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Coronavirus : quatre questions sur "l'immunité croisée" qui pourrait annoncer la fin de l'épidémie, selon certains chercheurs

logo de Franceinfo Franceinfo 23/05/2020 Franceinfo

Si les autorités sanitaires restent très prudentes et redoutent toujours une deuxième vague, des épidémiologistes estiment que l'immunité collective pourrait être atteinte plus vite que prévu.

© Fournis par Franceinfo

Les indicateurs sont pour l'instant au vert. Réanimations, décès, contaminations... Près de quinze jours après le début du déconfinement, les chiffres autour de l'épidémie de coronavirus paraissent pour l'instant rassurants en France.

Les autorités jugent qu'il est trop tôt pour en tirer des conclusions, mais certains scientifiques n'hésitent plus à dire que l'épidémie de Covid-19 est derrière nous. Des chercheurs évoquent ainsi la possibilité d'une "immunité croisée", qui permettrait à une partie de la population d'être protégée contre le virus.

Qu'est-ce que "l'immunité croisée" ?

Cette expression est employée pour désigner une immunité acquise lors d'une première infection et qui va protéger plus tard contre un autre agent infectieux (virus ou bactérie). En règle générale, un anticorps est spécifique. Mais parfois, certains anticorps peuvent lutter contre des bactéries ou des virus d'espèces proches. Ainsi, des individus pourraient avoir acquis une protection contre le Sars-CoV-2 en ayant étant exposés par le passé à d'autres coronavirus causant de banals rhumes.

Cette hypothèse, qui reste à vérifier, a été soulevée par des chercheurs américains dans la revue spécialisée Cell. Selon eux, 40 à 60% de la population pourrait être immunisée contre le Covid-19 sans même y avoir été exposée. Si cette hypothèse se confirme, le Sars-CoV-2 n'aurait désormais plus beaucoup de monde à infecter.

Qu'est-ce que ça change pour l'immunité collective ?

L'une des conséquences de cette "immunité croisée" est une hétérogénéité dans la propagation du virus. Comme le détaille Mediapart, cette hétérogénéité explique que certaines personnes apparaissent plus vulnérables face au Covid-19 et qu'elles soient davantage des vecteurs de transmission du virus que d'autres. Partant de ce principe, certains chercheurs ont modélisé une immunité collective qui serait bien loin des 60% de la population généralement évoqué ces dernières semaines pour mettre fin à l'épidémie.

"Dans l'urgence, on fait souvent au plus simple (...). Mais plus l'épidémie dure, plus on a le temps d'affiner nos calculs et d'incorporer les différentes sources d'hétérogénéité dans nos modèles", explique à Mediapart Gabriela Gomes, une mathématicienne de Liverpool (Royaume-Uni) qui table dans une publication sur une immunité collective située entre 10 et 20%. "Nous obtenons un résultat similaire de notre côté, avec un seuil autour de 14% dès lors que nous tenons compte de ces fortes hétérogénéités", confirme Laurent Hébert-Dufresne, auteur de plusieurs publications sur le sujet.

En considérant que le virus a touché tous ceux qu'il pouvait atteindre en France, une minorité de spécialistes jugent ainsi que l'épidémie toucherait à sa fin. "Nulle part il n'y a de deuxième vague (...) Eventuellement quelques cas sporadiques apparaîtront ici ou là [mais] l'épidémie est en train de se terminer", a ainsi assuré le Pr Didier Raoult dans une vidéo publiée le 12 mai. "Une partie non négligeable de la population pourrait ne pas être sensible au coronavirus, parce que des anticorps non-spécifiques de ce virus peuvent l'arrêter", dit ainsi l'épidémiologiste Laurent Toubiana. "Ce virus n'est pas un marathonien, c'est un sprinter : il s'épuise très vite", résume auprès de l'AFP le Pr Jean-François Toussaint, directeur de l'Institut de recherche biomédicale et d'épidémiologie du sport (Irmes), qui ne croit pas non plus à une deuxième vague.

Quelles sont les raisons d'y croire ?

