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Après des débuts difficiles, le Maroc se lance dans l’exportation de ses masques anticoronavirus

logo de Le Monde Le Monde 01/05/2020 Ghalia Kadiri

Trente-quatre usines du royaume ainsi que des filiales d’entreprises françaises au Maroc produisent en masse depuis le 7 avril.

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Usine de fabrication de masques de protection contre le coronavirus à Casablanca, le 10 avril 2020. © Fournis par Le Monde Usine de fabrication de masques de protection contre le coronavirus à Casablanca, le 10 avril 2020.

L’initiative a fait la fierté des Marocains et l’admiration de responsables politiques dans le monde. Depuis le mois de mars, le royaume s’est lancé dans la fabrication de masques grand public 100 % marocains, vendus 0,7 euro l’unité. Sous l’impulsion du ministère de l’industrie et grâce aux subventions du fonds spécial d’urgence abondé par l’Etat et par des donations, dix-neuf usines de textile locales se sont reconverties pour produire des unités à partir de matériau non tissé. Un exploit qui a permis au Maroc, qui comptait au 1er mai 4 423 cas de contamination au nouveau coronavirus et 170 décès, de rendre le port du masque obligatoire depuis le 7 avril.

Mais, dès les premiers jours, une série de couacs est venue plomber la belle opération. Distribués dans un premier temps dans les grandes surfaces par paquets de 50 et de 100, les millions de masques promis par le gouvernement pour couvrir les besoins de la population se sont comme évaporés. « Avec un tarif aussi bas, les employés du supermarché et les clients ont acheté des dizaines de paquets pour les stocker ou revendre les masques trois fois plus cher que le prix réglementaire, sans emballage et à l’unité. Vous imaginez les conséquences sanitaires, raconte, dépité, le responsable d’une grande enseigne à Casablanca. Et puis, au fur et à mesure, on en a reçu de moins en moins, jusqu’à ne plus en recevoir du tout. Il paraît qu’il y a des magouilles dans le circuit de distribution. »

Spéculation, fraude, défaut de qualité, pression des industriels… Les rumeurs sur la disparition des masques grand public sont allées bon train, alimentant la confusion. « On nous disait à la télé que plusieurs millions de bavettes étaient fabriquées chaque jour, mais il était presque impossible d’en trouver, témoigne Hakim Bensaïd, jeune consultant en informatique. Alors, on réutilisait d’anciens masques, même s’ils ne sont valables que quelques heures. Ou alors, on mettait une écharpe sur le nez. Tant pis, personne n’a envie de se faire arrêter. » Au Maroc, tous ceux qui ne portent pas de masque de protection sont soumis aux sanctions prévues pour les infractions au confinement : un à trois mois de prison et une amende de 1 300 dirhams (environ 115 euros).

Ventes dans toute l’Europe

Il aura fallu attendre la fin du mois d’avril pour mettre un terme à la chasse aux masques, vendus désormais exclusivement en pharmacies, par paquets de 10. Joint par téléphone, le ministre de l’industrie, Moulay Hafid Elalamy, reconnaît des dérapages au début, mais parle aujourd’hui d’une situation sous contrôle. « Dans l’urgence d’une pandémie, il faut agir rapidement. Nous avons donc privilégié les canaux qui étaient disponibles à ce moment-là, en attendant de convaincre les pharmaciens, qui étaient notre premier choix. Il a aussi fallu obtenir des certifications afin de répondre aux normes internationales. Tout cela a ralenti le processus de fabrication et de distribution. C’est vrai que certains opérateurs ont tenté de vendre les masques plus chers à des entreprises, mais cela n’explique pas la pénurie. La réalité, c’est qu’il n’y en avait pas. Mais cet épisode est derrière nous : aujourd’hui nous en produisons 7 millions quotidiennement. Nous sommes autosuffisants et dégageons même un excédent. »

Le ministre, lui-même homme d’affaires, président fondateur du groupe panafricain Saham, a convaincu trente-quatre d’entreprises de se lancer dans la fabrication de masques en tissu lavables non subventionnés, dont une partie est destinée à l’exportation, permettant au royaume de se positionner dans la course mondiale aux masques. « Cinq d’entre elles exportent déjà la moitié de leur production en Europe. Nous avons beaucoup de demandes de pays étrangers et puisque le besoin national est comblé, nous allons autoriser plus d’entreprises à exporter d’ici à quelques semaines », promet M. Elalamy. Les filiales d’entreprises françaises au Maroc se sont déjà lancées dans la fabrication d’unités sur place, dans la perspective du déconfinement en France.

Depuis quelques jours, les Marocains peuvent ainsi acheter leurs masques sereinement dans les pharmacies. Pour éviter de nouveaux dérapages, les autorités ont renforcé les mesures de contrôle au sein des usines. La commercialisation de masques hors du circuit défini par le ministère est durement sanctionnée. La sûreté nationale a d’ores et déjà annoncé avoir procédé à l’arrestation de 96 personnes inculpées dans le trafic de plus de 200 000 masques contrefaits ou non conformes.

Retrouvez des moyens de soutenir les soignants, les chercheurs, et les personnes en difficultés en cliquant ici

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