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Égypte, Iran, Roumanie, Suède : quatre regards portés sur un monde qui déraille

logo de Marianne Marianne 23/05/2022 Olivier De Bruyn
Dans “Boy from Heaven”, présenté au festival de Cannes, le réalisateur Tarik Saleh creuse le sillon du thriller politique © Atmo CANNES Dans “Boy from Heaven”, présenté au festival de Cannes, le réalisateur Tarik Saleh creuse le sillon du thriller politique 1 – Boy from Heaven : l’Égypte en criseAdam, un jeune homme issu d’un village égyptien déshérité, intègre l’illustre université Al-Azhar du Caire. Sur place, il est pris au piège d’un imbroglio politico-religieux suite au décès du Grand Imam de l’institution et à la guerre de succession qui s’annonce. Contraint de devenir « indic » pour la police au service du gouvernement, obligé de fréquenter les étudiants les plus intégristes, Adam découvre un univers où probité et morale n’ont pas droit de cité.Tarik Saleh, de nationalité suédoise et égyptien d’origine, a connu le triomphe en 2017 avec Le Caire, confidentiel. Il creuse le sillon du thriller politique dans Boy from Heaven, un excellent film noir où, avec audace et courage, il évoque la corruption sans limite du pouvoir égyptien et l’opportunisme et le fanatisme des élites religieuses.Boy from Heaven sera dans les salles le 9 novembre.À LIRE AUSSI : Festival de Cannes 2022 : le grand retour de David Cronenberg et Arnaud Desplechin2 – Les nuits de Mashhad : L’Iran en déchéanceUne journaliste de Téhéran se rend dans la ville sainte de Mashhad pour enquêter sur les crimes d’un serial killer qui, la nuit, exécute des prostituées et entend « purifier » son pays. Rapidement, l’héroïne s’aperçoit que les institutions locales (police, justice, religion) ne se pressent pas pour arrêter ce criminel qui « nettoie » la ville à leur place…Cinéaste iranien exilé en Europe du Nord depuis 2002, Ali Abbasi s’est inspiré, pour Les nuits de Mashhad, de faits s’étant réellement déroulés en 2001. Un film noir où il donne à voir une journaliste aux prises avec la censure et le machisme, et un meurtrier psychopathe qui passe pour un héros aux yeux de la frange la plus conservatrice de la population. Glaçant.Les nuits de Mashhad sera dans les salles le 13 juillet.À LIRE AUSSI : Cinéma : mais pourquoi les films sont-ils de plus en plus longs ?3 – R.M.N : L’Europe à la dérouteLe Roumain Cristian Mungiu avait remporté une palme d’or lors de sa première sélection cannoise en 2007 avec 4 mois, 3 semaines et 2 jours, son film remarquable sur l’avortement. Quinze ans et plusieurs films marquants plus tard – Au-delà des collines, Baccalauréat –, il cherche à récidiver avec R.M.N, une fiction qui observe avec lucidité certaines réalités contemporaines.Matthias, citoyen roumain, quitte l’Allemagne – où on le méprisait et le traitait de « Rom » – pour retourner dans son village natal de Transylvanie. Sur place, ce héros taciturne sera le témoin (et l’un des acteurs) de la démence qui afflige les communautés locales (d’origines allemandes et hongroises), ulcérées par la présence en ces lieux de trois travailleurs sri-lankais, des employés « low cost » bossant pour la boulangerie industrielle du coin. Le racisme et la peur du « grand remplacement », la misère sociale et l’obsession identitaire qui conduisent au pire : le cocktail est explosif. En prenant pour cadre ce village sous tension, tristement représentatif de notre époque, Mungiu met en scène un film implacable sur la Roumanie et, plus généralement, sur l’Europe d’aujourd’hui.R.M.N, en salles prochainement.À LIRE AUSSI : Festival de Cannes : James Gray et Kirill Serebrennikov ouvrent le bal4 – Sans filtre : la mondialisation en plein délireUn jeune homme et une jeune femme (osera-t-on écrire « deux jeunes crétins » ?) exerçant dans la mode et comme influenceurs sur les réseaux sociaux participent à une croisière de luxe en compagnie de quelques passagers ayant fait fortune dans divers « business » : le trafic d’armes pour un vieux couple d’Anglais, la commercialisation internationale de pesticides pour un oligarque russe adipeux (« Mon métier ? Je bosse dans la merde » résume-t-il). Le voyage ne tardera pas à connaître de violentes péripéties.Palme d’or à Cannes en 2017 avec The Square, farce acide se déroulant dans l’univers de l’art contemporain, le Suédois Ruben Östlund se déchaîne dans Sans filtre une sorte de comédie punk délirante où le cinéaste tire à boulets rouges sur tout ce qui bouge : la culture « woke », l’arrogance et la vulgarité crasse des nouveaux riches ne jurant que par l’ultra libéralisme, le racisme social et le racisme tout court. Ce grand spectacle transgressif connaît son apothéose lors d’une scène de tempête ahurissante où l’assemblée dégueule son caviar par seaux entiers. D’ores et déjà la scène la plus drôle et corrosive de l’édition 2022 du Festival de Cannes.Sans filtre, en salle prochainement.
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