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Coronavirus : les promesses d'un nouveau traitement autour de l'anakinra

logo de leJDD leJDD 30/05/2020 Anne-Laure Barret

En pleine épidémie, une équipe parisienne a sauvé des malades atteints de formes sévères du Covid-19. Les effets bénéfiques de ce médicament devront être confirmés sur un plus grand nombre de patients.

En pleine épidémie, une équipe parisienne a sauvé des malades atteints de formes sévères du Covid-19. Les effets bénéfiques de ce médicament devront être confirmés sur un plus grand nombre de patients. © AFP

En pleine épidémie, une équipe parisienne a sauvé des malades atteints de formes sévères du Covid-19. Les effets bénéfiques de ce médicament devront être confirmés sur un plus grand nombre de patients.

C'est peut-être l'étude scientifique qu'on attendait depuis le début de la vague épidémique mais, à cause de l'interminable polémique autour des mérites de la chloroquine et de ceux de son défenseur, le professeur Raoult, on hésite à croire possible un quelconque miracle. À tout le moins peut-on parler, comme les auteurs de ce travail publié vendredi dans la revue médicale The Lancet Rheumatology, de résultats " encourageants". Toute l'équipe de l'hôpital Saint-Joseph (Paris) teste depuis le 18 mars les effets sur le Covid‑19 de l'anakinra, un médicament bien connu des rhumatologues – même s'il a été surpassé dans le traitement de la polyarthrite – et des spécialistes des maladies auto-inflammatoires.

La biothérapie a été injectée pendant dix jours à des patients touchés par les formes graves de la maladie, c'est‑à-dire victimes du désormais fameux " orage inflammatoire" ou " orage cytokinique". Cette réaction incontrôlée du système immunitaire survenant en général une semaine après le début des symptômes peut déboucher sur un syndrome de détresse respiratoire aiguë et/ou sur la défaillance de plusieurs autres organes vitaux. " Très vite, vers la fin mars, le visage de la maladie a changé pour nous, indique le professeur Jean-Jacques Mourad, spécialiste de médecine interne. On s'est aperçus que de nombreux patients que l'on soignait avec peine allaient mieux. C'était incroyable, ce soulagement, après des nuits blanches à faire de la médecine de guerre."

Le Covid-19 n'est pas qu'une seule maladie virale

L'analyse des données a confirmé l'impression de terrain des chercheurs et leur hypothèse de départ : le Covid-19 ne doit pas être considéré exclusivement comme une maladie virale ; le mécanisme conduisant aux formes sévères est semblable à celui qui advient dans d'autres pathologies et un médicament anti-inflammation, dont les effets indésirables semblent limités, pourrait être utile. " On a eu confirmation que la molécule, qui cible l'interleukine‑1, une des protéines impliquées dans cette tempête inflammatoire, parvient dans la majorité des cas à bloquer l'orage cytokinique", détaille le docteur Gilles Hayem, chef du service de rhumatologie.

L'article suggère même que le traitement a sauvé des vies. Son administration aurait permis une " réduction statistiquement significative du risque de décès et de passage en réanimation pour assistance respiratoire par ventilation mécanique". D'après les auteurs, un quart seulement des 52 patients (âge moyen 60 ans) traités par anakinra entre le 18 mars et le 6 avril ont été transférés en réanimation ou sont décédés, contre près de 73 % dans un autre groupe de 44 personnes elles aussi atteintes de pneumonies aiguës et prises en charge dans le même hôpital.

" C'est un espoir", un outil pour soigner ces cas graves, semblables à des " tempêtes mortelles", abonde le rhumatologue Randy Cron de l'université d'Alabama (États-Unis) dans un éditorial accompagnant l'article français.

Des travaux en cours à Caen, à Tours et en Italie

Cette étude de cohorte prospective sur un nombre restreint de patients présente bien sûr des limites. Ses auteurs les dissèquent à la fin de leur article, comme il est d'usage dans les publications médicales : les deux groupes de patients ne sont pas homogènes, avec notamment une surreprésentation des personnes obèses dans le deuxième groupe ; au fil du temps, les soignants ont fait des progrès dans la prise en charge d'une pathologie inconnue, ce qui peut constituer un biais.

Mais l'espoir est aussi nourri par les résultats, positifs bien qu'un peu moins encourageants, d'une équipe italienne qui a administré des doses plus fortes et traité moins de patients. Des travaux sont également en cours à Caen et à Tours. Et la voie consistant à agir sur la protéine interleukine‑1 est explorée dans une dizaine d'études à travers le monde.

En attendant, les médecins de Saint-Joseph plaident pour le lancement prochain d'un essai randomisé en double aveugle, le must de la recherche clinique. " On pourra certainement comparer la molécule à une autre biothérapie agissant sur une voie similaire, mais il sera désormais compliqué de l'évaluer contre un placebo, nuance Jean-Jacques Mourad. Vu les résultats obtenus, il ne serait pas éthique de ne pas l'administrer à un patient en danger de mort."

Des chercheurs prudents

Si l'essai était confirmé par des travaux conduits dans plusieurs centres de recherche, l'anakinra – aujourd'hui vendu dans de rares indications sous le nom commercial de Kineret par le laboratoire pharmaceutique suédois Swedish Orphan Biovitrum – pourrait devenir l'une des armes clés en cas de deuxième vague. Un outil dont le coût serait limité à quelques centaines d'euros pour dix jours de traitement. Cela constituerait une arme précieuse pour la terrible deuxième phase inflammatoire mais pas le Graal : " Certains antiviraux administrés en traitement préventif ou au début de la maladie seront sans doute utiles pour les formes légères, en première phase, estime Gilles Hayem. Et pour les complications comme la thrombose, qui surviennent dans un troisième temps, d'autres médicaments seront nécessaires."

Pourquoi ces signaux si encourageants, apparus dès la fin mars, n'ont-ils pas été rendus publics plus tôt? " Une publication en moins de trois mois, c'est déjà un exploit, commente Jean-Jacques Mourad. Nous aurions pu prépublier un article sur Internet, comme ça arrive souvent depuis le début de l'épidémie, mais nous avons préféré rester fidèles aux standards de notre discipline et attendre l'approbation de nos pairs après relecture critique. En revanche, nous avons prévenu les autorités de santé."

Ironie de l'histoire, les patients des deux groupes pris en charge à Saint-Joseph ont (aussi) été traités par ce qui était alors, au début de la crise, considéré comme le protocole le plus prometteur : le cocktail à base d'hydroxychloroquine et d'azithromycine prôné par le professeur Raoult. Ce paramètre n'a pas d'influence sur les résultats de l'équipe parisienne. Laquelle refuse de prendre part à l'actuelle "bouillabaisse" scientifico-politico-médiatique relancée par les biais pointés dans la récente étude du Lancet, qui était pourtant censée clore le débat. 

Retrouvez des moyens de soutenir les soignants, les chercheurs, et les personnes en difficulté en cliquant ici

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