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Abu Bakarr Mansaray, poète de la mécanique, exposé à la Cité des sciences

logo de RFI RFI 27/10/2021 Sébastien Jédor
Abu Bakarr Mansaray : « ALLIEN RESURRECTION [SIC] », 2004. Crayon graphite et stylo-feutre sur papier. © Collection d’art africain de Jean Pigozzi. Photo : Maurice Aeschimann Abu Bakarr Mansaray : « ALLIEN RESURRECTION [SIC] », 2004. Crayon graphite et stylo-feutre sur papier.

Artiste ou ingénieur ? Les deux sans doute ! Le Sierra-Léonais Abu Bakarr Mansaray fait l’objet d’une première exposition personnelle à la Cité des sciences et de l’industrie, à Paris. Sculpteur, dessinateur, inventeur de machines, Mansaray, 62 ans, fait preuve d’une imagination débridée et parfois inquiétante, séquelle de la guerre en Sierra Leone.

Abu Bakarr Mansaray est un artiste totalement autodidacte. Né à Tongo, une cité minière de l’est de la Sierra Leone, il se passionne, dans l’enfance, pour la mécanique, au point de fabriquer des machines en fil de fer. Ce sont ces drôles de constructions très élaborées, que le collectionneur français André Magnin découvre dans une modeste boutique à Freetown, la capitale sierra-léonaise, en 1991. À l’époque, Magnin est missionné par l’homme d’affaires Jean Pigozzi pour constituer une collection d’art africain. Le galeriste est fasciné par le travail de Mansaray. Et pourtant, Magnin en a vu d’autres : il est à l’origine de la découverte, en Occident, des photographes maliens Malick Sidibé et Seydou Keïta, entre autres immenses artistes ! « On trouve à Kinshasa (RDC) de jeunes sculpteurs qui font des robots, mais moins sophistiqués que l’œuvre de Mansaray, assure André Magnin. Je n’avais jamais vu ça nulle part ! Pas de ce niveau ni de cette qualité esthétique ! Je n’ai pas trouvé deux artistes comme Abu Bakarr Mansaray ». Dans l’exposition, une sculpture évoquant un radar et une autre d’un objet volant non identifié témoignent de cette période d’inspiration.

Crayon de papier et stylo bille

Mais la découverte de l’œuvre d’Abu Bakarr Mansaray coïncide avec le début de la guerre en Sierra Leone. Les tueurs du Front révolutionnaire uni (RUF) ne tardent pas à s’illustrer en coupant les bras ou les mains de leurs victimes à coups de machette, selon leur sinistre protocole « manche courte ou manche longue »… Mansaray ne peut plus sculpter : aller dans les décharges récupérer de la ferraille ou de petits moteurs de produits électroménagers s’avère bien trop risqué. « Je lui ai conseillé de dessiner davantage, se remémore André Magnin. J’avais vu ses petits carnets avec les schémas de ses machines. Je lui ai dit : "Dessine tous ces trucs que tu as dans la tête ! Même les plus dingues !" Et cela donne les œuvres qui sont autour de nous ».

  

Un « homme digital », un « téléphone nucléaire », un « avion sorcière »… Voilà quelques-unes des inventions d’Abu Bakarr Mansaray visibles à la Cité des sciences et de l’industrie. Des tableaux grand format réalisés au crayon de papier, au crayon de couleur et au stylo bille, remplis d’annotations et de calculs plus ou moins ésotériques… Des inventions où foisonnent des engrenages, des circuits imprimés, des poulies, des pistons, quelques armes de guerre et des scies circulaires sanglantes…

Humaniste et tourmenté

Le rapport de l’artiste aux machines est « ambigu », souligne Gaël Charbau, le commissaire artistique de l’exposition. « La vision du monde d’Abu Bakarr Mansaray est généreuse, humaniste, mais il se bat aussi contre des démons. La guerre civile l’a marqué et cela se ressent parfois. D’autres tableaux, en revanche, témoignent d’une imagination totalement débridée qui n’est rien d’autre que la poésie mécanique d’un ingénieur-poète », analyse Gaël Charbau.

Après quinze ans d’exil aux Pays-Bas, entre 1998 et 2013, Abu Bakarr Mansaray est rentré en Sierra Leone, d’où il ne répond quasiment jamais au téléphone : un cauchemar pour les journalistes, qui ont jeté l’éponge. L’artiste ne produit aujourd’hui que peu de dessins, faisant fructifier l’argent issu de la vente de ses œuvres antérieures. Des œuvres qui ont intégré les plus grandes collections privées, mais aussi le MoMA, le prestigieux musée d’art moderne de New York, où l’un de ses dessins est exposé.

 Abu Bakarr Mansaray, à la Cité des Sciences et de l’Industrie, à Paris, jusqu’au 20 février 2022.

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