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Libra de Facebook: «Un réel danger pour le franc suisse!»

logo de Le Matin Le Matin 20.06.2019 Eric Felley

Le «libra» va-t-il supplanter la devise helvétique? La question peut paraître saugrenue, mais au Parlement, nul ne prend à la légère la menace de Facebook sur la monnaie nationale.

Au pays des banques et des services financiers, le lancement par Facebook de sa cryptomonnaie, le «libra», fait l'objet d'une attention toute particulière. S'il est une qualité suisse en la matière, c'est la méfiance vis-à-vis des miroirs aux alouettes... Le projet de Mark Zuckerger, aux tentacules planétaires, suscite des questions, mais il n'effraie pas outre mesure le banquier qui sommeille en chaque parlementaire. L'introduction du libra est annoncée pour mi-2020, de quoi se donner le temps d'analyser son potentiel.

Gare à la concurrence déloyale

«C'est un concept qui n'est pas nouveau en soi, observe Guillaume Barazzone (PDC/GE), mais c'est l'ampleur qu'il faut considérer. La première question que je pose est où se trouve le compte du client ? Dans le cloud? Aux Etats-Unis ? Quel est aussi le cadre légal qui protège ce moyen de paiement ? D'une manière générale, nous sommes en présence d'un acteur privé transnational. Les Etats, la Suisse donc, doivent apporter des réponses pour protéger leur propre système financier d'une concurrence qui peut être déloyale».

Un trop grand pouvoir

Pour l'économiste Samuel Bendahan (PS/VD): «Si Facebook devient un acteur majeur dans le service financier, il va renforcer son pouvoir déjà trop grand dans l'exploitation des données.» En l'absence d'une coordination internationale pour lutter contre cette plate-forme, il propose que toutes les transactions effectuées par Facebook en Suisse soient taxées. Par ailleurs, il en appelle aux différents forces politiques pour une réaction: «Si on laisse un acteur de cette importance faire ce qu'il veut, c'est un réel danger pour les monnaies nationales, dont le franc suisse qui est un facteur de l'identité helvétique. L'UDC devrait être d'accord sur cette question...»

«Où allez-vous réclamer votre argent ?»

Travaillant dans une banque, le conseiller national Michael Buffat (UDC/VD) ne dit pas le contraire: «L'émission de monnaie doit rester une prérogative de l'Etat. Personnellement, je n'ai aucune confiance et je ne mettrai pas mon argent là-dessus. Pour qu'une monnaie fonctionne, il faut une contre-partie et des garanties. En Suisse, nous avons la Banque nationale et des fonds propres. Facebook est une plate-forme, ce n'est pas une banque. Si elle doit fermer du jour au lendemain, où allez-vous réclamer votre argent? Aux USA? »

Adresse en Suisse obligatoire

La question concerne tous les litiges – de plus en plus fréquents – que les justiciables suisses ont avec ces plates-formes. Le Conseil des Etats a d'ailleurs accepté ce mercredi une motion qui exige de leur part un «domicile de notification» pour renforcer l'application du droit sur Internet. Le Conseil national l'a déjà acceptée et le Conseil fédéral devrait vite passer à l'action. Cette question vaudra aussi pour les litiges financiers. Où donc les Suisses iront se plaindre si leur argent est détourné sur Facebook ou si une panne efface leur compte ?

«A ses risques et périls»

Le conseiller national Hugues Hiltpold (GE/PLR) n'est pas emballé par le système proposé par Facebook, même s'il se réjouit de voir que l'entité qui doit gérer ce système sera installé à Genève: «Cette société dispose de centaines de millions de clients captifs qu'elle veut rentabiliser par tous les moyens. Les gens vont acheter des libras pour les dépenser sur Facebook, mais pourront-ils les rechanger dans l'autre sens ? Celui qui s'ouvre un compte en s'achetant des libras sur Facebook le fera à ses risques et périls.»

Protéger les consommateurs

Enfin, Guillaume Barazzone estime qu'on ne peut pas interdire cette évolution, mais la réguler: «Une certaine époque du compte en banque "à la Suisse" est en train de disparaître. D'autres formes de services financiers apparaissent dans un monde globalisé. Le rôle des politiques est de veiller à ce que les consommateurs soient toujours protégés.»

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