histoire vraie. Criant au «scandale», le collectif Politiqu’elles s’offusque.

«Polanski est mis sur un piédestal à la Cinémathèque française. Beaucoup d’artistes jugés coupables ou présumés coupables sont réhabilités par la société et continuent d’être honorés.» Et de dénoncer l’apathie officielle. «Il est temps d’en finir avec la culture du viol qui produit un discours qui tend à minimiser, à excuser et à perpétrer les violences sexuelles. D’en finir aussi avec l’impunité des hommes célèbres qui violent, agres­sent, harcèlent et tuent des femmes.»

Costa-Gavras, président de la cinémathèque, soutenu par son conseil d’administration, de Jean-Paul Rappeneau à Nathalie Baye, est monté aux barricades. Dans un communiqué, il fustige «une censure pure et simple face à une vertueuse dénonciation auprès des pouvoirs publics», affirme avec force «ne pas vouloir se substituer à aucune justice» et vouloir «replacer les œuvres des cinéastes dans le flux d’une histoire permanente de l’histoire du cinéma». A ce jour, la manifestation, dont l’annonce au printemps, remarque encore Costa-Gavras, n’avait soulevé aucune protestation, est donc maintenue dans la vénérable maison. Lors de l’inauguration, l’auteur a réaffirmé: «Il n’a pas été question une seconde de renoncer à cette rétrospective sous la pression de je ne sais quelle circonstance étrangère à la cinémathèque comme à Polanski, et des amalgames des plus douteux et les plus injurieux.»

L’année a déjà fort mal commencé pour Roman Polanski, poussé en janvier à abandonner la présidence de la cérémonie des Césars au vu du tollé provoqué par sa situation judiciaire. Désabusé, le réalisateur a alors ce commentaire, rapporté dans Le Parisien: «Au cinéma il y a toujours de mauvais personnages que le public adore haïr. J’en suis un peu là.» En mai, dans Sélection officielle, Thier­ry Frémeaux, délégué général du Festival de Cannes, résume la topographie volatile où évolue désormais le cinéaste, jadis président du jury sur la Croisette et détenteur d’une Palme d’or. «Ce qui finit par être fascinant, c’est la façon dont on ne veut pas les laisser tranquilles, écrit-il en évoquant la victime, Samantha Geimer, et l’auteur des sévices sexuels. «Depuis, Polanski est condamné à jouer pour toujours le rôle du coupable utile pour des causes qui n’ont plus rien à voir», concluait-il. En août, un juge de Los Angeles a néanmoins refusé d’abandonner les poursuites contre le réalisateur, malgré que Samantha Geimer en ait exprimé la volonté.

Et le cinéma dans tout ça? Polanski en a connu le roman dans ses émotions les plus violentes, de la haine à la passion. A Cannes cette année, il passe inaperçu. Il participe à la grand-messe cinématographique en toute discrétion, hors compétition et au petit matin du dernier jour. Si D’après une histoire vraie trouble les festivaliers, le thriller n’émeut en tout cas pas à cause de la présence de son auteur sur la Croisette. En fait, les critiques restent mitigés, certains se fâchent face à «une caricature de Misery», les autres saluent le savoir-faire «à se moquer des usa­ges de l’intelligentsia». Tous s’accordent sur les obsessions que le cinéaste extirpe du roman de Delphine de Vigan, prix Renaudot 2015, pour les faire siennes.

De Répulsion à Cul-de-sac , en passant par La neuvième porte ou Rosemary’s Baby, Roman Polanski détaille depuis toujours l’artillerie de ses nuits blanches. Paranoïa asphyxiante, malédiction diabo­lique et autres névroses accablantes se développent dans D’après une histoire vraie avec un naturel confondant. Pour mémoire, la romancière Delphine de Vigan passait à la moulinette sa propre expérience. Du succès de son précédent ouvrage, inspiré par la mort de sa mère, à l’angoisse paralysante de la page blanche, la chroniqueuse étalait sa dépression. Jusqu’à son compagnonnage avec le critique littéraire influent François Busnel – interprété ici par notre Vincent Perez national –, la mise à nu se déployait.

A l’écrit, le récit touche même au malaise face à un vérisme si appuyé qu’il en devient embarrassant. Jusqu’où aller dans l’emprunt à autrui sous couvert de licence artistique? L’irruption d’une créature manipulatrice, baptisée Elle de manière générique, finit d’activer la bascule de l’intrigue dans une dimension vampirique. C’est là que le roman devient du Polanski tout craché.

Car s’il ne s’intéresse pas au problème de l’autofiction qui secoue avec régularité le petit monde de Saint-Germain-des-Prés, ce maître du style s’engouffre avec jubilation dans la brèche fantastique ouverte par ces perspectives. Alors qu’Emmanuelle Seigner se brise le cœur dans la peau d’une artiste fragile et ins­table, Eva Green dans un rôle de la maîtresse femme comme elle les affectionne, bat des cils avec une perfection assassine. Un air de déjà-vu traîne dans ce duel, autant qu’un sentiment de moquerie légère du nombrilisme ambiant. Comme au temps du Bal des vampires, le Grand-Guignol veille derrière la porte.

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