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Coronavirus : pourquoi le gouvernement et les experts restent prudents sur le traitement à la chloroquine

logo de leJDD leJDD 24/03/2020 Thomas Liabot
Efficace contre le Covid-19 selon le professeur marseillais Didier Raoult, la chloroquine est sujette à caution selon d'autres scientifiques, qui remettent en question les études menées jusqu'à présent. Explications. © AFP

Efficace contre le Covid-19 selon le professeur marseillais Didier Raoult, la chloroquine est sujette à caution selon d'autres scientifiques, qui remettent en question les études menées jusqu'à présent. Explications.

Efficace contre le Covid-19 selon le professeur marseillais Didier Raoult, la chloroquine est sujette à caution selon d'autres scientifiques, qui remettent en question les études menées jusqu'à présent. Explications.

La chloroquine suscite tous les espoirs depuis quelques semaines. Cette antipaludique utilisé depuis des décennies aurait des effets bénéfiques sur les patients atteint par le Covid-19. C'est en tout cas ce qu'affirme une étude chinoise réalisée mi-février et largement relayée en France par Didier Raoult, directeur de l'Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée infection. Ce spécialiste reconnu a testé la chloroquine auprès de ses patients et affirme que les résultats sont très prometteurs, avec la disparition du virus en six jours auprès des trois quarts des patients.

Depuis, plusieurs élus ont fait monter la pression pour généraliser rapidement l'utilisation de la chloroquine. Le maire de Nice, Christian Estrosi, lui-même contaminé par le coronavirus, a déclaré dimanche avoir "envie qu'on fasse confiance" à Didier Raoult. "La chloroquine, pourquoi ne l'utilise-t-on pas?", s'est indigné le même jour le patron des sénateurs Les Républicains Bruno Retailleau, s'interrogeant même sur la probité des "grands labos". Un enthousiasme que le gouvernement et de nombreux scientifiques ont tenté de calmer depuis.

Une étude très critiquée

"L'histoire de maladies virales est peuplée de fausses bonnes nouvelles, peuplée de déceptions, de prises de risques inconsidérées aussi", a averti le ministre de la Santé Olivier Véran. Samedi, il a demandé que l'étude du professeur Raoult "puisse être reproduite à plus large échelle dans d'autres centres hospitaliers, par d'autres équipes indépendantes". Un complément nécessaire car "jamais aucun pays au monde n'a accordé une autorisation de traitement sur la base d'une étude comme celle-ci", a-t-il fait valoir.

L'étude menée par Didier Raoult auprès de 24 patients est en effet critiquée par certains de ses collègues. Karine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses à l'hôpital Saint-Antoine de Paris, a jugé lundi qu'il était "scandaleux" de promouvoir le traitement à la chloroquine à ce stade. "L'essai tel qu'il a été conçu à Marseille - qui est un essai pilote - ne s'est pas donné les moyens méthodologiques pour montrer qu'il avait une véritable efficacité", a-t-elle déclaré durant l'émission de TMC Quotidien. "Cet essai est intéressant sur le plan intellectuel, mais sur le plan scientifique, [il] ne confirme pas l'efficacité de la chloroquine."

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Pour être utiles, ces études doivent avoir des critères d'inclusion précis, correspondant aux différentes situations cliniques qui peuvent ou doivent être étudiées

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Concrètement, plusieurs critiques sont faites à l'étude du professeur Raoult. L'OMS pointe notamment le caractère réduit du nombre de patients et le fait qu'elle soit "non randomisée", c'est-à-dire que les groupes de patients (ceux qui reçoivent le traitement et ceux qui ne le reçoivent pas) n'aient pas été définis par tirage au sort. Elle n'est pas non plus "en double-aveugle", une méthode qui fait que médecins et patients ignorent qui reçoit le traitement, censée assurer des résultats plus fiables.

Lundi, l'AP-HP, qui réunit les 39 hôpitaux de la région parisienne, a mis en garde à son tour contre "une utilisation désordonnée de multiples molécules sans contrôle et surtout sans possibilité de tirer des conclusions valides". "Pour être utiles, ces études doivent avoir des critères d'inclusion précis, correspondant aux différentes situations cliniques qui peuvent ou doivent être étudiées s'agissant de patients hospitalisés, de patients suivis en ambulatoires, de populations spécifiques", peut-on lire dans ce communiqué signé notamment par son directeur général Martin Hirsch.

Des résultats attendus dans les deux semaines

D'autres soulignent également que l'étude chinoise de mi-février, point de départ de l'emballement scientifique et médiatique autour de la chloroquine, n'est pas fiable. Très succincte, elle a été publiée dans la revue BioScience Trends de façon préliminaire, c'est-à-dire sans avoir été validée par un comité d'experts scientifiques. De plus, elle ne donne pas de chiffres permettant de quantifier l'efficacité de la molécule par rapport au traitement administré au groupe témoin. A l'époque déjà, des scientifiques faisaient part de leur scepticisme.

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Ces médicaments sont dits 'à marge thérapeutique étroite', ce qui signifie que la dose efficace et la dose toxique sont relativement proches

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Avec l'engouement pour la chloroquine, un autre danger est pointé du doigt par les experts : le risque lié à l'automédication. Aux Etats-Unis, où Donald Trump fonde de grands espoirs en ce traitement, un homme est mort après avoir ingéré de la chloroquine et sa femme a été hospitalisée dans un état grave. Un surdosage peut être particulièrement dangereux et les médecins déconseillent formellement d'en consommer sans avis médical. Ces "médicaments sont dits 'à marge thérapeutique étroite', ce qui signifie que la dose efficace et la dose toxique sont relativement proches", avertit la Société française de pharmacie.

Pour l'heure, la France "exclut toute prescription" pour "des formes non sévères" de la maladie, en l'absence de donnée probante, a informé Olivier Véran lundi soir, citant le Haut conseil de santé publique. La chloroquine pourra en revanche être administrée aux malades souffrant de "formes graves" du coronavirus. En attendant, les essais se poursuivent, à Paris et Lille notamment, pour s'assurer des effets positifs de la chloroquine. Les résultats sont attendus au cours des deux prochaines semaines.

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