Plusieurs indicateurs rendent les chercheurs optimistes. Le nombre quotidien des admissions en réanimation "est toujours en diminution depuis le 8 avril", souligne l'agence sanitaire Santé publique France dans son bulletin du 21 mai. Actuellement, environ 1 700 malades sont toujours hospitalisés dans les services de réanimation en France pour une forme sévère de Covid-19. Ils étaient 7 148 le 8 avril, au plus fort de l'épidémie.

De même, les décès sont en baisse régulière. Entre jeudi 21 et vendredi 22 mai, 74 malades du Covid-19 sont morts dans les hôpitaux (sans compter les décès dans les Ehpad et établissements pour handicapés). Très loin des bilans quotidiens d'il y a un mois et demi : entre le 5 et le 6 avril, les autorités sanitaires avaient par exemple recensé plus de 600 décès rien qu'à l'hôpital.

Yonathan Freund, urgentiste à l'hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière, est également frappé par la baisse drastique du nombre de contaminations chez ses collègues par rapport au début de l'épidémie. "Aux urgences et à l'hôpital, on est particulièrement exposés. Si le virus circulait autant qu'avant et qu'on était tous susceptibles d'être touchés, on se serait contaminés entre nous ou on l'aurait été par les malades, témoigne-t-il auprès de l'AFP. C'est de la pure spéculation mais ça pourrait vouloir dire que des gens ont une immunité naturelle ou acquise."

Pourquoi faut-il rester prudent ?

Selon les autorités sanitaires, il est prématuré de se réjouir et de baisser la garde. "Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'aujourd'hui, on n'a pas de signal d'alerte. Mais il est trop tôt pour tirer de ce constat que tout va aller bien", déclare à l'AFP l'épidémiologiste Daniel Lévy-Bruhl, responsable de l'unité des infections respiratoires au sein de Santé publique France. "Il y a un décalage entre ce qu'on mesure aujourd'hui et ce à quoi ça correspond : ce qu'on mesure aujourd'hui, c'est encore les bénéfices du confinement", poursuit-il. "Aujourd'hui, personne ne peut affirmer ce qui va se passer", ajoute Nicolas Hoertel, psychiatre et modélisateur à l'hôpital Corentin-Celton, à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine).

"Peut-être que la semaine prochaine, on aura des éléments", indique le Dr Lévy-Bruhl. "L'épée de Damoclès" d'une "reprise de la dynamique épidémique" est toujours présente, selon lui, ce qui pourrait même aboutir, "dans un scénario du pire", à "une nécessité de reconfiner". La France "est dans une bonne trajectoire, mais ce serait irresponsable de crier victoire maintenant", confirme sur franceinfo le virologue Christian Bréchot. Daniel Lévy-Bruhl juge ainsi "prématuré de fonder un espoir sur une 'immunité croisée'", hypothèse "loin de faire l'unanimité et loin d'être confortée".

Il ne faudrait surtout pas faire passer à la population le message que tout va bien parce qu'on s'est aperçu que tout le monde était protégé.

Daniel Lévy-Bruhl, responsable de l'unité des infections respiratoires de Santé publique France

à l'AFP

"Je comprends qu'on soit très frileux à l'idée de faire une nouvelle prophétie, car tout le monde s'est tellement planté au départ, et moi le premier", lui répond pour sa part Yonathan Freund. Après avoir étayé sur Twitter son hypothèse d'une fin d'épidémie, il balaye les procès en irresponsabilité : "Je dis mon impression en tant que scientifique, chercheur, professeur et je ne vois pas pourquoi je ne la dirais pas. (...) Il faut arrêter d'infantiliser tout le monde."

Mais pour les autorités, la levée du confinement doit mécaniquement aboutir à une augmentation du nombre d'infections puisque les contacts entre les gens se multiplient. "Toute la question, c'est de maintenir cette augmentation dans les limites de ce qui est acceptable", souligne le Dr Lévy-Bruhl. Et de conclure : "Le risque d'une deuxième vague existe. Il nous appartient à tous collectivement de faire que ça ne survienne pas."

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